Société

RETOUR SUR INFO | La guerre des poubelles dans le Sud Sarthe

Par Bertrand Hochet, France Bleu Maine samedi 29 août 2015 à 6:00

Marc Blachère, président du collectif d'usagers: "il faut parfois faire des km pour déposer ses ordures dans les conteneurs"
Marc Blachère, président du collectif d'usagers: "il faut parfois faire des km pour déposer ses ordures dans les conteneurs" © Radio France

Une victoire ! Depuis un an et demi, des habitants réunis en collectif contestent le nouveau mode de collecte des déchets mis en place dans 35 communes. Système trop compliqué et souvent trop coûteux à leurs yeux. Suite à leur mobilisation les élus font marche arrière : l’ancien système de porte à porte sera remis en place d’ici fin 2016.

La guerre des poubelles dans le Sud Sarthe éclate en janvier 2014 . C’est à cette date qu’entre en vigueur un nouveau système de collecte des déchets pour 41.000 habitants de 35 communes (parmi lesquelles Le Lude, Château-du-Loir, Pontvallain et Mayet). Fini le ramassage des ordures « porte à porte ». Désormais, les personnes résidant en dehors des bourgs doivent déposer elles-mêmes leurs poubelles dans des « points d’apport volontaires », c’est-à-dire des gros conteneurs. Si à l’époque le syndicat de collecte et de traitement des déchets, composé d’élus, adopte ce changement, c’est tout simplement pour des raisons de coût. Sur le papier, ce nouveau système semble moins cher que le précédent.

Très vite, des difficultés

Mais rapidement, les problèmes s’accumulent. Le premier souci est d’ordre technique. Les nouveaux bacs accueillant les déchets fonctionnent mal : ils sont souvent vite pleins et les badges permettant d’ouvrir les portes des conteneurs sont parfois défaillants.Deuxième difficulté : en zone rurale, ces « points d’apports volontaires » sont situés loin des maisons. Les habitants, souvent âgés, doivent faire plusieurs kilomètres pour déposer leurs ordures . A cela s’ajoute la question du prix. Certains habitants (les deux tiers environ) voient leur facture exploser (prix parfois multipliés par deux ou trois). Tandis que pour d’autres, le prix du ramassage des ordures diminue. Le collectif des usagers cite l’exemple d’une famille de six personnes dont la note est passée de 145€ à 260€.

> ARCHIVE : Un nouveau système plus coûteux que le précédent. D'après les calculs du collectif d'usagers, le système d'apport volontaire coûte 25 euros de plus par habitant et par an que le système de porte à porte

Plus d'un an de combat 

Face à ce triple constat, la riposte s’organise. Un collectif de défense des usagers est créé. 2.500 plaintes sont déposées devant le tribunal de La Flèche ce qui, d’après les deux parties, est sans précédent dans ce type d’affaire . Le dossier est également porté devant le tribunal administratif de Nantes qui met, en général, plus de deux ans à se prononcer.

1.700 tonnes de déchets se retrouvent dans la nature (ici à Château-du-Loir en septembre 2014) - Radio France
1.700 tonnes de déchets se retrouvent dans la nature (ici à Château-du-Loir en septembre 2014) © Radio France
 

> ARCHIVE : Excédés, certains habitants déposent leurs ordures dans des décharges sauvages. Particulièrement touchée, la commune de Château-du-Loir décide, en septembre 2014 de prendre des sanctions. 

Marche arrière! 

En mai 2014, une nouvelle équipe prend les rênes du syndicat mixte du Val de Loir pour la collecte et le traitement des déchets. Il choisit de tout remettre à plat. Résultat : c’est le retour à l’ancien système qui est décidé, à savoir le « porte à porte de proximité ». Date butoir : la fin de l’année 2016 . En campagne, les habitants devront déposer leurs ordures dans des conteneurs plus proches que ceux d’aujourd’hui. Ces bacs seront situés dans les hameaux ou au bout des chemins et des routes.

ARCHIVE: février 2015: une sortie de crise se dessine 

Un difficile compromis

Ce retour en arrière a un coût important (que le syndicat ne veut pas encore dévoiler) : il faut racheter des bacs à ordures et revoir les tournées des camions de ramassage qui compteront deux personnes au lieu d’une aujourd’hui. Or le syndicat fait face à de graves problèmes de trésorerie car les personnes qui ont porté plainte ne payent plus leurs factures (le fait d’aller en justice est suspensif).

Jean-Louis Yvernault, président du syndicat de gestion des déchets: "nous avons pris en considération les messages des habitants

D’où ce compromis, négocié avec le collectif d’usagers : le retour à l’ancien mode de collecte ne sera mis en place que si les habitants retirent leur plainte et règlent ce qu’ils doivent à la collectivité . Le collectif de défense des usagers s’engage à faire passer le message. Reste à savoir s’il sera entendu ou si des habitants décideront d’aller jusqu’au bout. Parallèlement, le syndicat de gestion des déchets va revoir les grilles tarifaires et promet un coût plus juste car plus conforme à la composition réelle des foyers. 

Marc Blachère, président du collectif d'usagers: "on a pensé un système en dehors des gens"