Société

Saint-Lô : ils ont vécu la Libération

Par Amélie Bonté, France Bleu Normandie (Calvados - Orne) et France Bleu Cotentin jeudi 17 juillet 2014 à 18:00

Jean Mignon et Mireille François ont vécu les bombardements à Saint-Lô.
Jean Mignon et Mireille François ont vécu les bombardements à Saint-Lô. © Amélie Bonté - Radio France

TEMOIGNAGES. Deux natifs de la capitale manchoise racontent leur adolescence, en juin 1944. Jean et Mireille ont vécu les bombardements avant de fuir à quelques kilmètres.

Une ville détruite à 95%, baptisée "capitale des ruines"

Saint-Lô a été bombardée par les Alliés le 6 juin 1944. Les troupes avaient d'ailleurs envoyé des tracts pour prévenir les habitants des bombardements imminents, des documents que beaucoup n'ont pas reçus, dispersés par le vent.

Jean Mignon, avait 14 ans le 6 juin 1944. Il vivait rue Porte au Four à Saint-Lô. Le 6 juin au matin, enfant de chœur, il est de service à l'église Notre Dame. Il se souvient : "Je n'ai pas été très attentif pendant la messe. J'ai toujours dans l'oreille ce bruit métallique que faisaient les vitraux de l'église sous l'effet du bombardement de Utah et d'Omaha ". Plus tard lors de cette journée historique, il est en plein centre-ville de Saint-Lô quand des avions alliés s'approchent. "Je me souviens en avoir compté 14 et j'ai vu se détacher des points noirs, je ne savais pas que c'étaient des bombes. " Heureusement pour Jean Mignon ce jour-là, un boulanger l'aperçoit dehors, seul sous la menace, et l'oblige à rentrer dans sa boutique pour se mettre à l'abri.

"Je n'avais pas conscience du danger" - Jean Mignon, 14 ans en 1944 à St-Lô

"Comment pouvait-on s'attendre à ça ? " s'interroge encore Jean Mignon. En une journée, la ville de Saint-Lô a été complètement détruite par les bombardements. "J'avais appris dans les livres que les guerres se passaient toujours dans le nord. Étant enfant je n'avais pas conscience du danger que représentait la présence allemande dans le pays. " Voilà pourquoi il se veut "indulgent " à l'égard des jeunes d'aujourd'hui "parce que ça doit leur paraître très lointain ".

Jean Mignon

La bataille de Saint-Lô

C'est fin juillet, que les Américains entament la bataille de Saint-Lô, un point stratégique pour les Allemands, entre la Bretagne et le port de Cherbourg. Le 17 juillet, la 29e division américaine, le "bataillon perdu" est secouru par le major Thomas D.Howie alors qu'ils sont attaqués prés de la Madeleine par l'ennemi. Aujourd'hui à cet endroit, trône une chapelle, un mémorial en l'honneur des soldats américains.

Le lendemain, 18 juillet, les Allemands sont surpris par la rapidité des Américains qui entrent dans Saint-Lô par le quartier de la Bascule, près de l'église Sainte-Croix. Les G.I reprennent en quelques heures les routes de Carentan, de Torigni et de Bayeux. Dans la nuit du 20 juillet, les derniers tireurs allemands tentent une contre-attaque mais sans succès. Ils se replient et laissent la ville aux mains des Américains de la 29e et la 35e division : Saint-Lô est libre !

"Ce bourdonnement assourdissant des avions." - Mireille, 19 ans et demi en 1944 à Saint-Lô****

Mireille François, a fêté ses 20 ans avec les soldats américains au mois d'août 1944. Elle se souvient parfaitement de son retour à Saint-Lô, après la fuite avec ses parents et son frère, à quelques kilomètres, dans la campagne. "On a quitté Saint-Lô en flammes ". Les avions s'étaient approchés à l'heure du dîner, quelques minutes avant. "On était à table à la maison. On a entendu ce bourdonnement qui devient absolument assourdissant au fur et à mesure que les avions arrivent. " C'est à ce moment que les parents de Mireille décident de fuir.

À leur retour quelques heures plus tard, les sentiments sont mêlés. "Notre maison était toujours debout mais elle n'avait plus de toit, plus de fenêtres, plus de carreaux. En arrivant là on s'est dit on est libre et on fait ce qu'on veut mais quelle horreur. On était heureux d'être libérés et maman nous disait toujours on n'a pas le droit de se plaindre on a perdu personne" .

S Mireille François

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