Société DOSSIER : Les Bonnes Ondes

Sens : 70 ans après, un vétéran américain de retour dans l'Yonne

Par Lisa Guyenne, France Bleu Auxerre jeudi 12 octobre 2017 à 23:13

Norman Green et sa femme Vickie, devant la cathédrale de Sens
Norman Green et sa femme Vickie, devant la cathédrale de Sens © Radio France - Lisa Guyenne

En 1945, Norman Green quittait New-York pour Sens, dans l'Yonne, où il s'est entraîné en tant que réserviste de l'armée américaine. Aujourd'hui, en 2017, il a souhaité revenir, pour se rappeler de cette ville et des amitiés exceptionnelles qu'il y a nouées. Rencontre.

Nous retrouvons Norman attablé en terrasse, sur l'esplanade de la cathédrale. Le soleil brille. Du haut de ses 92 ans, le vétéran se rappelle. Son Français n'est plus très bon, s'excuse-t-il. Nous poursuivrons en Anglais. Il faut remonter le temps, 70 ans en arrière. Lorsque Norman arrive à Sens, il n'a que 21 ans. On est en 1945, au crépuscule de la Seconde guerre mondiale.

"Ils avaient si peu à offrir, et pourtant ils voulaient partager"

"Nous étions réservistes, la 13ème division de planeurs. Notre régiment était basé à la caserne de Sens (actuelle école de police nationale). Nous étions là pour nous préparer aux combats finaux en Allemagne."

Son séjour à Sens va durer 7 mois. C'est là qu'il rencontre Germaine Castet. Elle tient une droguerie. Son mari, Pierre, membre de la Résistance, a été déporté au camp de Buchenwald.

"Nous sommes arrivés dans sa boutique pour lui acheter du matériel de radio. Mme Castet s'est intéressée à nous car nous étions les Alliés, ceux qui allaient libérer son mari. Alors elle nous a tout de suite proposé de dîner chez eux. Dîner ! Ils avaient si peu à offrir... Et pourtant, ils voulaient partager."

Germaine était ma "mama". Ils m'ont traité comme un fils

C'est le début d'une amitié sincère avec Germaine et Pierre, qui rejoint Sens au printemps, après avoir été libéré. "Germaine était ma "mama". Ils m'ont traité comme un fils jusqu'à la fin, jusqu'à ce que l'on retourne aux Etats-Unis."

Norman Green était affecté à la 13e division Airborne du régiment 326 Glider dont un des avions figure ici en photo - Aucun(e)
Norman Green était affecté à la 13e division Airborne du régiment 326 Glider dont un des avions figure ici en photo -

Sa rencontre avec Pierre, et son expérience des camps, le marque à jamais. "Ils avaient essayé de le briser, mais il avait survécu. C'était un homme..." Les yeux de Norman s'embrument. Sa phrase reste en suspens. "Pardon", se reprend-il. Il m'a tellement appris, sur l'humanité, les relations... L'amitié qu'on avait développé était exceptionnelle."

Norman n'est finalement pas envoyé au front. Pendant de longues années, il poursuit sa vie. En 1980, il déménage au Japon, à Tokyo, avec sa femme Vickie et leur fils. Et c'est aujourd'hui, 70 ans plus tard, qu'il décide de revenir sur ces terres qui l'ont accueilli, en souvenir des moments passés avec les Castet. Un besoin inexpliquable, viscéral.

"Une telle expérience, si profonde pour moi qui n'étais qu'un jeune homme, m'a marqué plus que n'importe quel autre événement dans ma vie." Et d'ajouter, en français : "Il fallait que je revienne."

"Sens a tellement changé"

C'est aujourd'hui chose faite, grâce au concours d'une association de Résistants qui l'a aiguillé dans ses recherches et son arrivée en France. Si Pierre et Germaine sont aujourd'hui décédés, c'est avec beaucoup d'émotion que Norman a rencontré leurs descendants... Et redécouvert avec eux le centre-ville de Sens, tant d'années après.

"Ca a beaucoup changé. Pendant la guerre, il n'y avait rien. Les commerces étaient fermés, il n'y avait pas de gens assis en terrasse comme aujourd'hui. Et puis, c'est devenu international ; regardez autour de nous, il y a des gens de toutes les origines !" sourit-il. "Et c'est devenu très chic aussi, c'est une jolie ville. Very French !"

Norman passera encore quelques jours dans l'Yonne. Il visite notamment Joigny, où une cérémonie se tiendra en son honneur. Et dimanche, il rejoindra Paris, pour s'envoler chez lui, à Tokyo. Avec, sans doute, des souvenirs impérissables.