Société

Des codes-barres sur les bacs poubelles : Bordeaux Métropole teste une "tarification incitative"

Par Mélanie Juvé, France Bleu Gironde lundi 20 mars 2017 à 4:00

Rue David Johnston à Bordeaux, les poubelles ont été équipées de puces électroniques à code-barre.
Rue David Johnston à Bordeaux, les poubelles ont été équipées de puces électroniques à code-barre. © Radio France - Mélanie Juvé

Les poubelles grises et vertes de Bordeaux et son agglomération s'équipent de puces électroniques. Il s'agit identifier les adresses des poubelles pour intervenir si les bacs sont défectueux mais la Métropole teste aussi pendant trois ans une "tarification incitative". Explications.

Dans la rue David Johnston à Bordeaux, des étiquettes à code-barres ornent désormais les poubelles vertes et grises. Dans cette rue, comme d'autres du secteur Croix-de-Seguey /Jardin Public, des agents ont collé en octobre dernier des puces électroniques sur les bacs des particuliers. Une deuxième vague d'installation débute et va durer jusqu'en juin pour équiper les 8 communes les plus au nord de la Métropole. Le premier objectif est d'identifier les adresses des bacs pour les changer s'ils sont défectueux.

Pas "une taxe en plus"

Mais il y a un 2ème objectif. La Métropole va aussi tester une "tarification incitative", une tarification selon la masse des déchets, pour encourager à réduire et trier les déchets. Concrètement, il s'agit de calculer grâce aux puces électroniques le nombre de bacs récupérés à chaque passage des éboueurs pour calculer la quantité d'ordures que produit un foyer. Et à terme, mettre en place une taxation ou une redevance incitative. Pour simplifier : plus le particulier trie et réduit ses déchets, moins il verra sa facture d'ordures ménagères augmenter. "L'objectif c'est avant tout d'inciter à réduire la quantité de déchets produits, justifie Dominique Alcala, en charge du tri et de la collecte des déchets à Bordeaux Métropole. Ce n'est pas une taxe en plus, mais un ajustement. Aujourd'hui la taxe des ordures ménagères comprend la valeur locative d'un logement. Or, un foyer de deux-trois personnes vivant dans un petit appartement consomme plus de déchets qu'une personne seule dans une grande maison. Mais il n'y aura pas de gros supplément." Cette expérimentation entre dans le cadre du "Plan 2014-2020 de réduction et de valorisation des déchets" et de l'appel à projet "zéro déchets zéro gaspillage" conduit par ministère de l'Environnement.

Les riverains inquiets

"Une taxe sur le nombre de poubelles je ne vois pas trop à quoi ça peut servir. On trie déjà le verre, le carton dans la poubelle verte.... qu'est-ce qu'on peut faire de plus ?", demande Jonathan, qui a désormais une puce électronique sur sa poubelle. Julien, concierge d'une résidence de 120 locataires, s'interroge déjà : ""A qui on va mettre l'amende, on va diviser ça au 120 copropriétaires ? argumente-t-il. Et ceux qui trient déjà ne vont pas être contents. Pour du particulier, oui c'est faisable, mais pour de grosses résidences ça va être très compliqué". "C'est en effet un peu compliqué", répond Dominique Alcala. Pour les résidences, il évoque des containers à carte, qui calculeront plus précisément le volume de déchets de chaque locataire. "Mais on en est pas encore là", continue-t-il. Outre les riverains qui dénoncent "une taxe en plus", et le risque de jets de poubelles sauvages dans la nature, il y a ceux qui craignent que leurs poubelles, une fois sur le trottoir, se remplissent des ordures des autres. "N'importe qui peut mettre ses sacs dans les poubelles des autres, avance Marie-Germaine, qui habite rue Godard. Mais c'est vrai qu'il y en a qui trient n'importe comment leurs déchets. Et à cause d'eux, on va en pâtir."

"Il y a trop d'abus" — Philippe, ancien éboueur

"C'est pas mal comme système. Aujourd'hui il y a trop d'abus, estime Philippe, qui a été éboueur pendant trente ans. Les gens feront un peu plus attention à ce qu'ils font, et s'il y a trop de poids, et bien ils paieront." Même son de clochepour Julie,qui estime que ça "responsabilisera" les gens. Pendant l'expérimentation, aucun particulier ne paiera de supplément assure la Métropole. Les résultats de ce test de "tarification incitative" seront connus en 2020.

Les communes équipées entre mars et juin, 30.000 foyers :

Bruges (pose des puces électroniques sur les bacs du 13 au 22 mars), Ambarès-et-Lagrave (23 au 31 mars), Saint-Louis-de-Montferrand (4 au 7 avril), Saint-Vincent-de-Paul (7 au 11 avril), Ambès (11 au 14 avril), Le Bouscat (2 au 17 mai), Blanquefort (18 au 26 mai) et Parempuyre (29 mai au 2 juin).

Les secteurs déjà équipés depuis l'automne, 55.000 foyers :

Secteur Croix-de-Seguey / Jardin public à Bordeaux, Eysines, Le-Haillan, Le Taillan-Médoc, Mérignac Arlac, Martignas-sur-Jalle, Saint-Aubin de Médoc et Saint-Médard-en-Jalles.

Ce système devrait être étendu à l’ensemble des communes de la Métropole, mais aucun calendrier n’est à ce jour arrêté.