Société

Retraites complémentaires : les salariés du privé devront travailler une année supplémentaire

Par Thibaut Lehut, France Bleu vendredi 30 octobre 2015 à 17:27 Mis à jour le vendredi 30 octobre 2015 à 17:32

Le déficit de l'Agirc-Arrco sera limité à 2,3 milliards d'euros en 2020.
Le déficit de l'Agirc-Arrco sera limité à 2,3 milliards d'euros en 2020. © Maxppp

Patronat et syndicats ont validé l'accord visant à renflouer les caisses des régimes de retraites complémentaires, ce vendredi. La principale mesure consiste en la création d'un système de bonus-malus, visant à faire travailler les salariés un an de plus pour partir en retraite avec un taux plein.

Au terme de huit mois de négociations, la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC ont validé l'accord passé avec le patronat ce vendredi, destiné à pérenniser les systèmes de retraites complémentaires (Agirc et Arrco). La CGT et FO ont en revanche refusé de signer le texte. Les deux syndicats considèrent qu'il ouvre la voie à un report de l'âge de départ à la retraite.

Un an de plus ou une décote de 10% sur les pensions

Le texte, qui vise à limiter le déficit qui mine les comptes des régimes de retraites complémentaires, instaure un système de bonus-malus qui incite les salariés du privé à travailler un an de plus à compter de 2019. Une fois que ces derniers auront atteint l'âge légal de départ à la retraite (62 ans) et la durée de cotisation requise par la loi (41,5 ans), ils devront quand même travailler encore une année s'ils veulent bénéficier d'une pension de retraite à taux plein. Dans le cas contraire, ils partiront en retraite avec une décote de 10% pendant deux ans, voire trois. Ceux qui travailleront deux, trois ou quatre années supplémentaires bénéficieront au contraire d'un bonus pendant un an.

Les retraités exonérés de CSG, et certains travailleurs handicapés et aidants familiaux échapperont à ce dispositif, mais les personnes ayant commencé à travailler tôt et pouvant partir actuellement à 60 ans devront elles aussi travailler un an de plus pour éviter l'abattement.

Hausse des cotisations patronales

En contrepartie, le patronat (Medef, CGPME, UPA) a accepté une augmentation des cotisations destinées à financer ces régimes de retraites. Une hausse chiffrée à 700 millions d'euros par an. Mais l'organisation patronale pourrait avoir réalisé une opération blanche, puisqu'elle affirme avoir obtenu du gouvernement une baisse équivalente des cotisations à la branche AT-MP de la sécurité sociale (accidents du travail-maladies professionnelles). L'exécutif n'a pas confirmé cette information.

La complémentaire retraite en pratique. - Aucun(e)
La complémentaire retraite en pratique. - IDE

Un déficit limité à 2,3 milliards d'euros en 2020

Avec la crise économique, l'arrivée des papy boomers à la retraite et le chômage de masse, l'Agirc et l'Arrco ont vu leurs déficits respectifs se creuser à 1,985 milliard et 1,153 milliard en 2014. Sans ressources supplémentaires, leurs réserves seraient épuisées d'ici à 2018 pour l'Agirc et à 2027 pour l'Arrco. Le texte signé ce vendredi prévoit des économies de 6,1 milliards d'euros d'ici à 2020 qui, selon le Medef, limiteraient le déficit des régimes complémentaires à 2,3 milliards d'euros à cette date.

"Un marché de dupes" - Philippe Pihet (FO)

A l'issue de la réunion, les syndicats signataires et le patronat se sont réjouis. Le négociateur du Medef, Claude Tendil, s'est félicité d'avoir réussi "à lever un tabou". Sans accord, les pensions risquaient d'être amputées de 11% de manière définitive, a insisté de son côté la CFTC. FO et la CGT ont eux déploré "un marché de dupes""On n'a pas fini d'entendre parler de ce texte", a prévenu Eric Aubin (CGT), le qualifiant de "régression".