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Société
DOSSIER : Regards croisés

REGARDS CROISÉS - "Je suis un garçon depuis toujours et je vais le devenir physiquement"

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Par , France Bleu

Jules Kieffer est né assigné fille. En 2018, à l’âge de 20 ans, il a pris conscience qu’il était un garçon. Jules témoigne ici de son histoire, de sa transformation sous le regard bienveillant de sa maman, Géraldine, bouleversante de compréhension et de sincérité.

Jules est né en décembre 1997. Il ne s’appelait pas Jules, il est né assigné fille. Son ancien prénom il ne veut pas le dévoiler comme pour marquer une totale renaissance. Pendant 20 ans, il a vécu dans un corps qui ne lui correspondait pas. Un corps qui ne le définissait pas. « Quand je voyais les autres filles, je me disais que je n’étais pas du tout comme elle » voilà ce que Jules se disait lorsqu’il était enfant sans pour autant mettre un mot sur sa différence.

« Je voyais bien que mon enfant n’était pas dans l’acceptation de sa féminité »

Géraldine, sa maman, a toujours eu conscience que son enfant était différent « Jules était un garçon manqué, ça ne me gênait pas mais je voyais bien que quelque chose n’allait pas dans son aspect féminin ». 

Ce côté garçon manqué Jules en a souffert dans sa jeunesse, principalement au collège. Alors que lui-même ne savait pas qu’il était un garçon, les autres élèves de son collège le prenaient déjà comme tel. « J’ai dû prouver que j’étais une fille, il y a eu des moqueries comme « sale travelo », « sale morue »… ». Les moqueries justement, sa maman était au courant, mais pas de tout, Jules minimisait la situation, pour protéger ses parents mais aussi et surtout par honte parce que « Quand on a 11 ans, on ne comprend pas pourquoi on est rejeté » pour le jeune homme. Afin de ne plus subir de moqueries, Géraldine pensait _« que peut-être elle [Jules était encore assigné fille à cette époque] devrait se féminiser ».Elle pensait cela, non pas pour rentrer dans les codes de la société, mais surtout pour éviter que son enfant subisse des moqueries et soit harcelé. « C’est une erreur de penser ça, je ne m’en rendais pas compte à l’époque »_ poursuit-elle.

« Je suis un garçon depuis toujours et je vais le devenir physiquement »

Jules a compris qu’il était transgenre lors d’un concert du groupe Indochine. Quand le groupe a chanté la chanson « Tomboy », Jules a eu une révélation. Les paroles disent _« je vais devenir un garçon, je serai libre de m’aimer »_. Il n’en a pas fallu plus pour que tout s’accorde dans son esprit. Pour la première fois il avait mis des mots sur son mal-être : il n’est pas une fille mais un garçon.

Après l’évidence, place aux doutes. « Je pense que je n’arrivais pas à me projeter, ça me paraissait impossible, trop insurmontable ». Après des heures passées sur internet à la recherche de personnes dans la même situation que lui, Jules a décidé de franchir le pas.

« Au début, ma mère pensait que c’était une blague »

Lorsqu’il a annoncé à sa mère qu’il souhaité changer de genre, cette dernière pensait à une blague. En dehors de son mari, qui a très bien pris la nouvelle, Géraldine a ressenti le besoin d’en parler avec une personne extérieure à la famille. Naturellement, elle en a parlé à son médecin traitant qui connaît Jules depuis très jeune. « Il m’a dit « mais c’est super ». Il a eu le bon le mot, il m’a dit « votre enfant va avoir besoin de vous » et j’avais besoin d’entendre ça. » Géraldine avait tout simplement besoin d’être rassurée. Une phrase a suffi pour qu’elle comprenne qu’elle allait toujours être la maman de son enfant, qu’importe le genre, masculin ou féminin.

Une fois le soutien total de ses parents, Jules a commencé les démarches. En à peine un an il est devenu officiellement garçon. Durant cette année, Jules a commencé ses injections de testostérone (qu’il devra prendre à vie), il s’est fait opérer de la poitrine, à changer de prénom à la mairie de sa commune puis changer de genre au tribunal. « J’avais l’impression que ça allait trop vite, mais je comprends que mon enfant avait besoin que ça aille vite » explique sa maman.

En ce qui concerne le prénom, c’est lui qui l’a choisi. « J’avais besoin de me réinventer tout pour me dire que ma nouvelle vie je le dois qu’à moi. » Pas facile en tant que parent d’appeler son enfant par un nouveau prénom et le genrer au masculin. Comme pour toutes choses nouvelles, il a fallu du temps et lorsque Géraldine se trompait, elle pouvait compter sur son mari pour la reprendre. « A chaque fois que je me trompais, il me disait « Qui ça ? » et du coup c’était une complicité de plus et ça a aidé à franchir l’étape. »

« Aujourd’hui il n’y a plus de moqueries du tout »

_« Jules rayonne et surtout Jules est bien dans sa peau, là où j’avais peur de perdre, on a tout gagné en fait, garçon ou fille, dans le fond on s’en fiche »_. Par cette phrase, Géraldine explique que l’amour pour son enfant est plus fort que tout. Plus fort que les cases de la société, plus fort que les doutes et les peurs de l’inconnu.  « On est ressorti grandi de cette période de transition », ce jeune homme de 22 ans aujourd’hui a conscience de sa chance d’avoir des parents ouverts, compréhensifs et aimants autour de lui. 

Avec le recul, Jules souhaite dire aux personnes qui se ressentent transgenre « de s’écouter, de prendre le temps de bien réfléchir, mais de ne pas hésiter à se lancer dans une transition quand on ressent que c’est ce dont on a besoin. »

« Jules m’a appris que la liberté individuelle c’est vraiment important, il ne faut pas hésiter à être qui on est » car c’est bien cela qu’ils veulent que l’on retienne : la liberté individuelle et le respect de cette dernière. Jules souhaite faire comprendre à tout le monde que le changement de genre n’est pas un caprice « on ne fait pas ça pour embêter les autres, c’est quelque chose de vital et qui est en nous ».

Jules raconte son histoire dans un livre intitulé « Celui que je rêvais d’être »

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