Société

Violences conjugales : les auditrices de France Bleu Toulouse témoignent

Par Bénédicte Dupont et François Madeuf, France Bleu Toulouse et France Bleu mardi 27 octobre 2015 à 9:53 Mis à jour le mercredi 25 novembre 2015 à 8:35

84% des femmes battues ne déposent pas plainte.
84% des femmes battues ne déposent pas plainte. - DR

Chaque année, en France, plus de 200.000 femmes sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur ancien ou actuel partenaire. Une immense majorité se mure dans le silence. Témoignages exceptionnels d'auditrices de France Bleu Toulouse.

L'an dernier, 118 femmes ont été tuées sous les coups de leur compagnon, contre 25 hommes. Dans 85% des cas de violences, c'est la femme qui subit.  La Haute-Garonne  expérimente désormais  le dispositif "Téléphone Grand Danger" : un portable spécial avec une touche qui appelle directement un opérateur qui décide s'il appelle des proches ou directement les forces de l'ordre. Ce genre d'appareil ne s'adressera qu'à cinq femmes dans un premier temps, cinq victimes qui sont déjà en procédure judiciaire, dont le mari a déjà été éloigné mais dont la vie reste en danger.

Dans la ligne ouverte de France Bleu Toulouse, Jeanine est venue témoigner. Cette habitante de Balma a dû quitter le domicile familial avec ses enfants pour fuir un mari violent, surtout psychologiquement.

J'ai déposé plainte, il a été condamné, mais j'ai dû quitter la région. La violence, il faut la fuir, et gérer sa peur. C'est une destruction quotidienne, on n'a personne à qui parler, c'est très dur. — Jeanine

"Mes enfants ont beaucoup souffert indirectement"

Céline a également laissé un message très fort sur le répondeur de France Bleu Toulouse.

Mon conjoint ne soit condamné par la justice à trois mois de prison ferme commué en un mois de travaux d’intérêt général. Tout au long de cette procédure qui a duré plusieurs mois, je n'ai eu aucune protection. — Céline

Le mari de Céline a été condamné mais elle n'était pas protégée

Christine, de Toulouse, a porté cinq fois plainte contre son conjoint qui était violent psychologiquement. Le parquet a classé sans suite.

J'en suis venue à souhaiter que mon mari me mette un gros coup qui laisse une trace pour pouvoir prouver sa violence et être prise au sérieux — Christine

"Il aurait fallu qu'il me laisse une trace pour pouvoir prouver la violence"

Le dispositif légal existant

Quand la victime a porté plainte, ce qui n'est le cas que dans 16% des cas,  le juge aux affaires familiales peut délivrer une ordonnance de protection pour mettre les victimes à l'abri immédiatement. Le juge peut ensuite éloigner le conjoint violent, voire lui interdire aux abord immédiats du domicile. Pénalement, il encourt entre trois et dix ans de prison ferme maximum. Une peine de prison est prononcée dans 80% des cas de violences domestiques.

Ces dernières années, des progrès significatifs ont été réalisés en matière de lutte contre les violences conjugales. Par exemple, une femme non-mariée est autant protégée qu'une femme mariée, ce qui n'était pas le cas il y a  encore quinze ans où il fallait que les violences aient lieu dans le cadre d'un couple marié. Aujourd'hui, il suffit de prouver une situation de concubinage. Autre exemple : si la femme battue retire sa plainte, ce qui arrive régulièrement, le parquet continue ses poursuites.

Enfin, depuis le 1er janvier 2014, existe le numéro vert et gratuit, le 3919 destiné aux femmes battues. Il reçoit environ 72.000 appels par an.

Le numéro vert 3919 existe depuis janvier 2014 - Aucun(e)
Le numéro vert 3919 existe depuis janvier 2014 - DR

Christine Stébenet, conseillère chargée de l'égalité femme-homme au Conseil départemental de Haute-Garonne était notre invitée ce mercredi 25 novembre.

Il faut lutter contre l'endoctrinement, ces femmes se disent "c'est ma faute s'il me tabasse" — Christine Stébenet (CD 31)

Christine Stébenet, chargée de l'égalité femme-homme au CD31

Un réseau associatif très dynamique en Haute-Garonne

Outre le numéro national 3919, notre département dispose de plusieurs associations spécialisées dans la lutte contre les violences domestiques :

► Olympe de Gouges, 43 rue Jean des Pins  à Toulouse  - 05 62 48 56 66 - ClaireMaison@wanadoo.fr

► l'APIAF (Association Promotion Initiatives Autonomes des Femmes ) 31, rue de l'Étoile à Toulouse - 05 62 73 72 62 - apiafassocation@orange.fr

► la SAVIF, Stop à la Violence Intra-Familiale , 2 rue St Jean à Toulouse, 05.62.25.13.16

 l'ISES _I_nformation Soutien Ecoute Sensibilisation 54, avenue Notre Dame à Revel - 06.27.89.28.83- isesrevel@hotmail.com

► Du côté des femmes8 Rue Jean Jaurès à Muret - 05 34 63 16 74

► Femmes de Papier 7, rue de la République à Saint-Gaudens - 05.61.89.43.07. -  femmesdepapier@free.fr