Société

Quand les voisins s'entraident grâce aux réseaux sociaux de proximité

Par Marina Cabiten et Thibaut Lehut, France Bleu mardi 8 septembre 2015 à 15:54

© Max PPP

Pour trouver une baby-sitter en urgence, emprunter une perceuse, signaler une panne d'ascenseur : les réseaux sociaux dit "de proximité", regroupant des voisins, fleurissent. L'un d'eux, Peuplade, s'est lancé ce mardi dans toute la France.

Dans votre immeuble, votre rue ou votre quartier : qui peut vous dépanner pour bricoler ou remplacer la nounou sur le pouce ? En quoi consistent les travaux que vous avez remarqués hier ? Quel sport ou quelle activité pourriez-vous pratiquer via une association locale ? Les réseaux sociaux de proximité ont pour ambition de répondre aux questions de voisinage les plus diverses. Alors que l'un d'entre eux, Peuplade, s'est lancé dans toute la France ce mardi suite à une phase de test, zoom sur un phénomène encore fragile.

Cliquer au lieu de sonner

Ils s'appellent ma-residence.fr, Freemo, ou Peuplade. Que ce soit sur un ordinateur ou un smartphone via une application, le principe est toujours le même : s'inscrire, donner son code postal voire son adresse pour retrouver les autres utilisateurs proches de soi. Sur son palier, trois étages au dessous ou deux rues plus loin. L'internaute entre alors dans une communauté virtuelle, sorte de Facebook réservé aux infos de proximité. Tous ces sites ont un point commun : ils sont gratuits. 

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Derrière cette appellation de "réseau social de proximité" se cachent un grand nombre de services. Petites annonces, services gracieux, achats groupés, annuaire d’associations, critiques de restos dans le quartier… L’ambition commune est de créer du lien social. "Nous avons aujourd’hui 3.000 utilisateurs, mais le chiffre le plus important est que nous avons généré 300 rencontres entre voisins en cinq mois" affirme Grégoire Even, fondateur de Peuplade qui s’est d’abord lancé à Paris, Marseille et Grenoble en mars dernier.

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Même son de cloche pour Charles Berdugo qui a créé Ma Résidence, à ce jour la société qui pèse le plus lourd sur ce marché : 

"Nous sommes axés sur l’entraide et la solidarité, l’économie de partage."

Beaucoup de services, encore peu d’utilisateurs

Fondée en 2007, ma-residence.fr ne compte pourtant à ce jour que quelques 100.000 inscrits dans une centaine de communes, et ne communique pas sur le nombre d’utilisateurs actifs. Elle est en tout cas très loin des chiffres de Nextdoor, l’application qui cartonne aux Etats-Unis. Près d’un quartier américain sur quatre l’utiliserait selon Le Monde.

Mais les start-ups y croient, et se développent. Ma-residence.fr lance son application le mois prochain, se lance sur tout le territoire français d’ici la fin de l’année et pense même à l’international. Dans la même veine, Freemo sera disponible cet automne dans toute la métropole lyonnaise, après trois mois d’un test jugé concluant à Limoges. Uniquement disponible via une application, Freemo est plutôt axée sur l’échange d’informations pratiques à l’échelle des syndics de copropriété et des collectivités. Ascenseurs en panne, problème de chaussée, 250 incidents urbains ont été signalés en trois mois à Limoges.

La gratuité, un lourd prix à payer

Ces sociétés sont toutes aujourd’hui précaires, suspendues à l’évolution de leurs courbes d’utilisateurs. Mais elles ont une autre pression, celle du "business model". Comment générer du chiffre d’affaire alors que l’offre est gratuite pour les particuliers ? "Aujourd'hui nous ne gagnons pas d'argent avec Peuplade" admet Grégoire Even qui n'est entouré que de deux collaborateurs. Parmi ses pistes de financement : trouver des partenaires qui paieraient pour que les utilisateurs soient dirigés vers eux en fonction de leurs besoins. Mais l’introduction de cette publicité signerait la mort du principe d’économie solidaire entre voisins.

Autre solution : proposer aux syndics et collectivités (communes, notamment) un accès payant au répertoire de la société, qui leur permet de communiquer simultanément avec l’ensemble d’un groupe (à l’échelle d’un immeuble, d’un quartier…). Avec ce système, "au lieu de recevoir six fois le même coup de téléphone pour signaler que l’ascenseur est en panne, un syndic peut dès la première alerte envoyer un message à l’ensemble de l’immeuble, pour prévenir les autres habitants et leur dire quand l’incident sera réparé" avance André May de Freemo.

Autre exemple : ma-residence.fr a un partenariat avec la caisse primaire d’assurance vieillesse, qui y voit un moyen d’aider au maintien des personnes âgées à domicile. Ma résidence monte pour elle une communauté de voisins et associations volontaires pour aider les personnes âgées qui les entourent. Moyennant rémunération, le Centre communal d’action sociale (CCAS) a alors accès à cette communauté pour organiser trois types d’actions : informer les personnes âgées (en cas de canicule par exemple), faire remonter des informations (personne malade, en détresse), et faire passer des demandes (« Nous cherchons quelqu’un de disponible pour jouer aux échecs deux fois par semaine). Après un essai concluant à Coulommiers en Seine-et-Marne, dix nouveaux CCAS rejoindront le dispositif à la mi-septembre.