Société

Réseaux sociaux : un Facebook réservé aux patients d'hôpitaux

Par Marina Cabiten, France Bleu vendredi 18 avril 2014 à 6:00

Adeline connectée sur My Hospi Friends depuis sa chambre
Adeline connectée sur My Hospi Friends depuis sa chambre © Radio France - Marina Cabiten

My Hospi Friends est un nouveau réseau social voué à briser la solitude et l'ennui des patients à l'hôpital, et largement inspiré de Facebook. Il est testé depuis le 31 mars à l'hôpital Foch de Suresnes, près de Paris.

Ca ressemble à Facebook ? C'est fait exprès. My Hospi Friends, nouveau réseau social réservé aux patients hospitalisés, est testé depuis le 31 mars dernier à Suresnes, dans les Hauts-de-Seine. L'hôpital Foch est le premier en France à proposer ce service pour lequel il paie une licence à la start-up parisienne qui l'a lancé. L'objectif : permettre aux malades de sortir de leur solitude, en communiquant virtuellement avec d'autres patients avant de peut-être les rencontrer en chair et en os dans les murs de l'établissement.

"Les choses dures de la vie nous rapprochent"

Adeline, 30 ans, est au service pneumologie depuis quinze jours. Tous les soirs après sa journée de soins, elle passe une bonne heure et demie sur My Hospi Friends, qui ressemble franchement à Facebook sur la forme : un profil, des statuts, photos, vidéos, ou encore des jeux en ligne.

Une page de profil de My Hospi Friends - Aucun(e)
Une page de profil de My Hospi Friends
Mais sur le fond, Adeline s'y retrouve mieux en tant que jeune femme hospitalisée : "Sur Facebook on va parler de choses superficielles, alors que là les choses dures de la vie nous rapprochent."

HospiFriends SON

Des rencontres impossibles ?

Au départ, le personnel de l'hôpital Foch était assez réticent à l'arrivée de ce nouveau service. Avec deux craintes : d'abord que les patients l'utilisent pour critiquer les soignants . Et ensuite, que ce lieu de rencontre virtuel fasse miroiter aux malades des échanges impossibles. En effet, My Hospi Friends se présente comme un moyen de se faire des amis à l'hôpital, avec lesquels aller ensuite par exemple boire un café à la cafétéria. Mais comme le souligne Marie-Françoise, infirmière, "si une jeune maman à la maternité voulait aller à la rencontre d'un patient du service mucoviscidose, ce serait évidemment impossible" . Et les cas d'isolements pour cause de risque d'infection ne sont pas rares dans un hôpital.

Le service pneumologie de l'hôpital Foch - Radio France
Le service pneumologie de l'hôpital Foch © Radio France - Marina Cabiten
Le Mark Zuckerberg hospitalier

Pour le fondateur de My Hospi Friends, il s'agit pourtant bien pour les malades de finir par se rencontrer. Julien Artu a rêvé de tels liens d'amitié durant une hospitalisation de six mois suivant un accident de voiture . C'est ce qui lui a donné l'idée de ce réseau social.

Julien Artu fondateur de My Hospi Friends - Radio France
Julien Artu fondateur de My Hospi Friends © Radio France - Marina Cabiten
Mais contrairement à Adeline, ce n'est pas de tant de ses problèmes de santé qu'il avait envie de parler que de ses passions. C'est pour lui la vocation première de son réseau social, "permettre aux gens de penser à autre chose qu'à ce qui les a amené dans leur chambre, où ils ont 24h sur 24 de temps libre à tuer" .

Les hôpitaux encore frileux

Les hôpitaux peuvent aussi communiquer des informations aux patients via ce réseau. Mais si Foch est pour l'instant le seul en France à avoir adopté ce produit, c'est parce que les autres établissements démarchés par Julien Artu sont dubitatifs sur plusieurs points. Il y a d'abord les problèmes de réseau . À Foch, pour le moment, les patients ne peuvent surfer qu'en 3G ou bien 4G s'ils ont l'abonnement correspondant sur leur smartphone ou leur tablette. Mais le wifi pourra leur être accessible dans les six prochains mois promet la direction, car le wifi est déjà déployé pour le personnel. Ce n'est pas le cas dans tous les hôpitaux.

La page d'accueil de My Hospi Friends à l'hôpital Foch - Aucun(e)
La page d'accueil de My Hospi Friends à l'hôpital Foch
Autre point délicat : la confidentialité et le respect de la vie privée . Si Julien Artu assure la "sécurité" des données, il ne peut la garantir plus qu'un autre réseau social. Et actuellement, c'est sa start-up qui modère les messages postés par les patients, ce qui veut dire qu'elle a accès à tous les contenus.

Malgré le démarrage modeste de son invention, le jeune entrepreneur veut y croire, et ne se lasse pas d'entendre les patients lui dire qu'il leur a rendu le sourire.

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