Société

Réfugiés : l'Europe ne trouve pas d'accord sur une répartition, contrôles rétablis à certaines frontières

Par Marina Cabiten, France Bleu lundi 14 septembre 2015 à 15:19 Mis à jour le lundi 14 septembre 2015 à 17:45

© Max PPP

Les Etats de l'Union européenne ont échoué lundi soir à s'entendre sur la répartition des réfugiés, après le rétablissement par plusieurs pays de contrôles aux frontières et la fermeture par la Hongrie de son principal passage vers la Serbie.

Les États membres, représentés par leurs ministres de l'Intérieur et de la Justice lundi à Bruxelles, ont confirmé qu'ils allaient se répartir l'accueil de quelque 40.000 réfugiés comme convenu en juillet. Mais concernant la répartition au sein de l'Union européenne de 120.000 migrants demandé par la Commission, aucun accord n'a été trouvé. À cette question des quotas s'ajoute depuis dimanche celle des contrôles aux frontières, déclenchée dimanche par l'Allemagne et son spectaculaire revirement. 

La désillusion allemande

Un vent de panique a soufflé sur Berlin. Après une quinzaine de jours d'accueil massif de réfugiés venus principalement de Syrie et d'Irak, et un discours proactif sur la questions des quotas, l'Allemagne s'est heurtée à la réalité du terrain : la logistique nécessaire à un tel afflux de migrants n'était pas au rendez-vous. Dimanche, le rétablissement des contrôles aux frontières a été annoncé à la surprise générale. Lundi, le vice-chancelier a estimé que son pays allait sans doute accueillir un million de réfugiés cette année, revoyant à la hausse sa prévision de 800.000. Pour la seule première semaine de septembre, le pays a enregistré 37.000 nouveaux arrivants.

Qui plus est, la chancelière Angela Merkel s'est heurtée à une forte opposition politique, y compris dans son camp. Même si Berlin s'est justifiée en dénonçant "l'inaction" de l'Union européenne, son gouvernement a reconnu que le but de la mesure était de reprendre le contrôle de la situation. 

Effet domino

Dès les heures suivantes d'autres pays ont annoncé la même remise en place des contrôles aux frontières : Slovaquie, Hongrie, Autriche, République tchèque. Des pays de transit pour les migrants, depuis le début de la crise hostiles aux quotas obligatoires proposés par la Commission européenne et appuyés par l'Allemagne et la France. 

Quelles conséquences ?  

Concrètement, que se passe-t-il à ces frontières ? Les personnes voulant passer sont contrôlées, et en Allemagne par exemple seules celles dont les papiers sont en règle seront autorisées à entrer. Berlin a précisé lundi que les demandeurs d'asile et ceux réclamant le statut de réfugiés ne seraient pas pour autant systématiquement refusés. 

Avec cette entrave à la libre circulation des personnes au sein de l'Union européenne, les accords de Schengen sont-ils violés par ces pays ? Ils s'en défendent. 

Les contrôles provisoires aux frontières sont autorisés dans le cadre de Schengen et nous allons donc les introduire - la ministre de l'Intérieur autrichienne

Mais selon la Commission européenne, qui n'a pas été consultée en amont de ces mesures, ces contrôles doivent être justifiés par une "menace grave pour la sécurité" ou des "défaillances graves aux frontières extérieures, susceptibles de mettre en danger le fonctionnement global de l'espace Schengen". 

L'Europe à un tournant

La Commission jugera-t-elle que la situation justifie la suspension de la libre circulation ? La question peut aussi se poser pour la France. Car si Paris n'a pas officiellement annoncé de fermeture et rejette l'idée de rétablissement des contrôles, les forces de l'ordre française empêchent de facto des migrants de passer la frontière franco-italienne depuis juin dernier. Saisi par des associations, le Conseil d'Etat a validé fin juin cette mesure. 

Lundi depuis la Haute-Saône, François Hollande a exigé que l'Union européenne règle au plus vite la question du contrôle de ses frontières extérieures, "pour pouvoir accueillir dignement les réfugiés."'