Société

Sans contrats aidés, 220 élèves d'un quartier défavorisé de Nîmes n'auront plus de soutien scolaire

Par Jade Peychieras, France Bleu Gard Lozère et France Bleu mercredi 13 septembre 2017 à 18:41

Moufida a deux enfants, et pas les moyens de leur payer des cours particuliers. Le soutien scolaire de l'association est sa seule solution.
Moufida a deux enfants, et pas les moyens de leur payer des cours particuliers. Le soutien scolaire de l'association est sa seule solution. © Radio France - Jade Peychieras

Pas de soutien scolaire pour les enfants du Mas-de-Mingue à Nîmes ! La baisse du nombre de contrats aidés va les toucher de plein fouet. Dix contrats non renouvelés qui leur permettaient d'aider 220 élèves. Les parents sont inquiets.

Dans un petit local modeste, au beau milieu de la cité du Mas-de-Mingue, à Nîmes, une dizaine de mamans angoissées se sont réunies pour partager leurs craintes. Le Carrefour Associatif, une association qui dispense des cours de soutien scolaire à 220 élèves du CP à la Terminale, est dans l'impasse. Sur les 10 contrats aidés dont elle se servait pour assurer ce soutien, six sont arrivés à échéance pendant l'été, les autres y arriveront pendant l'automne.

"Nous n'avons pas les moyens d'embaucher des salariés à temps plein", explique Aline Gallice, la directrice du Carrefour Associatif. "Nous nous sommes toujours servis des contrats aidés. Sans eux nous ne pourront pas assurer le soutien scolaire", se désole-t-elle.

Réduction du nombre de contrats aidés

Cet été, le gouvernement a annoncé la réduction progressive du nombre de contrats aidés. De 459.000 ils devraient passer à 310.000 pour 2017, encore moins en 2018. Des contrats jugés "inefficaces et coûteux" par l'exécutif. Selon le président Emmanuel Macron, il s'agit souvent de "subventions déguisées vers les collectivités locales ou le secteur associatif". Selon le chef de l'Etat d'ailleurs, "le taux de retour à l'emploi durable des personnes concernées est très faible".

Mais au Mas-de-Mingue, difficile d'entendre ces arguments face à la difficulté du quotidien. Naima a cinq enfants, dont trois bénéficient du soutien scolaire ici au carrefour associatif. "Sans le Carrefour, je n'y arriverai pas. Je sais que je ne pourrai pas suivre la scolarité de mes trois enfants et je me sentirai coupable. J'ai trop de choses à faire. Grâce à eux je sais que mon enfant est suivi. Vous m'aidez presque plus que mon mari !" lance-t-elle à la cantonade. "Il est épuisé quand il rentre du travail. Ici, vous prenez le relais."

Et sans cette aide, Saida, assise sur le canapé juste à côté de Naima, craint le pire : "Certaines mamans pourront aider leurs enfants, mais d'autres ne le pourront pas. Il y aura des échecs scolaires". "Ici, certains parents n'ont pas le niveau, ils sont illettrés ou ne parlent pas français. Ils ne peuvent pas aider leurs enfants à l'école", renchérit Naima.

Au-delà du soutien scolaire

Pour Moufida, le visage grave, l'enjeu va même bien au-delà du soutien scolaire : "Ça n'est arrivé d'être hospitalisée pendant des jours. C'est l'association qui est allée chercher mes enfants à l'école, qui leur a fait faire leurs devoirs, qui me les a amenés. Pour moi, ça compte énormément." Saida résume, dépitée : "On a besoin d'eux."

Pour essayer de sauver l'association, les mamans du Mas-de-Mingue feront tout ce qu'elles peuvent : une pétition, pour commencer, une visite au préfet, une manifestation s'il le faut. Tout pour éviter le pire.

Aline Gallice invite même la première dame, Brigitte Macron, à venir visiter le quartier : "Venez écouter ces mamans, venez voir la détresse de ces personnes !" insiste-t-elle. "Je sais que l'on peut simplifier la vie dans ces quartiers avec pas grand-chose... la présence humaine. Arrêtez d'enlever la présence humaine !"