Société

À Rouen, les cafés "en attente" refroidissent

Par Oanna Favennec, France Bleu Normandie (Seine-Maritime - Eure) vendredi 6 mars 2015 à 17:25 Mis à jour le lundi 9 mars 2015 à 7:00

Le patron du Zèbre à Pois, dans le centre-ville, fait partie des rares à continuer les cafés en attente.
Le patron du Zèbre à Pois, dans le centre-ville, fait partie des rares à continuer les cafés en attente. © Radio France - Oanna Favennec

Lancé au printemps 2013, le système des cafés suspendus – payer un café pour quelqu’un de plus nécessiteux que soi – avait convaincu jusqu’à 13 établissements rouennais. Dorénavant, ils ne sont plus que trois.

Les cafés en attente avaient séduit de nombreux établissements rouennais. Mais par exemple, aux Augustins, place St Marc, malgré l'envie, la mayonnaise n’a jamais pris. "On n’avait pas de demande de clients qui voulaient boire ces cafés. On avait pourtant beaucoup de personnes qui voulaient les payer" , explique la serveuse, Tenessee Roland.

Plus personne pour organiser le système

Certains établissements se sont retrouvés confrontés à d’autres problèmes. Dans cette boulangerie du centre-ville, certains abusaient, dit-on. Ils profitaient des sandwichs gratuits alors qu’ils auraient pu se les payer. Depuis quelques mois, la personne bénévole qui était à l'intiative des cafés suspendus, et aidait les établissements à s’organiser, s’est également mise en retrait.

Cafés en attente SON

Autant de facteurs qui n’ont pas entamé la motivation du Zèbre à pois. En deux ans, l’établissement de la rue aux Ours a servi 717 cafés suspendus. Il en reste environs une vingtaine en attente. Personne ne s’y verra donc refuser un petit noir. Il faut dire que le bistrot a bénéficié d’une bonne dose de publicité, notamment grâce à de nombreux reportages dans des médias locaux et nationaux.

Du temps

Mais son patron, Olivier Lenoble reconnaît que ce n’est pas de tout repos. Il faut s’organiser avec la comptabilité. Et être doté d’un grand sens de la psychologie et de temps, pour que la cohabitation entre les deux clientèles se passe bien. "On passe beaucoup de temps à expliquer le geste aux gens" , confie-t-il.

"La gentillesse du patron"

Les bénéficiaires sont, eux, toujours aussi reconnaissants. Comme Sylvie, qui vient se réchauffer le cœur régulièrement au Zèbre à pois :  "Parce que je suis réconforté. Il y a la gentillesse du patron… Il y a tout ! Le journal, le café, le sucre, le verre d’eau, même le petit gâteau !"

Aujourd’hui, à Rouen, deux autres établissements sont toujours dans le circuit des cafés en attente : le Roman de Gare et le Matignon.