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Dossier : Coronavirus Covid-19

TÉMOIGNAGE - Coronavirus : une étudiante héraultaise réquisitionnée dans un Ehpad du Grand-Est

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Par , France Bleu Hérault

Emma est étudiante infirmière en première année à Mulhouse. Âgée de 21 ans, la jeune femme est réquisitionnée dans un Ehpad du Grand-Est pour faire face à l'épidémie de coronavirus. Avec ses collègues, cette Montpelliéraine est en première ligne face au drame.

Les Ehpad sont durement fappés par la crise du coronavirus
Les Ehpad sont durement fappés par la crise du coronavirus © Maxppp - Guillaume Bonnefont

Confronté de plein fouet à la catastrophe sanitaire liée à l'épidémie de coronavirus, au même titre que les soignants dans les hôpitaux, dans les cliniques ou en ville, le personnel des Ehpad se démène partout en France, pour tenter de sauver des vies. Parmi ces hommes et ses femmes, des étudiants sont réquisitionnés pour prêter main forte à des équipes épuisées

C'est le cas de Emma Garny, 21 ans. Originaire de Montpellier, la jeune femme est étudiante infirmière en première année dans une école de Mulhouse. Depuis mi-mars, c'est dans un Ehpad de la région Grand-Est, la plus touchée avec l'Île-de-France, qu'elle opère avec courage et dignité, pour une première expérience professionnelle hors du commun. 

Comment vous-êtes vous retrouvée à prêter main forte dans un Ehpad de Mulhouse ?

Quand notre école a fermé en raison de l'épidémie, étant étudiante infirmière, j'ai été réquisitionnée dès le 16 mars afin d'apporter des bras supplémentaires pour aider les équipes déjà présentes sur le terrain. Je suis rentrée de weekend chez mes parents, dans le Sud. Et dès le lundi, nous avons reçu un e-mail indiquant que nous allions partir travailler en secteur Covid. 

À quoi ressemble votre quotidien, depuis le 16 mars ?  

Psychologiquement, c'est intense. Nous sommes préparées, dans notre métier, à voir partir des gens. Mais les voir partir aussi brutalement, ce n'est pas facile. Dans l'Ehpad où je travaille, on arrive sans doute au pic de l'épidémie et on enchaîne les décès. J'ai la chance d'être bien entourée par ma famille, mais ce n'est pas évident de devoir accompagner des gens en fin de vie, du jour au lendemain. C'est vraiment très brutal. Le lundi, ils vont bien. Et le jeudi, on doit les enterrer. Cela va extrêmement vite et c'est très dur psychologiquement. 

"Le lundi, ils vont bien. Le jeudi, on doit les enterrer."

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D'autant que vous tissez sans doute des liens particuliers, et même forts, avec certains ? 

Exactement ! En Ehpad, ce sont des gens qui pour certains sont là depuis des années.  Ce n'est pas comme à l'hôpital, avec des patients qui viennent et repartent. L'Ehpad, pour nos résidents, c'est leur vie, leur maison. En ce moment, les personnes âgées nous font beaucoup ressentir le manque de leur famille, on se substitue donc à elle, en quelques sortes. C'est donc un lien très fort, très intense. 

Ce que vous voyez à la télé correspond-il à la réalité à laquelle vous êtes confrontée ? 

C'est assez proche, même si c'est très différent de le vivre de l'intérieur. En revanche, ce qui est difficile, c'est qu'on entend partout que ça va de mieux en mieux, alors que nous, on vit très mal les choses actuellement. Les décès se multiplient. On vient sans doute de connaître notre pire semaine. On tourne parfois à cinq décès par jour. Quand je suis arrivée, il y avait 116 résidents. En ce moment, on en perd entre trois et cinq quotidiennement. Ils meurent dans l'Ehpad, car malheureusement, ils ne sont pas tous testés. Ils meurent en ayant tous les symptômes du Covid-19. Mais n'étant pas testés, on ne peut pas affirmer qu'ils étaient positifs. 

"En ce moment, on en perd entre trois et cinq quotidiennement."

Quel est le moment le plus douloureux que vous avez vécu, jusqu'à présent ? 

C'est le décès d'un monsieur de 82 ans, qui allait très bien quand je suis arrivée. Son état s'est dégradé très rapidement. Le lundi, je l'aidais à faire ses activités du quotidien. Et le vendredi, en allant lui donner à manger, ou plutôt de l'eau gélifiée, je me suis rendue compte qu'il était décédé. Ensuite, c'est tout un processus, il faut appeler la famille. Pour moi, cela a été le moment le plus dur, parce que je ne m'y attendais pas, parce que je l'appréciais beaucoup. Je pensais que ce monsieur allait tenir et s'en sortir, mais il est parti.

Emma : "En allant lui donner à manger, je me suis rendue compte qu'il était décédé"

Qu'avez vous ressenti ? 

Dans la mesure où je passe plus de temps avec les résidents qu'avec ma propre famille, en ce moment, je m'accroche forcément à tous ces gens. Cependant, au moment où j'ai sous mes yeux une personne décédée, je crois que mon cerveau se met en "stand-by". Le côté professionnel prend le dessus sur le coté affectif. Je sais ce que je dois faire, et dans quel ordre.

"Mon cerveau se met en stand-by."

Dans quel état êtes-vous, après une journée de travail ? 

Il y a des soirs où je me dis que ma journée de travail est terminée et où je parviens à mettre tout ça derrière moi. Il y en a d'autres où c'est plus compliqué, où c'est l'hécatombe, et où je suis obligée d'appeler ma famille pour en parler, pour vider mon sac, parce que ça me pèse.  En ce moment, je suis en vacances. Et depuis quatre jours, je pense tout le temps au désastre que je vais retrouver le lundi, en retournant travailler. Quelque part, ça me hante. Et de toute façon, ces métiers de la santé sont une vocation et ils ne nous quittent jamais, finalement. 

"Obligée d'appeler ma famille pour en parler, pour vider mon sac."

Vous êtes fatiguée ? 

Physiquement, ça va. Mais psychologiquement, je suis très fatiguée. C'est usant, on n'en voit pas le bout. On suit ce que disent les politiques et l'actualité, mais quand je vois notre réalité, je me dis qu'on n'en verra jamais le bout. J'aimerais reprendre ma vie normale, mais c'est comme ça. On patiente. 

"Psychologiquement, je suis très fatiguée."

Êtes vous accompagnés, notamment vous les étudiants, sur le plan psychologique ? 

Nous avons des psychologues à disposition ici dans l'Ehpad ou dans mon établissement scolaire. On peut les appeler. Moi, je ne l'ai pas fait car je suis bien entourée. Je peux parler avec mes parents, qui sont très présents, de tout ce que je vis et sans minimiser les détails. Mais c'est vrai qu'on peut être accompagnés si on le souhaite. 

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Quels ont été vos moyens matériels au départ et quels sont-ils aujourd'hui ? 

Dans notre Ehpad, l'évolution a été positive. Quand je suis arrivée le 16 mars, nous n'avions quasiment que des masques chirurgicaux. Aujourd'hui, tout le personnel a des masques FFP2. Nos moyens ont donc bien évolué. La protection est désormais maximale. 

Etes-vous rémunérée ? 

Normalement, je suis rémunérée en tant que stagiaire, c'est à dire 28 euros par semaine. Mais la région Grand-Est a débloqué une somme importante afin que tous les étudiants infirmiers comme moi puissions toucher 1.400 euros à la fin de notre mission

"En tant que stagiaire, c'est 28 euros par semaine."

Avez vous peur pour vous ? 

Bizarrement, absolument pas. Cela fait cinq semaines que j'y suis confrontée, je n'ai pas de symptômes, je touche du bois. Ce n'est pas quelques chose qui me fait peur. Je pense plus aux autres qu'à moi. Je me dis que je suis jeune et qu'il y a des personnes dans des conditions et dans un état beaucoup plus critiques que moi. J'ai un caractère fort et j'arrive à me blinder. Après, certaines de mes collègues sont maman, elles ont un mari et ont peur pour leurs proches. Et pour certaines, c'est forcément très compliqué. 

"Je n'ai pas de symptômes, je touche du bois."

Que vous disent les résidents ? Ont-ils peur de mourir ? 

Beaucoup ne comprennent pas vraiment ce qu'il se passe, qu'on les oblige à rester dans leur chambre. Certains ont vécu la guerre et ne comprennent pas qu'un virus puisse faire autant de dégâts. Ils ont l'impression d'avoir déjà vécu le pire. Du coup, ils sont très tristes de ne plus voir leur famille, de ne plus recevoir de visite. On essaie malgré tout de maintenir les liens, d'appeler les familles en visio. Mais toutes ces personnes âgées souffrent énormément. Elles se disent que c'est la tristesse et l'enfermement qui va les faire mourir, pas le virus. Les résidents regardent la télé, mais ne se rendent pas compte de l'ampleur de la catastrophe. D'autant qu'on évite de leur dire que certains sont morts dans l'établissement. Certaines infirmières diplômées ont du en informer quelques-uns, en fonction de la proximité. Mais moi, je n'ai annoncé à personne le décès d'un autre. 

"Ils ne comprennent pas qu'un virus puisse faire autant de dégâts."

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Cette première grosse expérience vous donne-t-elle envie de continuer dans cette voie ? 

Totalement. Cela me donne de la force, de l'envie. C'est une vocation. Pour vous dire, je suis à mon quatrième jour de vacance, et j'en ai déjà marre. J'ai envie de retourner sur le terrain et d'aider, de me sentir utile. C'est quelque chose qui m'anime. 

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