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TÉMOIGNAGE - "Tuer ou être tué", un Basque raconte son combat contre Daech aux côtés des Kurdes

Plusieurs centaines de volontaires internationaux ont répondu à l'appel de la guérilla kurde (les YPG) au nord-est de la Syrie, la seule qui a combattu Daech entre 2015 et 2019. Adolfo Kemal en est revenu blessé, mais vivant. Il témoigne sur France Bleu Pays Basque ce vendredi 19 mars 2021.

Adolfo Kemal a effectué deux séjours en Syrie et un en Irak
Adolfo Kemal a effectué deux séjours en Syrie et un en Irak © Radio France - Iban Etxezaharreta

Il s'appelle Adolfo. Kemal de son nom de guerre. Et il a 48 ans aujourd'hui. Il a fait deux séjours au Kurdistan syrien, en 2015 et en 2017, durant un an et demi en tout, et s'en étonne lui-même : "Je ne savais pas que j'allais finir les armes à la main : je n'avais jamais tiré un coup de feu de ma vie". Dans son témoignage recueilli en basque par France Bleu Pays Basque le jeudi 4 mars 2021, Adolfo explique qu'il n'est pas spécialement politisé, ni communiste ou libertaire, ça n'est pas non plus un ancien militaire contrairement à beaucoup d'autres volontaires. Il se présente comme un globe-trotter qui a le goût de l'action, décorateur de formation et artiste peintre à ses heures. 

Deux séjours en Syrie, un en Irak

Adolfo a fait deux séjours en Syrie, et un en Irak entre 2015 et 2018. Une trentaine de Français auraient participé aux combats aux côtés des Kurdes, dont un Breton, mort au combat en 2018, qui avait témoigné sur France Bleu Breizh Izel. Ils sont vraisemblablement sous surveillance. De nationalité espagnole, Adolfo a, pour sa part, la visite du CESID, le renseignement intérieur espagnol. 

En 2015, Adolfo a vu des vidéos et la situation critique des Kurdes : "Je pensais que j'allais aider à des choses civiles". Des Kurdes, il connait juste ce que lui en a raconté un ami revenu d'Irak. "J'ai des valeurs de gauche, les Kurdes c'est leur terre et leurs maisons. Ils sont socialistes, féministes, largement tolérants avec les religions, ils ont un projet, et je pensais que c'était ce projet qu'il fallait appuyer en Syrie". Dans ce Kurdistan syrien, le "Rojava" pour les rebelles kurdes, la guérilla instaure un pouvoir autonome, expérimentant une démocratie qui se veut directe (confédéralisme démocratique ou communalisme) et égalitaire. 

En première ligne, au combat

Parti clandestinement sur place, ce petit-fils de républicains espagnols a d'abord suivi une formation au sein de "l'Académie". Il s'agit d'une formation politique et militaire de trois semaines au cours de laquelle les Kurdes remarquent ses aptitudes au maniement des armes. Et le Basque se retrouve en première ligne, au combat. En 2015, l'ISIS (Etat Islamique - Daech) est puissant, et contrôle un vaste territoire. Dans son tabûr, (commando) on annonce à Adolfo qu'il partirait au front dans dix jours. Mais au bout de quatre jours à peine, "nous avons été attaqués par une voiture piégée : trois morts, neuf blessés, en un seul jour". 

Un combattant kurde des YPG à Tel Tamir (Syrie)
Un combattant kurde des YPG à Tel Tamir (Syrie) © Maxppp - Carol Guzy

Adolfo Kemal relate son séjour en Syrie, enrôlé dans les unités kurdes des YPG

La guerre, ça n'est pas Rambo

"Savoir manier des armes c'est une chose, savoir comment tu vas réagir quand tu as quelqu'un en face de toi avec un fusil qui crie "Allah Akbar", c'est autre chose" prévient directement le volontaire. "Il s'agit d'être honnête sur ta réaction, ce n'est pas une question d'être un lâche ou pas. Tuer ou être tué, c'est une expérience qui affecte chacun d'entre nous différemment et la guerre ça n'est pas Rambo, c'est quelque chose de psychologique. Il y a des personnes qui ne le supportent pas et d'autres, comme moi, qui le peuvent". Pour autant, prévient Adolfo, "ça ne veut pas dire que toi tu es content d'avoir tué quelqu'un ! Tu n'es pas content ou alors tu es un psychopathe".

"J'ai vu des visages de cadavres, des personnes tuées par mon unité. Il y avait des gens, des Kurdes aussi qui pleuraient. C'est ça la guerre ! La guerre c'est ce qui reste, les traces que ça laisse. Un chat qui mange un cadavre. Des familles explosées. Des villes détruites. Et toi, - c'est ça qui est le plus dur - tu dois découvrir en le faisant, si tu en es capable ou non". Cette capacité, le Basque engagé volontaire l'a déployée notamment dans la chute de Raqqa, la capitale du Califat de l'Etat Islamique, en 2017, avec le soutien aérien de la coalition internationale (Etats-Unis, France...)

Un soldat kurde des YPG blessé dégagé vers les lignes arrières à Tel Tamir (SYrie)
Un soldat kurde des YPG blessé dégagé vers les lignes arrières à Tel Tamir (SYrie) © Maxppp - Carol Guzy

C'est très dur à raconter

Adolfo Kemal a donc participé à cette bataille décisive de Raqqa et se souvient : "les batailles urbaines sont les plus dures, on avançait de maison en maison, mais c'est très dur à raconter. La plus grande partie de la ville était enterrée, les gens étaient sous terre, ils étaient otages. Les autres étaient de l'ISIS (Daech). A Raqqa, le but, c'était de récupérer les civiles, plutôt que de déloger Daech. C'était des esclaves sexuelles. Beaucoup de Kurdes et de Yézidis ont participé à ces combats pour récupérer leurs femmes".

Adolfo Kemal: "Raquaan hiriaren parte handiena zegoen lur pean"

La bataille de Raqqa, la guerre en Syrie, c'est une sorte de troisième guerre mondiale pour le brigadiste, elle mêle Russie, Etats-Unis, France, Turquie, Syrie ou encore Iran. "Parfois il y a un peu de romantisme" reconnaît-il, "ça n'est pas mon cas. Certes il y a un projet kurde, mais moi je suis, comme les autres, un petit plombier dans la construction d'une grande maison, un petit ouvrier qui pose du carrelage." "Quand Kurdes, Arabes, Yézidis obtiendront une terre libre, quand ils parviendront à s'unir, et se respecter mutuellement, ce sera une puissance imparable" conclut-il.

Rentrer chez soi après avoir vécu une telle expérience n’est pas facile. Adolfo a des camarades qui se sont suicidés. "Pour surmonter ça il faut compartimenter ton cerveau : ce qui est là-bas, reste là-bas, et ce qui est ici, ici, sinon, si les choses commencent à se mélanger…". Le témoignage d'Adolfo figure dans le livre "Hommage au Rojava" aux éditions Libertalia aux côté d'une quinzaine d'hommes et de femmes engagés internationaux ayant répondu à l'appel des Kurdes, à la manière des Brigades internationales durant la Guerre d'Espagne. Adolfo envisage aujourd'hui d'écrire un roman pour raconter son expérience au Rojava.

Adolfo Kemal a fait deux séjours en Syrie, et un en Irak entre 2015 et 2018.
Adolfo Kemal a fait deux séjours en Syrie, et un en Irak entre 2015 et 2018. © Radio France - Iban Etxezaharreta

Le printemps syrien a eu lieu en 2011, les Kurdes syriens y ont participé et ont créé les YPG (unités de protection du peuple) en 2014. Ils étaient en lien avec le PKK (guérilla kurde en Turquie). Ils sont notamment venus ensemble au secours des Yézidis massacrés par Daech. Après la bataille de Kobané qui stoppe la progression de l'Etat Islamique en 2015, ils ont créé les FDS (forces démocratiques syriennes) regroupent Arabes, Kurdes et Yézidis. La bataille de Raqqa, en 2017, a vu chuter le califat de Daech. En 2018 et 2019, les Kurdes ont été "lâchés" par Washington qui laisse la Turquie envahir une partie du sol syrien sous contrôle des FDS. Environ 13.000 combattants des YPG et des FDS sont morts, dont une cinquantaine de volontaires internationaux. 

Han geratzen dena

Adolfo Kemalek bere lekukotasuna euskaraz eman digu. Gaur egun Euskal Herritik senditzen du : "han uzten duzun egoera latzena da. Hartzen ditut bisualki eszenak : hil bat hor, bestea hor, eta zer zegoen atzean. Hori da gerra : zer geratzen den, arrastroa. Heriotzak uzten duen arrastro hori". Berarekin ekarri ditu Euskal Herrira Rojava, kurdoen herriko paisaiak eta hil diren adixkidetasunak : "hil diren lagunak, arabiarrak, internazionalak, kurdoak. _Ez nuke esango ohitutzen zarela, ez zara ohitutzen_. Bakoitxak dauzka bere fantasmak eta fantasma horiek benetazkoak dira. Hila den jendea etortzen denean "kaixo", "gau on" esatera". 

Bere etxera bueltatzean halako gauzak bizi izan eta gero ez da errexa. Adolfok bederen bospasei lagun ezagutzen ditu beren buruaz beste egin dutenak. "Horren gainditzeko zure burua zatitu behar duzu: han dena, han egon, eta hemengoa hemen, bestenaz gauzak nahasten hasten bazaizkizu..."

Adolfo Kemal: "ez zara ohitutzen"

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