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Qui est vraiment Doctegestio, le repreneur de la clinique mutualiste de Grenoble ?

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Par , , France Bleu Isère

Le nouveau propriétaire du GHM fait beaucoup parler de lui. Spécialisé dans les secteurs de la santé, du médico-social et du tourisme, le groupe Doctegestio gère, avec sa filiale DG Holidays, de nombreuses résidences de vacances en France. Avec parfois des difficultés pour payer les loyers. Enquête.

L'hôtel-restaurant Le Splendid à Châtel-Guyon était fermé de 2015 à 2019 pour faire des travaux de mise en conformité. Pendant ce temps, les loyers n'ont pas été payés aux 51 copropriétaires.
L'hôtel-restaurant Le Splendid à Châtel-Guyon était fermé de 2015 à 2019 pour faire des travaux de mise en conformité. Pendant ce temps, les loyers n'ont pas été payés aux 51 copropriétaires. - Compte Facebook de l'hôtel Le Splendid by Popinns à Châtel-Guyon.

Ils pensaient avoir fait le bon investissement pour faire fluctuer leur argent. Mais certains propriétaires d'appartements dans des résidences de tourisme gérées par DG Holidays - filiale vacances du groupe Doctesgestio, nouveau propriétaire de la clinique mutualiste de Grenoble - sont passés du rêve au cauchemar. La raison ? Une galère pour se faire payer les loyers chaque trimestre.

C'est le cas du Grenoblois Jean-Christian Lefort, dont la compagne possède plusieurs appartements dans l'hôtel-restaurant Le Splendid, 85 chambres, à Châtel-Guyon dans le Puy-de-Dôme. En 2010, la société fait faillite. L'entreprise DG Holidays est sélectionnée pour en récupérer la gestion. "Les ennuis ont commencé à ce moment-là" se rappelle Jean-Christian. Les 51 copropriétaires se sont donc regroupés en association pour se défendre.

La justice a condamné Doctegestio, en 2019 en première instance et en appel, à rembourser le coût des travaux du Splendid aux copropriétaires. Doctesgtio s'est pourvu en cassation.
La justice a condamné Doctegestio, en 2019 en première instance et en appel, à rembourser le coût des travaux du Splendid aux copropriétaires. Doctesgtio s'est pourvu en cassation. - Compte Facebook de l'hôtel Le Splendid by Popinns.

Feuilleton judiciaire

"Les loyers n'ont pas été payés depuis 2016. Evidemment, nous nous sommes tous demandé pourquoi. Parce que les travaux n'avaient pas été faits et que Doctegestio s'est estimé trompé en voyant que Le Splendid était un hôtel alors qu'on leur avait annoncé une résidence de tourisme" explique-t-il. Des travaux qui auraient dû être payés par l'ancien gestionnaire selon eux. Les copropriétaires ont donc dû les faire et avancer les frais. 

En 2019, la justice condamne Doctegestio, en première instance puis en appel, à rembourser les travaux. "La dette représente environ un million quatre cent mille euros de loyers et un million cent mille euros de travaux" détaille Jean-Christian. Doctegestio conteste cette décision et s'est pourvu en cassation. Pour le moment, ces sommes n'ont pas encore été remboursées aux copropriétaires, qui, eux, doivent payer leurs prêts et charges chaque mois.

"On ne paie pas les loyers car on ne peut pas exploiter, parce que la résidence est fermée." - Bernard Bensaïd, PDG de Doctegestio

Sur ce dossier, le groupe Doctegestio, représenté par son PDG Bernard Bensaïd, plaide sa bonne foi. "La commune (de Châtel-Guyon) a décidé de fermer la résidence en 2015 car les travaux de mise en conformité n'étaient pas réalisés (ndlr : l'hôtel a rouvert fin 2019). Les copropriétaires considèrent que c'est à nous de les faire. Nous, on estime que c'est à eux. Pour l'instant, ils ont gagné et on ira jusqu'au bout, avec tous les recours possibles" précise-t-il.

Châtel-Guyon n'est pas un cas isolé

DG Holidays, c'est plus de 80 hôtels, résidences de tourisme et centres de vacances en France. Certaines résidences ont aussi eu des problèmes de gestion. Par exemple, la société Hôtelière de Pantin, reprise par Doctegestio, est placée en redressement judiciaire par le Tribunal de commerce de Paris en 2015. En 2017, la cour d’appel de Paris statue sur une série de condamnations à l’encontre du groupe Doctegestio, notamment celle de payer 239.000 euros au collectif de copropriétaires pour recouvrir les dettes. Une résidence à Bagnères-de-Luchon, en Haute-Garonne a aussi connu ce genre de situation.

"Il y a une loi inique, votée en novembre 2020, qui nous empêche de nous défendre au tribunal" - Christian Bonnetain

En Isère, la résidence Le Bachat-Bouloud à Chamrousse est, elle aussi, concernée. Christian Bonnetain habite dans le département du Rhône. Il y a quinze ans, il achète un appartement à la montagne. Les gestionnaires s'enchaînent, tentent tour-à-tour de baisser le prix des loyers. Puis DG Holidays récupère la gestion de la résidence. Et le même souci qu'à Châtel-Guyon apparaît. "On fait l'objet d'un chantage de la part du gestionnaire qui ne respecte pas le contrat de bail commercial. Ça passe par des mises en demeure puis un commandement de payer. On est payé au bout de deux mois. Maintenant, avec la Covid, les loyers ne sont plus payés parce que le gestionnaire nous dit qu'il n'a plus les moyens" raconte Christian Bonnetain.

"L'Etat a rappelé, dans deux courriers de juillet et décembre 2020, que les gestionnaires de résidences de tourisme devaient s'acquitter des loyers à leurs propriétaires." - Christian Bonnetain

Pourtant, sur son site internet, le groupe Doctegestio se présente comme "un groupe fort avec 12 000 salariés, 343 établissements et services et 560 millions de chiffre d’affaires". La crise sanitaire est en effet la justification avancée par Bernard Bensaïd. "Oui je ne paie pas mes loyers à Chamrousse parce qu'aujourd'hui il y a une crise dans le tourisme qui est majeure. Par exemple, Pierre et Vacances, qui est le premier opérateur de vacances en France, est en conciliation. C'est juste avant la faillite" explique-t-il. "Je ne comprends pas cette situation" poursuit-il encore.

Les Villages du Bachat à Chamrousse, gérés par DG Holidays.
Les Villages du Bachat à Chamrousse, gérés par DG Holidays. - Popinns

Et la taxe de séjour ?

Chamrousse n'est pas touchée seulement par des impayés de loyers. La commune lutte pour se faire verser la taxe de séjour. Les sommes sont tellement importantes que ce dossier est le premier qui a été déposé sur le bureau de Brigitte de Bernis, maire élue en 2020. Selon la mairie, la situation a bougé, "comme par magie", après une interview de Bernard Bensaïd sur France Bleu Isère le 28 janvier dernier

"Quand j'ai été élue, il restait près de 60.000 euros pour 2019 qui n'avaient pas été payés" dit-elle. "Je pense qu'avec la clinique mutualiste, Bernard Bensaïd est obligé de bouger. Il s'est rendu compte qu'il ne pouvait pas être en indélicatesse dans des communes voisines et prétendre gérer le GHM à Grenoble" note-t-elle encore. "Du coup, il nous a payés en février 2020 presque l'intégralité de la taxe pour cette année. C'est une première, avec quasiment un an d'avance" détaille la maire de Chamrousse (ndlr : interview au téléphone le 16 février).

Bernard Bensaïd, PDG de Doctesgtio, dans les studios de France Bleu Isère le 28 janvier dernier.
Bernard Bensaïd, PDG de Doctesgtio, dans les studios de France Bleu Isère le 28 janvier dernier. © Radio France - Bastien Thomas

Là aussi, c'est le contexte sanitaire actuel qui est brandi par Doctegestio pour se défendre. "Tous les opérateurs de tourisme en France sont aujourd'hui en difficulté. Donc on a attendu d'avoir les prêts garantis par l'Etat pour solder toutes les charges qui restaient. Aujourd'hui, à Chamrousse, tout a été payé" détaille Bernard Bensaïd (ndlr : l'entretien a été réalisé le 19 février).

Face à toutes ces accusations, Bernard Bensaïd ne comprend pas le climat délétère qui s'installe autour de la reprise de la clinique mutualiste de Grenoble. "Il n'y a aucun risque, les comptes sont bien distincts entre les branches santé et tourisme. Les situations ne sont pas du tout les mêmes. Le tourisme n'est pas considéré comme une activité essentielle, la santé oui ! J'ai l'impression que je suis le sujet d'une chasse aux sorcières. On ne parle que des problèmes et jamais du projet que nous avons pour le GHM" conclut-il.

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