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Société

Prêtres pédophiles : comment sont prises en charge les victimes en Normandie ?

lundi 7 janvier 2019 à 20:32 Par Marie-Jeanne Delepaul, France Bleu Normandie (Calvados - Orne) et France Bleu

Depuis 2016, l’évêché de Bayeux-Lisieux a mis en place une cellule d'accueil et d'écoute des victimes de prêtres pédophiles. Le témoignage d'un homme abusé à l'adolescence, quarante ans après les faits, a permis de mettre à l'écart l'ancien curé de Lassy.

Le diocèse de Bayeux-Lisieux a mis en place une cellule d'écoute des victimes en 2016 (ici, la cathédrale de Bayeux).
Le diocèse de Bayeux-Lisieux a mis en place une cellule d'écoute des victimes en 2016 (ici, la cathédrale de Bayeux). © Radio France - Francis Gauguin

Caen, France

Ce lundi 7 janvier s'ouvrait le procès du cardinal Barbarin, l'archevêque de Lyon, pour non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs. En France, il n'y a qu'un seul précédent, à Caen.

C'est en effet en Normandie qu'un évêque a été, pour la première fois depuis la Révolution, condamné par la justice. Pierre Pican n'avait pas dénoncé les actes pédophiles de l'abbé René Bissey. Il a été condamné en 2001 à trois mois de prison avec sursis.

"Nous ne pouvons pas dire que l'Eglise n'a pas agi"

Quinze ans après, le père Laurent Berthout, chargé de la communication du diocèse de Bayeux-Lisieux, estime que les choses ont profondément changé  : "Nous ne pouvons pas dire que l'Eglise n'a pas agi. Nous avons pris conscience que dans un certain nombre de diocèses des prêtres ou évêques ont cherché d'abord à protéger l'institution, pensant que c'était ça le plus important. Mais tous les scandales nous montrent qu'il ne faut surtout pas cacher. D'abord parce qu'il faut aider la victime. D'autre part parce que le prêtre coupable doit rendre compte devant l'Eglise et la justice de ses agissements scandaleux."

Il souligne notamment "la création de cellules d'écoute et d'accueil des victimes dans tous les diocèses il y a deux ans". Dans celui de Bayeux-Lisieux, quatre bénévoles animent cette cellule d'écoute, notamment un avocat et un psychologue. Pour les contacter, un mail (ecoute.victimes14@bayeuxlisieux.catholique.fr) et un numéro de téléphone (07 57 40 65 56).

Un prêtre normand écarté suite au témoignage d'une victime

Mais depuis 2016, une seule victime a témoigné. C'était il y a deux ans, quarante ans après les faits, raconte Laurent Berthout : "Il y a d'abord eu un long temps d'écoute de la victime. Puis l'évêque Monseigneur Boulanger a rencontré le prêtre, qui a avoué. Il a alors été démis de toutes ses fonctions de prêtre et ne peut plus célébrer la messe."

Il s'agit de l'ancien curé de Lassy, près de Vire, âgé alors de 95 ans. Un résultat concret donc, mais ce genre de sanction est trop rare pour Eric Schneider, avocat au barreau de Lisieux et ancien président de l'association de protection des mineurs L'Enfant Bleu : "C'est très bien ce qui est fait pour aider les victimes, mais j'aurais aimé des condamnations beaucoup plus radicales à l’encontre des auteurs."

"Nous avons pris conscience qu'il ne faut surtout pas cacher" Laurent Berthout, chargé de la communication du diocèse

Des prêtres "couverts par leur hiérarchie"

Un autre avocat, Jean Chevais, qui a représenté trois familles de victimes contre l'évêque Pican en 2001, va plus loin : il faut arrêter d'attendre que tout vienne des victimes. Selon lui il existe encore de nombreuses affaires cachées par la hiérarchie de l'Eglise : "Il y a des faits de viols ou d'agressions sexuelles commis par des curés, les évêchés le savent, et rien n'est fait, on attend que ce soit l'enfant qui parle !"

Les cellules d'écoute ne servent selon lui qu'à "camoufler" : "L'évêque a l'obligation, de par la loi, de dénoncer les prêtres, s'il ne le fait pas c'est un délit." Il déplore que beaucoup de responsables religieux soient "couverts, soutenus et protégés par la hiérarchie" : "L'évêque Pican, quand il a été condamné, n'a eu aucune sanction [de la part de l'Eglise] ! "

"Tant que les victimes ne parlent pas, l'Eglise ne fait rien" : Jean Chevais, avocat de familles de victimes