Société

Se dire qu'il y a une vie et un travail après la prison

Par Anne Oger, France Bleu Orléans mardi 13 décembre 2016 à 10:10

L'association Ecti organise une quinzaine d'ateliers par an au centre pénitentiaire de Saran
L'association Ecti organise une quinzaine d'ateliers par an au centre pénitentiaire de Saran © Maxppp - Thomas Padilla

L'association Ecti organise des ateliers pour les personnes détenues au centre pénitentiaire de Saran. Ces retraités les aident à rédiger un CV, à se préparer à un entretien d'embauche, et leur présente les métiers qui recrutent. L'objectif : préparer la sortie, redonner confiance, rassurer

C'est Evelyne, directrice des ressources humaines à la retraite, qui anime l'atelier, devant une dizaine de personnes détenues, hommes et femmes. DRH pendant plusieurs années chez le géant de la vente en ligne, installé juste à côté du centre pénitentiaire, elle connaît bien le sujet du jour : l'intérim, une piste intéressante au moment de la sortie de prison. "J'ai l'impression que les agences d'intérim peuvent être plus compréhensives avec notre parcours, on peut peut-être plus facilement leur dire qu'on sort de prison" témoigne cette femme de 38 ans, qui ne sait pas quand elle sortira.

Les premiers mois, je ne serais pas venue, j'avais du mal à me projeter vers l'avenir. Maintenant j'essaie de me préparer, même si je ne connais pas ma date de sortie. Se lever le matin, retrouver la fierté, ça sert à ça, un travail à la sortie, et on a tous besoin ici de retrouver de la fierté

"Pendant mes premiers mois d'incarcération, je ne serais pas venue à cet atelier, je n'arrivais pas à me projeter vers l'avenir. Maintenant, même si je ne connais pas ma date de sortie, j'ai envie de me préparer. Si je sortais dans une semaine, je ne serais pas effrayée, je saurai quoi faire, il me faudra juste trouver l'adresse des agences d'intérim sur internet, pour aller m'inscrire. Je travaille, déjà, en prison, j'ai l'habitude de me lever le matin, que tout ça s'arrête à la sortie parce que je ne retrouve pas de travail, ce serait vraiment dommage. L'intérim, c'est une bonne chance. Pour le moral, pour la fierté, un petit contrat c'est important. Parce que même si on dit : j'ai payé ma dette, reprendre confiance en soi à travers le travail, on en a tous besoin".

L'intérim, une piste pour le retour à l'emploi quand on sort de prison - Radio France
L'intérim, une piste pour le retour à l'emploi quand on sort de prison © Radio France - Anne Oger

Le témoignage d'une détenue

La question des blancs dans le CV

Très vite la discussion s'engage sur les sujets de préoccupation propres aux personnes détenues : comment faire au moment de rédiger son curricullum vitae, faut-il laisser des blancs, écrire qu'on est allé en prison ? "Toi tu travailles ici, eh bien tu peux le mettre dans ton cv, tu ne parles pas de la prison, mais des compétences que tu as développées, comme ça il n'y aura pas de blanc..." Les conseils s'échangent, les seniors de l'association répondent, ils ont l'habitude de ce genre de questions. Christian Codron anime ces ateliers dans les établissements pénitentiaires de la région pour l'association Ecti. "Les blancs dans le cv, c'est vraiment la première question qu'ils posent. On les aide à le rédiger. A mettre en avant leurs compétences, d'abord. Bien souvent ils ne sont pas conscients qu'ils en ont. Et puis on leur explique que le cv, la lettre de motivation, c'est juste le moyen de décrocher un entretien d'embauche, on n'a donc pas besoin de laisser des blancs. Et quand l'employeur vous questionne, vous pouvez répondre que oui vous avez fait de la prison, que c'était une erreur de jeunesse -c'est souvent le cas- que vous avez payé votre dette, et que surtout vous avez travaillé au centre de détention, que vous avez suivi des formations. Vous pouvez valoriser tout cela. L'important c'est de garder confiance. Et puis de se projeter vers l'avenir, la sortie, c'est difficile quand on est en prison".

C'est important que des gens de l'extérieur viennent ici, en prison, pour aider les personnes détenues à se préparer à l'avenir. La société civile a une responsabilité envers elles, pour éviter qu'elles ne récidivent, nous avons tous une responsabilité envers eux, en tant que citoyens

"On est là pour leur dire que oui, il y a une vie après la prison" explique Evelyne, la DRH à la retraite. "Moi j'ai choisi de m'investir dans l'association, et dans ces ateliers en prison, parce que la retraite c'était difficile. Et là, ce qu'on reçoit en retour, c'est de l'espoir, de la confiance, ça n'a pas de prix". Accueillir la société civile à l'intérieur de la prison, c'est essentiel, pour Claire Botte, la directrice du Service Pénitentiaire d'Insertion et de Probation du Loiret, qui suit en ce moment environ 2000 personnes dans tout le département. Des gens qui ne sont pas forcément incarcérés, ils peuvent être en semi-liberté, sous bracelet électronique, en libération conditionnelle. "Ici à Saran, on cherche des gens qui ont eu un métier, qui ont une expérience à partager. Nous, personnel de la pénitentiaire nous ne sommes pas les mieux placés pour les aider dans leur parcours professionnel. Et puis, la société a une responsabilité pour éviter que ces gens récidivent, chacun à un rôle à jouer, on a tous une responsabilité en tant que citoyen vis-à-vis de ce public-là".

"Il faut dire les choses" dit Claire Botte la directrice du SPIP du Loiret

Accepter les interdictions professionnelles liées aux condamnations

Au centre pénitentiaire de Saran, un agent de Pôle Emploi vient régulièrement, la mission locale est également présente, pour les plus jeunes. Préparer le retour à la vie professionnelle, cela fait partie des missions des agents d'insertion. Mais cela passe parfois par des mises au point douloureuses. "La loi c'est la loi" précise Claire Botte. "Pour certains, il y a parfois des interdictions professionnelles du fait de leur condamnations, du délit qu'ils ont commis. Il faut alors passer à autre chose, l'accepter, essayer d'avancer, ne pas rester sur des rêves qu'on ne pourra jamais réaliser. Pour avancer il faut trouver d'autres pistes, c'est le but de ces ateliers. Et pour trouver d'autres pistes, il faut se concentrer sur les compétences, qui sont souvent bien plus nombreuses que ce qu'ils imaginent". Un message qui s'adresse à ce détenu, qui à 30 ans, avoue n'avoir jamais travaillé. Les autres détenus lui répondent, l'encouragent. "Des compétences tu en as". La conseillère Pôle Emploi lui propose un rendez-vous après l'atelier, il sera l'une de ses priorités.

Le but, quand ils vont sortir, c'est qu'ils se disent que tout est possible, qu'ils ne se découragent pas. Retrouver un emploi, c'est vraiment la clef quand on sort de prison, il faut qu'ils se disent qu'il y a une vie après le centre de détention

Dire au patron qu'on a fait de la prison ? "Ca se discute, c'est au cas par cas. L'employeur, sauf dans certains métiers, n'est pas censé demander le casier judiciaire. On peut oublier de le fournir, faire ses preuves, et puis révéler la vérité une fois qu'on a montré ce dont on est capable. Bien souvent les employeurs sont les premiers surpris. Mais tout ça on en discute, on se prépare, il n'y a pas de règle".