Société

À Roubaix, les policiers municipaux expérimentent déjà les caméras-piétons

Par Cécile Bidault, France Bleu Nord et France Bleu lundi 20 mars 2017 à 6:00

Les policiers municipaux de Roubaix ne sortent plus sans leur caméra-piéton
Les policiers municipaux de Roubaix ne sortent plus sans leur caméra-piéton © Radio France - Cécile Bidault

Après l'affaire Théo, à Aulnay sous Bois, le gouvernement veut généraliser les caméras-piétons, portées par les forces de l'ordre lors de contrôles. À Roubaix, cela fait un mois que les policiers municipaux l'expérimentent. Nous sommes allés sur le terrain avec eux.

Vers une généralisation des caméras-piétons. Le 1er mars dernier, un décret est paru, rendant systématique lors de contrôles d'identité dans les zones de sécurité prioritaire (ZSP), l'utilisation de ces petites caméras, accrochées aux uniformes de certains policiers et gendarmes. Cette décision a été prise après l'affaire Théo, à Aulnay sous Bois en région parisienne. L'interpellation du jeune homme a dégénéré le 2 février dernier. 4 policiers sont mis en examen, dont un pour viol.

Caméras déjà en action à Roubaix

Ces caméras-piétons sont déjà expérimentées sur le terrain. Notamment par la police municipale de Roubaix, près de Lille, depuis un mois, une décision qui avait été prise avant l'affaire Théo. La municipalité a investi dans une petite vingtaine de boîtiers, toutes les équipes en sont dotées. Dominique Paulo, directeur de la prévention, de la sécurité et de la tranquillité à la ville de Roubaix, à la tête de la police municipale, ne voit que des avantages à l'utilisation de ces petites caméras : "sur certains contrôles qui auraient pu dégénérer, lorsqu'on annonce qu'on va filmer la scène, ça a tendance à apaiser les choses. C'est une garantie, tant pour les agents et leur sécurité, que pour les citoyens. On joue la carte de la transparence".

Dominique Paulo dirige la police municipale de Roubaix

Sur le terrain avec la police municipale de Roubaix

Nous avons suivi une patrouille de policiers municipaux dans les rues de Roubaix. Mohamed et Malik, près de 15 ans de police municipale derrière eux, accrochent désormais systématiquement un petit boîtier noir, sur le gilet bleu à poches qui recouvre leur uniforme. "C'est une caméra style GoPro", expliquent les fonctionnaires". "Il suffit d'appuyer sur un bouton pour lancer l'enregistrement".

Les contrôles routiers s'enchaînent - défaut de contrôle technique, stationnement gênant- la caméra n'est pas déclenchée. Inutile, explique Mohamed, "car les personnes sont correctes et à l'écoute. On utilise la caméra à partir du moment où on tombe sur quelqu'un d'un peu agressif".

Un joint dans le métro

Les deux fonctionnaires descendent alors dans le métro sous la Grand Place de Roubaix. Ils repèrent un homme qui s'apprêtait à fumer du cannabis. Les contrôles d'usage sont effectués, les policiers découvrent trois joints bien rangés dans un paquet de cigarette. Ils décident de déclencher la caméra : "à partir de maintenant, vous êtes filmé, Monsieur". L'homme s'intéresse : "c'est nouveau, la caméra" ? "Oui", répond Malik. "C'est pour votre protection, et la nôtre".

Le ton monte, l'homme est interpellé

Le ton est cordial, jusqu'à ce que l'homme comprenne qu'il va être conduit au commissariat, sur ordre de l'officer de police judiciaire qui a été prévenu. Il se met à crier sur les policiers : "vous me faites perdre mon temps !", et passe même au tutoiement. Les fonctionnaires l'escortent jusqu'à leur voiture, et le conduisent jusqu'au commissariat. Dans la voiture, il ne cesse de vociférer. Mohamed se félicite d'avoir déclenché la caméra : "il y a moins d'insultes, et en règle générale, on arrive même à ramener les personnes interpellées, sans avoir à les menotter". En quatre semaines, c'était seulement la quatrième fois que l'équipage déclenchait sa caméra.

Reportage auprès des policiers de Roubaix

De retour dans les locaux de la police municipale, les policiers mettent en charge leurs caméras. Les images sont stockées pendant six mois, et, si besoin, sont remises aux enquêteurs. "A aucun moment nous n'avons accès aux images", explique Mohamed. "On ne peut pas les manipuler. Donc s'il y a eu un excès sur le terrain, que ça a été filmé, l'agent responsable devra rendre des comptes. Ca peut empêcher les bavures, si bavure il y a".

Un outil précieux pour la police

A son bureau, Malik termine de rédiger le rapport sur l'interpellation du métro. Il conclue : "la caméra a apaisé la situation, ça désamorce des situations qui peuvent devenir ingérables. C'est un outil précieux pour la police, j'en suis certain".