Société

Sur la route, la popularité des applications anti-radars change la donne

Par Tanguy Bocconi, France Bleu Saint-Étienne Loire mardi 24 janvier 2017 à 1:47

Le dernier né des boîtiers "Coyote" utilisé pour signaler les radars
Le dernier né des boîtiers "Coyote" utilisé pour signaler les radars © Radio France - Tanguy Bocconi

En seulement 5 ans d'existence , le groupe Facebook "contrôle police/ gendarmerie Saint-Etienne métropole" vient de franchir la barre des 50 000 membres !! Une communication légale, mais qui n'en est pas moins problématique pour les forces de l'ordre qui doivent s'adapter.

Pour les automobilistes, le principe est simple et d'une efficacité redoutable: signaler en temps réel via la page internet d'un réseau social, une application téléchargée sur son smartphone ou bien un boîtier électronique embarqué dans sa voiture la présence d'un ralentissement, d'un accident, de travaux de voirie mais aussi et surtout... l’activité des forces de l'ordre et l'implantation des radars au bord des routes !

Étonnamment, la pratique est bel et bien tolérée en France, malgré quelques subtilités : il s'agit de signaler des "zones de dangers" sans préciser l'emplacement exact des points de contrôle. Depuis une loi de 2011, le signalement est ainsi limité à 300m de précision sur les routes départementales, 1 km sur les nationales et 3 kilomètres sur les autoroutes. Pas de quoi décourager cependant les très nombreux utilisateurs de ces différents avertisseurs de radars camouflés en "systèmes d'aide à la conduite": en France, le seul réseau d'abonnés payants "Coyote" affiche 350 000 connexions de conducteurs chaque jour, tandis que son concurrent gratuit "Waze" compte plus de 3 millions d'usagers !

Le numérique plus efficace que les appels de phare

Pour la plupart des automobilistes qui y ont recours, la motivation est évidente: éviter les amendes pour excès de vitesse et les éventuels retraits de points. Maëlle, une jeune Stéphanoise n'a ainsi plus pris de contraventions depuis qu'elle a rejoint la communauté "Coyote" il y a plus d'un an: " A 50 euros l'abonnement annuel, c'est très raisonnable... une amende évitée et c'est déjà rentabilisé ! C'est le meilleur moyen de conserver son permis" confie t'elle dans un grand sourire.

Même raisonnement pour Alexis, un représentant de commerce ligérien qui parcours prés de 50 000 kms par an: " Pour moi qui passe énormément de temps sur les routes, je suis beaucoup plus exposé aux risques de retraits de points" soupire t'il. "Un coup de fil au volant, un petit dépassement de vitesse, un moment d' inattention et ça peut dégringoler très vite, mais moi je ne peux pas me permettre de perde mon permis, sinon je perds mon travail". Et même ceux qui ne sont pas abonnés sont plutôt favorables à ces systèmes anti radars: Patrick, un automobiliste retraité, trouve "que les automobilistes sont déjà assez taxés comme ça. Puisque c'est légal, il n'y a pas de raison de s'en priver après tout".

Des conséquences sur la sécurité et le travail des forces de l'ordre

Le problème c'est que ces agissements ne concernent pas que les implantations de radars, déplore Jean Michel Veyrat-Parisien. Pour ce commandant de l'escadron départemental de sécurité routière de la Loire, les usagers de ces dispositifs doivent "être bien conscients de toutes les conséquences de ces signalements: il n'y a pas que la vitesse. En signalant notre présence vous pouvez aussi permettre à un conducteur d'échapper à un contrôle d’alcoolémie alors qu'il est positif. Un conducteur qui renversera peut être ensuite un de vos proches. Il faut aussi bien être conscient de cela lorsque vous alertez les autres automobilistes sur des contrôles routiers". Le gradé rappelle également qu'avec l'état d'urgence, les contrôles routiers sont de plus en plus nécessaires et que des suspects peuvent également y échapper grâce à ces nombreuses applications anti_-_radars...

Reste que ces applications ont tout de même quelques avantages pour les forces de l'ordre: "on constate un effet dissuasif puisque maintenant les gens lèvent le pied avant même de nous voir . Et puis on en joue aussi en étant beaucoup plus mobile, sans compter que nous disposons nous aussi de nouveaux outils." Parmi ceux-ci, les drones et les caméras toujours plus nombreuses et perfectionnées de la surveillance routière jouent un rôle de plus en plus important. Un contrôle invisible et généralement indétectable, mais qui peut se traduire par des contraventions qui seront, elles, bien douloureusement ressenties !

"Il faut bien assumer toutes les conséquences de ces signalements"-Jean-Michel Veyrat-Parisien chef de l'escadron de sécurité routière de la Loire