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Société

Tarbes : des SDF créent leur association pour "se sortir de la rue"

lundi 26 novembre 2018 à 3:35 Par Evan Lebastard, France Bleu Béarn et France Bleu

Après la réquisition d'un bâtiment début novembre, ces vagabonds ont décidé de créer leur association pour défendre la population de la rue, l'Action Vagabonde Indépendante et Eclectique (AVIE).

Les membres de l'association AVIE, dont Yannick et Diego (au centre).
Les membres de l'association AVIE, dont Yannick et Diego (au centre). © Radio France

Tarbes, France

La réouverture s'est faite au pied de biche. Cette ancienne clinique proche de la gare de Tarbes, transformée en centre d'hébergement pour SDF, a retrouvé des occupants. Quatre des six logements accueillent des vagabonds pour l'hiver. Des appartements qui restaient vides depuis deux ans, faute de subventions. 

"Ils préféraient laisser ce lieu mourir", explique Diego, alors qu'il pousse la porte d'entrée de la résidence. "Ça sent un peu l'humidité, mais bon, c'est mieux que rien !". Diego et ses camarades ont obtenu la réactivation des compteurs EDF et l'eau courante.

Diego et Yannick remercient leurs soutiens le 5 novembre devant la préfecture de Tarbes  - Radio France
Diego et Yannick remercient leurs soutiens le 5 novembre devant la préfecture de Tarbes © Radio France - Evan Lebastard

Ce lieu, ils ne l'ont pas choisi par hasard. C'était une ALT (allocation logement temporaire) bien connu des vagabonds tarbais. Avec une dizaine de vagabonds, militants associatifs et politiques, ils ont forcé l'entrée de ce logement avant d'obtenir de pouvoir y rester. Mais après deux ans d'abandon, son état s'est fortement dégradé.

"On est entré ici c'était pourri, se souvient Diego. On a passé nos journées à tout nettoyer, à quatre pattes par terre avec des brosses à dents. A briquer les murs. Maintenant ça brille, et on n'a plus de cafards !

Diego réfléchi à l'association AVIE depuis près de 10 ans. - Radio France
Diego réfléchi à l'association AVIE depuis près de 10 ans. © Radio France

Diego et ses camarades revendiquent leur mode d'action, la réquisition forcée. "Pas besoin de 43.000 € de subventions quand on a un pied de biche", ironise Diego. Ils veulent démontrer qu'un logement vacant peut-être réhabilité sans grands moyens. 

"On ne va pas pondre un appartement en or à tous les gens qui vivent dans la rue, explique Yannick, lui aussi nouveau résident. Mais s'ils veulent s'en sortir, ils peuvent prendre des locaux un peu dégradé pour se les réhabiliter eux-mêmes. Réhabiliter un bâtiment ça permet de se réhabiliter soi-même." 

Une idée et des principes qui ont donné naissance à une association, AVIE, pour Action Vagabonde Indépendante et Éclectique

Jean-Philippe en a été l'un des premiers membres. Il a aidé à la prise du bâtiment et aujourd'hui il vit dans un des appartements. "Ça m'a permis de sortir du froid. Heureusement qu'ils étaient là sinon je serais à la rue." Il a tout de suite rejoint l'association "pour enfin faire passer l'humain d'abord." Il a connu le vagabondage à Paris, Marseille, Toulon, Lourdes. Parfois à la rue, parfois dans des logements insalubres. Alors il veut montrer qu'il faut "occuper ce qui est libre. C'est une question de vie ou de mort, surtout l'hiver."

Jean-Philippe, sur le petit lit de sa nouvelle chambre. - Radio France
Jean-Philippe, sur le petit lit de sa nouvelle chambre. © Radio France

Diego a eu l'idée de cette association pour que les vagabonds trouvent eux-mêmes les solutions à leurs problèmes. "Cette question ne peut pas être mieux traité que par les gens de la rue, explique-t-il. On nous dit qu'on a le droit de parole ? En vérité on ne l'a jamais. AVIE ça existe depuis des années par l'entraide des gens de la rue. Là des statuts vont nous protéger et faire grandir nos idées."

Yannick et Diego ont déjà pu faire entendre leur parole directement aux services de la préfecture. Suite à la réquisition du bâtiment, ils ont été intégrés à la cellule des "grands précaires" des Hautes-Pyrénées. Ils ont pu confronter leur expérience de la rue aux chiffres des services de l'État, mais aussi de la Croix-Rouge ou du 115. "Les gens qui appellent le 115 se lassent au bout d'un moment à force d'avoir des refus, s'indigne Yannick. Ils n'appellent plus et préfèrent rester dans la rue plutôt que demander un téléphone pour appeler dix fois dans la journée pour ne rien trouver.

Avec leur association AVIE, ils estiment avoir déjà un peu amélioré la vie des vagabonds tarbais en ayant fait entendre leur réalité. Mais loin de vouloir s'arrêter là, ils réfléchissent déjà à comment racheter ce bâtiment, pour emmener AVIE encore plus loin.