Société

Syrie : "la photo du petit Aylan a d'un coup mobilisé toutes les sensibleries, mais c'est un feu de paille"

Par Cédric Lang-Roth , France Bleu Lorraine Nord lundi 7 septembre 2015 à 12:17

Raphaël Pitti dans les studios de France Bleu Lorraine Nord
Raphaël Pitti dans les studios de France Bleu Lorraine Nord © Radio France - Cédric Lang-Roth

Une photo et le monde est bouleversé. Depuis la publication de la photo du petit Aylan sur une plage turque, de plus en plus de villes, dont Metz, se disent prêtes à accueillir des réfugiés syriens. Pour en parler, France Bleu recevait Raphaël Pitti, médecin urgentiste et spécialiste de la Syrie.

Raphaël Pitti, conseiller municipal de Metz et médecin urgentiste, est allé 13 fois en Syrie, notamment à Alep, depuis le début du conflit. Il répondait aux questions de Cédric Lang-Roth.

" Il y a en Lorraine un gros problème d'emplois, beaucoup de chômage, une montée du Front national et l'arrivée massive de personnes qui sont en situation de souffrance qui peuvent demain concurrencer sur le marché de travail a de quoi faire peur. Mais les personnes qui ont peur ne seront pas en situation de concurrence vis-à-vis de ces personnes."

"Nous savons très bien que c'est un feu de paille, dans deux ou trois semaines, ce sera terminé"

"La photo du petit Aylan a d'un coup mobilisé toutes les sensibleries. Voulez-vous que je vous montre les photos des enfants tuées, assassinées sous les bombardements, sous les décombres d'effondrements d'immeubles? Voulez-vous que je vous montre les photos des 400 ou 500 enfants sur les 1.400 qui sont morts le 23 août 2013 par l'utilisation des armes chimiques, voulez-vous que je vous les montre ces 35.000 enfants qui sont morts?"

"Cette réalité est insupportable parce que pendant quatre ans et demi, on ne regarde pas ce qui se passe en Syrie. On ne regarde pas. On dénie. Les politiques fuient aussi leur responsabilité. Et d'un seul coup, la photo de cet enfant sur la plage suffit à mobiliser tout le monde? Mais nous savons très bien que c'est un feu de paille, dans deux ou trois semaines, ce sera terminé. Chacun retournera à son travail et ce sera terminé. Et on aura oublié qu'ils continuent à mourir au moment même où nous parlons."

"Il faut mettre en place des camps de réfugiés en Europe"

"Il n'y aura jamais d'intervention terrestre occidentale en Syrie (…). Et c'est dommage pour la politique étrangère française. Il y a un million et demi de personnes qui sont réfugiées en Turquie. Ils sont en train de se déplacer sans parler du million au Liban et du million qui se trouve en Jordanie (…). Il faut demander à la Turquie d'arrêter le flux et mettre en place des camps de réfugiés en Europe. A partir de là, envisager leur asile dans les différents pays."

Réécouter l'interview de Raphaël Pitti par Cédric Lang-Roth

Raphaël Pitti: "Cette réalité est insupportable"