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A Sevran, 10 jours après "Dossier Tabou" : "on souffre de cette image-là"

Par Rémi Brancato, France Bleu Paris Région et France Bleu lundi 10 octobre 2016 à 4:10

Dans le quartier Charcot où s'est produite l'altercation entre des habitants et Bernard De La Villardière
Dans le quartier Charcot où s'est produite l'altercation entre des habitants et Bernard De La Villardière © Radio France - Rémi Brancato

Dix jours après la diffusion de "Dossier Tabou", émission de M6 consacrée à l'Islam, et montrant notamment une altercation entre Bernard De La Villardière et des jeunes de Sevran, en Seine-Saint-Denis, les habitants de la ville sont en colère. Le directeur d'une école privée musulmane témoigne.

Depuis le 28 septembre, les habitants de Sevran, en Seine-Saint-Denis, ne décolèrent pas. Dans l'émission "Dossier Tabou", diffusée ce jour-là sur M6 et intitulée "L'Islam en France, la République en échec", le journaliste Bernard De La Villardière s'intéresse à leur ville, qualifiée de "fabrique de djihadistes".

"Chacun vient travailler dans notre quartier s'il le veut"

Elle montre aussi une altercation avec des jeunes présentés comme "un mélange de salafistes et de dealers" dans le quartier Rougemont, secteur Charcot, à Sevran. France Bleu a rencontré plusieurs de ces habitants, qui ont accepté facilement de témoigner au micro. Vinks, un prénom d'emprunt, explique : "on est venu pour lui donner des renseignements et il ne les voulait pas, il a le droit", relatant le début de cette altercation. Mais il refuse le commentaire du reportage soulignant que les "caméras dérangent" : "chacun vient travailler dans notre quartier s'il le veut, mais il ne faut pas qu'il vienne mentir" dit-il. Car pour lui, le journaliste est venu avec une idée préconçue du quartier. Les jeunes ont d'ailleurs fourni il y a quelques jours leurs vidéos des faits au site Internet buzzfeed. Et il assure que de nombreux autres caméras de télévision étaient venues auparavant filmer sans aucun problème le local de la mosquée dites des radars, devant laquelle s'est déroulée l'altercation.

Le directeur des magazines d'information de M6 a répondu dans une interview au site Ozap.com, dénonçant "des endroits où l'on ne peut pas travailler sans l'accord de certains jeunes" et "une agression pure et simple d'une équipe de tournage par cinq ou six jeunes qui ne veulent pas les laisser travailler".

Pour Manu, qui était aussi là le jour de l'altercation, le commentaire qui qualifiait le groupe de "dealer", l'a d'abord fait "exploser de rire" ajoutant : "moi je travaille en intérim, la drogue je n'ai pas besoin de ça pour vivre". Rire qui a viré jaune. "Cela m'a énervé surtout car on souffre de cette image là à Sevran" dit-il.

Reportage à Sevran de Rémi Brancato

Des employeurs vont "avoir peur de recruter des jeunes Sevranais"

C'est d'ailleurs ce que dénonce Thoraya Amrani, étudiante de 22 ans, habitante de la cité des Beaudottes et conseillère municipale socialiste. "Ce reportage est vu par un certain nombre d'employeurs, ils vont avoir peur de recruter des jeunes Sevranais et c'est vraiment dramatique" regrette celle qui a lancé une pétition au lendemain du reportage dénonçant la "stigmatisation" de Sevran et des banlieues.

"Nous on se bat contre la ghettoïsation, on a réussi à bouger les choses, et des reportages comme ça, ça fait que les gens se renferment" ajoute le maire Stéphane Gattignon. L'élu, qui parle d'une "image fausse" montrée de sa ville, a par ailleurs décidé de porter plainte pour des menaces de mort à son encontre, publiés par des internautes sur les pages Facebook de deux élus Front National (David Rachline maire de Fréjus et Steeve Briois maire de Hénin Beaumont) après la diffusion du reportage.

Le directeur d'une école musulmane réfléchit à porter plainte en diffamation

Hamid Boudjemai réfléchit aussi à porter plainte, mais en diffamation contre M6. Il est le directeur de l'école privée musulmane de l'association pour la connaissance et le savoir. Dans le reportage son établissement, jamais nommé, est présenté comme "salafiste". "Tout ceci est faux" répond-il. Il raconte avoir répondu à 20 minutes de questions alors que des journalistes sont venus taper à l'improviste à la porte de l'école et que seules quelques phrases ont été conservées à l'antenne.

Il ajoute que son école, privée et hors contrat, qui accueille 150 enfants, et qui a ouvert depuis quelques mois, a été déclarée et a obtenu l'autorisation de l'Education nationale pour ouvrir. Des éléments que confirment à France Bleu la direction académique de Seine-Saint-Denis.

Rémi Brancato a rencontré le directeur de cette école musulmane

Le maire de Sevran confirme avoir loué un terrain de la ville à l'association pour que l'école s'y installe, dans des Algeco. "C'est une solution car on avait des enfants déscolarisés, et moi ce que je ne veux pas, c'est que ces enfants soient dans un groupe totalement fermé", défend Stéphane Gattignon "car c'est là où on crée des ruptures encore plus fortes dans la société française, donc tout cela doit être sous contrôle de l'Education nationale, ce qui est le cas". "On est amené à suivre le programme de l'Education nationale" confirme Hamid Boudjemai qui assure qu'il n'y a pas d'enseignement religieux dans l'établissement, seulement une demi journée de cours d'arabe facultatifs chaque semaine.

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