Société

TÉMOIGNAGE - 73 ans après, elle raconte la Libération de Besançon

Par Olivia Chandioux, France Bleu Besançon jeudi 7 septembre 2017 à 18:59

La Libération de Besançon, Marie-France Luc l'a vécue quand elle était bénévole à la Croix-Rouge, elle avait 20 ans.
La Libération de Besançon, Marie-France Luc l'a vécue quand elle était bénévole à la Croix-Rouge, elle avait 20 ans. © Radio France - Olivia Chandioux

Il y a 73 ans, le 8 septembre 1944, Besançon était libérée de l'occupation allemande par les Américains et les Forces françaises de l'Intérieur après quatre jours de combats intenses. Marie-France Luc s'en souvient comme si c'était hier. Elle avait alors 20 ans. Rencontre.

Besançon libérée ! C'était le 8 septembre 1944, il y a 73 ans jour pour jour. Après quatre jours de combats, les Américains et les Forces françaises libres libéraient la ville. Des combats qui ont fait plus de 60 morts chez les FFI, 80 parmi les soldats américains et une cinquantaine de civils, ainsi que 250 soldats de l'armée allemande. La Libération de Besançon Marie-France Luc l'a vécue. Bénévole à la Croix-Rouge, elle avait 20 ans et aujourd'hui encore elle n'a rien oublié.

L'arrivée des troupes américaines à Besançon. - Aucun(e)
L'arrivée des troupes américaines à Besançon. - © Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon

Les Américains ont du traverser le Doubs à pied car le pont Battant avait été détruit par les Allemands." Marie-France

Son premier souvenir : l'arrivée des Américains. "J'étais au bureau de la Croix-Rouge qui était au numéro 41 de la Grande rue, je suis donc sortie me mettre sur le trottoir avec une de mes amies avec qui je travaillais, et nous avons vu arriver une horde d'Américains qui avaient les bras en l'air. Evidemment c'était l'euphorie, nous nous sommes jetées dans leurs bras, ils nous ont aussi donné des bonbons et des chewing-gum" se souvient Marie-France. Mais pour arriver dans le centre-ville de Besançon, les ponts ayant tous été détruits par les Allemands, les Américains ont du traverser le Doubs : "Ils arrivaient à pied depuis le quartier Battant, comme le pont avait sauté, et que le Doubs était très bas, ils sont passés comme ça en marchant sur les débris et c'est comme ça qu'ils sont arrivés dans la Grande rue."

Des soldats américains posent avec des FFI Place de la Liberté à Besançon, le 8 septembre 1944. - Aucun(e)
Des soldats américains posent avec des FFI Place de la Liberté à Besançon, le 8 septembre 1944. - © Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon

Le jour de la Libération, il y avait encore quelques tireurs allemands isolés qui mitraillaient les gens dans les rues." Marie-France

Malgré l'arrivée des Alliés, les combats ne sont pas finis pour autant, Marie-France a eu très peur ce 8 septembre 1944 : "Je suis allée à la caserne Ruty, pour voir s'il restait des prisonniers, et là rue de la République il y avait un tireur isolé dans un immeuble. Il avait une mitraillette et il a tué des gens en pleine rue." Les Américains ne resteront pas longtemps à Besançon après l'avoir libéré. Ils partent direction Belfort, encore occupé. Mais ce qui a suivi a beaucoup marqué Marie-France : "Très vite après leur départ, des gens se sont mis à s'en prendre à des femmes qui avaient eu des relations sexuelles avec des Allemands, elles étaient tondues, les gens leur crachaient dessus et ça pour moi ça a un peu gâché la Libération. Ce n'était pas le moment."

Marie-France a conservé des photos de la venue de Charles de Gaulle à Besançon, à la fin du mois de septembre 1944. - Radio France
Marie-France a conservé des photos de la venue de Charles de Gaulle à Besançon, à la fin du mois de septembre 1944. © Radio France - Olivia Chandioux

Autre image que Marie France n'oubliera pas : la venue de Charles de Gaulle quelques semaines plus tard. "Je l'ai vu faire son discours devant l'Hôtel de Ville. C'était impressionnant à voir, parce que d'abord il était très impressionnant, et puis cette visite représentait l'espoir que tout allait se terminer le mieux possible." Neuf mois plus tard, en mai 1945, Marie-France partira avec Marguerite Marchand, sa supérieure à la Croix Rouge, ainsi qu'un médecin, une infirmière et d'anciens militaires, pour une mission de rapatriement des déportés franc-comtois. Ils en ramèneront 80 des camps libérés de Dachau en Allemagne et Mauthausen en Autriche qui attendaient leur retour dans des conditions sanitaires particulièrement précaires.

Eté 1945, Marie-France (en robe blanche au centre de la photo) est en Allemagne pour participer à une mission de rapatriement des déportés franc-comtois. - Aucun(e)
Eté 1945, Marie-France (en robe blanche au centre de la photo) est en Allemagne pour participer à une mission de rapatriement des déportés franc-comtois. - Olivia Chandioux