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REPORTAGE - En Creuse, le désert médical avance

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Par , France Bleu Creuse

Le 1er juillet, deux médecins creusois prennent leur retraite sans être remplacés. Faute de jeunes médecins, les patients de ce généraliste de Guéret et de cet ophtalmologue d'Aubusson peinent à trouver un nouveau cabinet. Les internes en médecine générale se disent prêts à s'installer en zone rurale si les conditions de travail changent.

Dans la salle d'attente du docteur Mazure, à Guéret.
Dans la salle d'attente du docteur Mazure, à Guéret. © Radio France

En quatre ans, Chantal a changé trois fois de généraliste. Elle n'a pas vraiment eu le choix : le premier est parti exercer dans une clinique. Le second, le docteur Mazure, prend sa retraite le 1er juillet. Le troisième l'imitera dans quelques années, Chantal s'y attend : ancienne infirmière, elle a connu la plupart des généralistes de Guéret à leur installation. Elle les voit aujourd'hui se retirer, à chaque fois sans remplaçant.

Chantal a aussi conscience de sa chance : elle a commencé ses recherches assez tôt pour trouver un autre médecin à Guéret. Les patients qui s'y prennent au dernier moment trouvent porte close dans la plupart des cabinets.

"Le docteur a déjà du mal à répondre aux urgences de ses patients"

desert docteurs guéret ok niveaux

Le départ de cette génération de généralistes marque aussi la fin d'un mode d'exercice de la médecine. Le docteur Mazure recevait tard, souvent jusque 23h. Sa femme tenait l'accueil dans la journée. Les patients inviteront le couple de nouveaux retraités à boire le café, mais ils savent ce qu'ils perdent.

Cherche repreneur, désespérément

Déposée sur des sites médicaux et à la fac de Limoges, l'annonce pour la reprise du cabinet proposait en même temps la maison de ville, son jardin et ses glycines. Peine perdue.

Dans la commune voisine de Sainte-Feyre, le cabinet du généraliste parti à la retraite mi-2011 reste vide. La ville a bien sollicité un cabinet de recrutement mais "cette société ne nous a jamais rien proposé ", raconte le maire, Michel Villard. Avec un généraliste pour 2.000 habitants , l'accès aux soins commence à limiter le développement de la commune. "Les gens, notamment des jeunes retraités qui pourraient s'installer, ne viennent pas quand il n'y a pas de médecin ".

L'unique candidat a "fait jouer la concurrence"

La seule piste ouverte, "un médecin roumain disposé à s'installer en France, a fait jouer la concurrence... le cabinet, le logement, on ne pouvait pas suivre, déplore Michel Villard. Au niveau de la déontologie, on est loin du serment d'Hippocrate" .

A court de solutions, l'élu s'oppose à ce "qu'on impose aux médecins de s'installer en Creuse ". La banderole d'appel à l'aide est solidement installée à l'entrée du bourg. Au cas où.

Sainte-Feyre et ses plus de 2.000 habitants attendent un médecin depuis 2011.
Sainte-Feyre et ses plus de 2.000 habitants attendent un médecin depuis 2011. © Radio France

"Franchement, ce n'est pas encore la catastrophe ". Jacky Herbuel-Lepage se veut rassurant mais lucide. Directeur de l'offre de soins à l'Agence régionale de santé du Limousin, il connaît bien la fragilité de la situation en Creuse. Au 1er janvier 2013, 58% des généralistes du département avaient entre 55 et 65 ans. Le vieillissement concerne toute la France mais la Creuse, comme d'autres départements ruraux, en subit une version accentuée. Pas seulement chez les généralistes.

Boucher les trous, faute de mieux

A Aubusson, sous-préfecture de 4.000 habitants, l'unique ophtalmologue prend aussi sa retraite le 1er juillet. Faute de remplaçant, l'ARS a convaincu un spécialiste d'une clinique de Limoges de venir assurer des consultations un ou deux jours par semaine . "C'est mieux que rien , résume Jacky Herbuel-Lepage. Et de toute façon on ne sait pas faire autrement ". Ces "consultations avancées" à Aubusson sont autant en moins à Limoges, où les rendez-vous se prennent déjà six mois à l'avance.

Pénurie inévitable

L'ARS envisage des dispositifs "sur-mesure" similaires pour les généralistes : un cabinet en ville et deux jours de consultation par semaine dans un bourg rural. "Pour l'instant il n'y a pas de trous dans le territoire , se félicite Jacky Herbuel-Lepage. 92% des Limousins sont à moins de 10 minutes d'un généraliste, aucun à plus de 20 minutes".

L'accélération des départs en retraite va changer la donne. Si le "sur-mesure" ne suffit pas, les attributions des pharmaciens et des infirmiers pourraient aussi être étendues , dans toute la France. Il s'agirait de moins solliciter les généralistes au plus fort de la pénurie.

Le numerus clausus à l'entrée des facultés de médecine a été relevé progressivement entre 2003 et 2010. Trop tard pour compenser la vague de départs en retraite. Il pourrait manquer 25.000 médecins libéraux en 2020, selon leur caisse de retraite.

Si la Creuse continue à attirer aussi peu, Michel Villard craint le pire. Par exemple "qu'un jour des médecins ne puissent pas intervenir assez rapidement et que cela cause des décès ". Une surchauffe d'autant plus vraisemblable que les besoins médicaux augmentent avec l'âge - et un tiers des Creusois ont plus de 60 ans.

"Un médecin gagne mieux sa vie en Creuse qu'à Paris"

"Un médecin creusois gagne plus d'argent qu'un médecin parisien lambda , souligne Jacky Herbuel-Lepage. Avec un loyer moins élevé ! "

Les multiples aides à l'installation proposées par la région ou les communes laissent donc indifférents les internes en médecine générale. "Les médecins s'installent en moyenne à 39 ans , ils ont un projet de vie, une famille. Vous n'allez pas bousculer ça pour 10.000 euros ", reconnaît Jacky Herbuel-Lepage.

Sylvain Jumeau et Cyril Moesch, internes en médecine générale à Limoges.
Sylvain Jumeau et Cyril Moesch, internes en médecine générale à Limoges. © Radio France

A la fac de Limoges, beaucoup d'internes envisagent de s'installer en zone rurale. Après des stages dans des cabinets et, plus tard, des remplacements, ils savent où ils mettent les pieds. Et quelles conditions de travail ils souhaitent.

"Le mot-clef c'est la permanence des soins"

Pas question de rester isolés. Les futurs généralistes veulent des collègues de cabinet, regroupés dans des maisons de santé comme il en existe déjà quelques-unes. Ou, au moins, des contacts fréquents à travers un réseau de médecins, de spécialistes et d'infirmiers

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À ces conditions les creusois trouveront encore des médecins pour les soigner. Avec plaisir, même. "On a l'impression de beaucoup plus servir l'autre , les patients nous font davantage confiance qu'en milieu urbain ", se souvient Sylvain Jumeau après son stage à Mainsat. Ce village creusois compte 700 habitants, dont un généraliste.

Reportage réalisé avec le concours de Christophe Poirier et Lucie Thuillet.

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