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INTERVIEW - Salomé Berlioux : "Les jeunes qui grandissent en milieu rural n'ont pas les mêmes chances au départ"

Salomé Berlioux, auteure du livre "Les invisibles de la République" avec Erkki Maillard, était l'invitée de France Bleu ce mercredi. Elle explique les difficultés des jeunes qui grandissent en milieu rural, dans les petites et moyennes villes, loin des centres de décision, à réussir leur avenir.

Le village de Donzy, dans la Nièvre.
Le village de Donzy, dans la Nièvre. © AFP - PHILIPPE MERLE

Si on évoque souvent des difficultés des jeunes des quartiers, on parle rarement de celles vécues par les jeunes qui grandissent en milieu rural, ou dans les zones pavillonnaires des petites villes et des villes moyennes. Ces jeunes-là, dont la situation résonne avec la crise des "gilets jaunes", sont décrits dans "Les invisibles de la République", de Salomé Berlioux et Erkki Maillard. Vivants dans la "France périphérique", ils ne manquent pas de potentiel, mais ils n'accèdent pas forcément aux métiers dont ils rêvent. Salomé Berlioux a créé l’association Chemins d'avenir pour aider ces jeunes. Assignation à résidence, manque d'information, autocensure, manque de moyens, absence de réseaux, difficulté à accéder à internet... Salomé Berlioux était l'invitée de Denis Faroud et de Frédérique Le Teurnier dans Une heure en France, sur France Bleu, ce mercredi midi.

Les "Invisibles", ce ne sont pas les "gilets jaunes", mais ça pourrait bien être des "gilets jaunes" ?

Il y a sans doute parmi les jeunes que nous avons interrogés dans notre livre des enfants des "gilets jaunes", et aussi parmi les filleuls de l’association Chemins d'avenir, mais nous essayons de ne pas les habiller d'une couleur en particulier, parce que nous disons qu'ils sont invisibles. Nous essayons surtout de les mettre en lumière, et pas de les caricaturer.

Les jeunes dispersés sur le territoire, dans les villages, les petites villes et les villes moyennes, ont un point commun : leur voie est un parcours d'obstacles, pour les transports, pour internet, pour l'information. C'est peut-être aussi un manque d'envie de bouger ? 

Je ne sais pas si ça relève du manque d'envie. Parmi les jeunes qu'on a interrogés, on voit bien que c'est plutôt cette succession d'obstacles : l'autocensure, la question de l'isolement géographique, les questions financières aussi, qui font que parfois bouger concrètement, ça coûte cher. C'est parfois un sacrifice pour les familles. Et puis il y a des blocages psychologiques : on ne se sent pas forcément autorisés quand on est un collégien ou un lycéen qui grandit dans les Vosges, dans la Nièvre ou dans les Pyrénées-Orientales, à envisager de partir loin. 

Vous dénoncez une véritable inégalité des chances. Pourquoi on ne parle pas de ces jeunes Français périphériques, de cette jeunesse, alors qu'on parle des jeunes des banlieues qui rencontrent aussi des problèmes ? 

C'est vrai que le constat qu'on a fait, c'est que ces jeunes-là cumulaient les obstacles d'une part, et que d'autre part ils restaient "hors radar", et notamment dans l'angle mort des dispositifs d'égalité des chances. Ce sont des jeunes qui sont assez difficiles à appréhender, parce qu'ils sont éloignés par définition. Parce qu'ils sont dispersés sur l'ensemble du territoire. Parce qu'ils sont silencieux aussi, ils ne font pas beaucoup de bruit. Et puis parce qu'ils sont un peu hors catégorie. On nous dit souvent "il y a déjà des catégories, il y a les jeunes, il y a les jeunes de banlieue, il y a les jeunes à haut potentiel, il y a les décrocheurs scolaires... on ne va pas créer une catégorie en plus." Et nous, ce qu'on essaie de démontrer à travers des témoignages dans ce livre, c'est qu'il ne s'agit pas de faire une catégorie en plus, ces jeunes-là, ils existent. 

Vos exemples sont très parlants. Comme à Montluçon, que vous connaissez bien puisque vous avez grandi dans un hameau de l'Allier. Montluçon c'est éloigné de Paris, avec deux liaisons quotidiennes au lieu de six à huit dans les années 80, et ça c'est un nouvel obstacle. 

Effectivement, il y a la question de la mobilité : le train, la voiture... Un exemple de jeune que nous avons interrogé : Charlotte, qui grandit dans les Pyrénées-Orientales et qui envisage de faire médecine après sa terminale. Concrètement, la fac la plus proche est à Montpellier. C'est à deux heures de distance, ça veut dire prendre le train, ça a un coût, c'est long, ses parents ne connaissent personne là-bas, il faudra payer une chambre d'étudiant en plus. Finalement, elle décide d'aller faire un diplôme d'infirmière, ce qui peut être une très bonne idée, mais pour elle, c'était plutôt de l'ordre du subi. 

Est-ce que vous les sentez découragés, sans espoir, ces jeunes ? 

Non, ces jeunes-là ont du potentiel, ils en ont sous la pédale, ils sont aussi volontaires que les autres, évidemment aussi intelligents et capables. C'est aussi ça qu'on a essayé de montrer, à travers les témoignages de jeunes eux-mêmes, de leurs parents, de leurs professeurs, et aussi d'élus locaux : c'est qu'il faut les informer, les accompagner, les promouvoir, aller les chercher, parce qu'évidemment les territoires français regorgent de potentiel, ils sont là aussi, à travers la jeunesse. 

Emmanuel Macron parle beaucoup de mobilité. On revient au nerf de la guerre, c'est l'argent. 

Oui, l'argent fait vraiment la différence. Après, Emmanuel Macron a grandi lui-même hors de Paris, il n'a pas grandi dans le XVIe arrondissement. Mais ce qu'on dit, c'est qu'au-delà de ce gouvernement ou des précédents, aucun politique n'a pris la pleine mesure de l'ampleur de ce problème, ça c'est certain. 

Vivre à la campagne, vous dites aussi que ça peut être une force, car il y a du positif dans tout ce que vous racontez, vous en savez quelque chose puisque vous avez grandi à la campagne. Vous avez fait Sciences Po, et même travaillé pour un ministre. Personne ne vous a rappelé pour participer au Grand débat national ? 

Non, mais en revanche il va de soi que le sujet de la jeunesse de ces territoires,  il faut qu'il soit au cœur du Grand débat national. Ça me parait être une urgence. Et il ne s'agit pas de fracturer, ni d'opposer des territoires, il ne s'agit pas de stigmatiser les élites, parce que ce n'est pas le sujet. Il s'agit de dire "il y a un problème, il y a des jeunes qui ont du potentiel et il faut s'en occuper. Ces jeunes-là n'ont pas forcément les mêmes chances de départ que des jeunes qui grandissent dans le cœur de Bordeaux ou de Lille, et ça, ça porte atteinte à l'égalité des chances entre les jeunes français. 

L’association de Salomé Berlioux, Chemins d'avenir, aide les jeunes en milieu rural partout en France avec des parrains. L'accompagnement peut se faire à distance avec une méthodologie conçue par l’association. Elle permet aussi au parrain de découvrir le territoire de son filleul. 

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