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Société

Sandrine, accompagnante d'élèves handicapés en Savoie : "C'est un beau métier mais on est maltraités."

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Par , France Bleu Pays de Savoie

INTERVIEW - Mouvement national ce mercredi des AESH - accompagnants d'élèves en situation de handicap. A Chambéry, Sandrine dénonce le calvaire de ces précieuses aides à l'inclusion.

Sandrine
Sandrine © Radio France - Christophe Van Veen

Chambéry, France

Partout en France, il y aura ce mercredi des rassemblements. En désespoir de cause ? Pourtant la cause est noble. Accompagner les enfants qui sans cela seraient exclus du système scolaire. Depuis la récente réforme, leurs contrats sont sensés être consolidés - trois ans au lieu de un auparavant - , leurs conditions de travail améliorées... Dans les faits, beaucoup n'en peuvent plus à l'image de Sandrine, qui après six ans de bons et loyaux services va passer la main à la fin de l'année scolaire. 

Actuellement, à l'école Simone Veil de Chambéry, où elle a le soutien de la direction et des collègues, Sandrine dispose de 22 heures pour s'occuper de trois enfants en CE1 et CE2. Deux enfants sont autistes et un a des accès de violences. Pour corser un peu plus la difficulté, deux enfants sont dans la même classe. Sandrine ne veut pas rentrer dans le détail des difficultés pour ne pas stigmatiser ces enfants. La principale violence, elle vient du manque de reconnaissance.

Sandrine aime son métier, Sandrine est à bout. Sandrine touche 636 euros par mois. 

Mal traitée. Mal considérée.

Sandrine : - Ce sont des enfants qui ont du mal à s'ouvrir, à avoir confiance. Il faut du temps, c'est à nous de nous adapter à leur handicap. Ils ne contrôlent pas tout. Il faut beaucoup de patience, énormément de patience.

France Bleu Pays de Savoie : - Sans votre aide, il se passe quoi pour ces enfants ? 

Ils sont livrés à eux-même. Les institutrices n'ont pas le temps de s'en occuper. 

Vos petites et vos grandes victoires ?

Leur apprendre l'autonomie. Des petits pas. C'est pour la vie. Un de mes petits me disait : "Je veux rester longtemps dans l'école pour gagner de l'argent." Je lui ai dit : "Pour être heureux aussi." Je sors un peu du cadre. On les accompagne. On est dans l'humain. Il s'agit de les aider à se construire. C'est un beau métier. 

Et pourtant, vous arrêtez à la fin de l'année.

Je me sens maltraitée. Mal considérée. Comme je ne veux pas devenir maltraitante, j'arrête. Essayez, vous, d'avoir l'esprit complètement ouvert, de rester calme, disponible quand vous vivez avec 636 euros par mois, que tout devient difficile dès le 10 ou le 15 du mois, et qu'il vous reste 150 euros pour vivre quand vous avez payé vos charges. Pour faire ce métier, il faut être en paix. Il y a aussi le mépris. Quand vous essayez de joindre quelqu'un à l'inspection d'académie, vous avez l'impression de déranger. Moi je demande qu'on nous donne les outils pour travailler, pas seulement l'argent. On n'est pas formés ! Pour s'occuper d'enfants handicapés. 

"On nous donne pas les moyens de faire ce métier correctement"

Comment l'expliquez-vous, ce manque de considération ?

Pour moi, ça n'a pas de sens. Si ce n'est que nous avons affaire parfois à une société déshumanisée. Il faudrait qu'ils viennent dans les classes. Un jour, le psychologue scolaire est venu une heure. Il m'a dit " Mais comment tu fais pour tenir ? Tu dois être rincée. " J'étais contente que quelqu'un s'en rende compte. On a des enfants qui ne tiennent pas en place, qu'il faut canaliser, à qui il faut donner confiance, avec qui il faut répéter, répéter... tout le temps... tout le temps. 

Les familles, les enfants et les enseignants ont tellement besoin de vous.

Oui, mais on ne nous donne pas les moyens de faire ce métier correctement. C'est un très beau métier. Il m'a beaucoup apporté sur le plan humain. D'ailleurs, toutes celles et tous ceux que je croise dans ma situation aiment ce métier, aiment les enfants. Et pourtant, ils sont de plus en plus nombreux à démissionner. 

Vous allez manifester ce mercredi devant l'inspection d'académie ?

Non, ça ne sert à rien. Ils n'écoutent pas. Je vais participer à des réunions avec les syndicats. Figurez-vous qu'on n'a même pas de véritable statut. On a juste des contrats qui arrangent l'administration. Ce sont des contrats qui nous tiennent en laisse. Je ne suis pas fonctionnaire, je ne cotise pas pour le chômage. Si je quitte mon emploi demain, je n'ai pas droit au chômage. 

L'inclusion est pourtant mise en avant par le ministre de l'Education Nationale.

C'est bien beau les discours. Ils sont où les moyens pour l'école. Quels moyens on met ? Quand on demande à avoir des heures en plus, la personne référente nous dit : "Ben, non, on a déjà explosé le budget. " Mais, nous , on n'en a pas vu la couleur, de ce budget. Il n'y a aucune évolution possible tant qu'on n'est pas reconnus. C'est dommage. C'est vraiment un très très beau métier. 

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