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Société

Les témoignages d'Hélène et Silvia, "accueillantes" de jeunes migrants dans le Vaucluse

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Par , France Bleu Vaucluse, France Bleu

Dans le Vaucluse, le Réseau éducation sans frontières (RESF) recherche des familles ou des foyers d'accueil pour de jeunes migrants "non accompagnés". Une mission que remplissent déjà Hélène et Silvia dans la région d'Avignon. Témoignages.

Photo d'illustration
Photo d'illustration © Maxppp - Guillaume Bonnefont

Département Vaucluse, France

Le Réseau éducation sans frontières (RESF) dans le Vaucluse, recherche des "accueillants". Des personnes, des familles prêtes à recevoir chez elles des mineurs étrangers "non accompagnés", selon le terme juridique. Pour quelques semaines, quelques mois, voire quelques années parfois. Ils sont déjà des dizaines à avoir accepté cette mission d'accompagnement dans le département.

Ils ont pris sous leur aile des adolescents venus de Côte-d'Ivoire, de Guinée ou du Mali, qui ont fui des pays et des familles en crise et veulent se construire une vie en France. Leur alternative ? Être placés par l'Aide sociale à l'enfance dans ces familles ou hébergés dans des hôtels. Cette dernière solution, Hélène n'a pas voulu l'accepter. Cette Avignonnaise faisait partie de réseau d'aide aux migrants mais n'avait jusque là jamais vraiment envisagé d'accueillir chez elle un jeune migrant mineur.

Hélène accueille un jeune Malien depuis 8 mois

Et puis à la fin de l'été 2018, des connaissances lui demandent d'héberger un Malien de 16 ans pour quelques jours. Un "dépannage" qui s'est transformé en accueil longue durée au détour d'un rendez-vous dans le bureau d'une juge pour enfants. "Tout d'un coup, on m'a demandé ce que je comptais faire, témoigne Hélène. Je ne me sentais pas du tout prête à le laisser aller dans un hôtel d'une zone commerciale dans lequel il n'y avait pas de personnel social, éducatif. On se connaissait un petit peu, j'avais l'impression qu'on pouvait continuer la cohabitation donc j'ai dit à la juge que je l'accueillerais volontiers chez moi."

C'est donc presque par hasard que leur cohabitation débute. Hélène signe un contrat de parrainage qui lui permet d'être défrayée, un peu moins de 14 euros par jour par l'Aide sociale à l'enfance (ASE). Suivent tout un tas de démarches : inscription dans un collège d'Avignon, démarches pour obtenir une carte de bus, visites médicales diverses. Et l'installation d'une forme de routine aussi : "J'ai mis en place quelques règles, explique Hélène. Celles d'un foyer où se trouve un adolescent en fait : une participation minimale aux tâches quotidiennes, je débarrasse la table, je fais mon lit. Et puis à partir d'une certaine heure, je dois prévenir que je suis dehors, etc."

"On ne peut pas partager une expérience de huitmois, parfois difficile, sans tisser des liens affectifs." - Hélène, accueillante

Le jeune Malien a sa propre chambre, négocie de pouvoir regarder le foot à la télé quand Hélène préférerait regarder parfois des émissions culturelles... Tous les deux trouvent leur équilibre. Mais cette relation qu'ils tissent de jour en jour va bien au-delà du simple accueil dans un foyer : "J'ai l'âge d'être sa grand-mère et donc je me vois une responsabilité, à la fois de protection de base, mais aussi éducative : lui permettre de comprendre comment on vit en France, en vivant au quotidien avec lui. Par ailleurs, je l'aide vraiment sur le plan scolaire puisqu'il est arrivé ici en n'ayant que quelques notions en français oral et écrit, il lui fallait vraiment faire beaucoup de progrès pour s'intégrer."

La mission est "exigeante" commente Hélène. Accompagner ce jeune homme prend du temps, implique pour cette retraitée de se "remettre à niveau" pour tout ce qui concerne le système scolaire. Elle l'a notamment aidé à trouver un patron pour commencer son apprentissage à la rentrée prochaine. Mais cette expérience est aussi "très enrichissante".

La famille de Silvia s'est agrandie

L'expérience de Silvia, professeure à la retraite, est un peu différente. Elle accueille Mamadou et Abdoulaye depuis deux ans. C'est une des premières accueillantes du secteur, elle n'a d'ailleurs bénéficié d'aucune aide financière pour prendre en charge ces jeunes Ivoirien et Guinéen de 17 ans à leur arrivée. Ils sont d'abord venus passer des week-ends, puis quelques jours, avant de s'installer définitivement chez Silvia. Le temps de s'apprivoiser : "Au début, on est un peu timides les uns les autres, ce n'est pas évident, on ne se connaît pas. Et puis ça vient petit à petit, il y a des sourires, une complicité qui s'instaure. Mes petits enfants ont beaucoup contribué à introduire de la familiarité, de la simplicité dans nos relations".

Pas à pas, Mamadou et Abdoulaye trouvent leur place, chacun leur chambre dans un espace de la maison qui leur est réservé. Le fils de Silvia devient le "pater familias" et elle, "la grand-mère plus abordable". Des règles de vie sont mises en place : heures de sorties, heures des repas et moments partagés. Elles s'accompagnent de fous rires aussi "quand ils ont découvert pour la première fois un aspirateur par exemple", s'amuse Silvia.

"Je dis que c'est ma deuxième couvée puisque mes enfants sont des quadras maintenant." - Silvia, accueillante

Au fil des mois, Mamadou et Abdoulaye deviennent les tontons des trois petits enfants de Siliva. Ils font régulièrement du baby-sitting chez eux, à Marseille. C'est en famille qu'ils fêtent les anniversaires, les Noël. "Ce ne sera jamais comme mes deux enfants 'faits maison', explique-t-elle, mais j'ai déjà prévu quand je décéderai de leur laisser quelque chose à eux, pour ne pas les planter là, comme ça. C'est à vie quoi !" Les deux jeunes sont maintenant majeurs, ils ont trouvé un apprentissage, mais ne veulent pas s'éloigner trop du mas de Silvia : "Je les entends dire 'viens chez moi samedi prochain', c'est leur maison, glisse-t-elle dans un sourire. C'est leur famille tout court."

"Ça m'apporte beaucoup, j'apprends beaucoup de choses, j'ai l'impression d'avoir une deuxième vie." - Silvia, accueillante

Pour autant, Silvia ne verse pas dans l'angélisme. Cet accueil "c'est souvent bien, mais ce n'est pas toujours le paradis !" Il faut gérer les clashs avec ces adolescents comme avec tous les autres, les conduire à l'école, au foot, les accompagner vers l'âge adulte. "Il y a également des contraintes, relève-t-elle. Il y a le côté financier aussi, je ne touche rien de l'aide sociale, ça coûte cher deux adolescents bien qu'ils n'aient pas beaucoup d'exigences. Il faut les alimenter, les habiller. Et puis il faut avoir de la place pour ne pas être les uns sur les autres tout le temps, il leur faut un lieu où ils puissent s'isoler tranquillement".

Pour autant, "c'est la plus belle expérience de ma vie", conclut Silvia. Elle qui projette déjà, avec Mamadou et Abdoulaye, un voyage en Afrique en 2021, pour poursuivre la découverte de leurs racines, entamée à leurs côtés ici, dans le Vaucluse.