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Société

TEMOIGNAGE |Un Rémois raconte les camps de concentration

lundi 4 mai 2015 à 10:51 Par Aurélie Jacquand, France Bleu Champagne-Ardenne

Alors que l'on célébrera à la fin de la semaine, le 8 mai, les 70 ans de la fin de la seconde guerre mondiale, Raymond Gourlin s'est confié sur son histoire. A 19 ans il est fait prisonnier et envoyé dans le camp de concentration de Neuengamme avant de rejoindre le camp de travail de Wilhelmshaven.

Le camp de concentration de Auschwitz
Le camp de concentration de Auschwitz © MaxPPP

Né à Chaumont il y a 90 ans, Raymond Gourlin avait 19 ans, le 6 juin 1944, jour du débarquement des alliés en Normandie, quand il décide de rejoindre le maquis de Leffonds en Haute-Marne. Dix jours plus tard, il est fait prisonnier en voulant secourir un camarade blessé "Les Allemands l’ont exécuté devant moi" , se souvient-il. Raymond connaîtra la Gestapo, à Chaumont, "J'y ai perdu quelques dents" , puis la prison à Langres, évacuée le 27 août 1944.

L'arrivée au camp de concentration de Neuengamme

Les images reviennent nettement dans la mémoire de Raymond Gourlin : la descente de train, les SS, les chiens, les grands bâtiments, les hommes habillés en "pyjama" rayés bleu et gris. *"On ne s’attendait pas du tout à ça, tout le monde ignorait ce qui se passait dans les camps de concentration, c'était délirant de voir ça"* . Il sera, comme les autres, rasé de la tête au pied, privé de ses affaires et affublé d'un numéro matricule, 43 948** , qu'il devra apprendre par coeur, en allemand.

Neuengamme ne sera pour Raymond Gourlin qu'un lieu de transit, dans la nuit du 3 au 4 septembre 1944, il est emmené dans le camp de travail de Wilhelmshaven.

Humiliations et tortures

Les cris, les coups distribués au hasard, les exécutions, deviennent le quotidien de Raymond Gourlin dans ce camp où les prisonniers travaillent pour la marine de guerre allemande. Réveil à 4h du matin, toilette sans savon, 12h de travail par jour avec une soupe et un morceau de pain en guise de repas. "La nuit, ils nous empêchaient de dormir. Il fallait s'accroupir et sauter comme des grenouilles pendant des heures. Le premier qui tombait se faisait frapper. D'autres nuits, c'était revue de poux" , explique Raymond.

Raymond Gourlin raconte ses souvenirs des camps de concentration et de travail

Raymond aura 20 ans dans ce camp de travail, le 24 janvier 1945. Puis le 5 avril, les Allemands décident de transférer à nouveau leurs prisonniers de Wilhelmshaven vers Hambourg, en passant par Sandbostel : plus de 300km à pieds .

"J'ai vu un homme creuser un trou et se cacher pour mourir"

"Sandbostel était un mouroir" , raconte Raymond Gourlin, "Il y avait un tas de cadavres, posés les uns sur les autres comme des parpaings . On avait l'impression qu'ils nous suivaient du regard" .

La déportation nous a fait oublier la liberté

Le périple de Raymond Gourlin le mènera jusqu'à la mer Baltique, en wagon à bestiaux, en bateau, à pieds. Le 3 mai, les bombardements alliés deviennent plus intenses, il décide de s'évader. "Nous sommes partis à pieds, avec un soldat allemand rencontré en chemin, qui lui aussi partait. Il désertait"

Le 8 mai 1945, alors que les Allemands signent la reddition à Berlin, Raymond apprend que la guerre est finie. Il n'aura pas de réaction de joie : "Je ne savais plus ce qu'était la liberté, les camps m'avaient fait oublié ce qu'était la liberté" , conclut-il.

Hospitalisé, Raymond Gourlin ne pèse plus que 28kg à la fin de la guerre . Le 19 juin 1945, il rejoint enfin la France. Si Raymond s'étend peu sur sa réhabilitation, il raconte en revanche régulièrement son histoire dans des collèges et des lycées.

Parmi les 541 déportés français du camp de Wilhelmshaven, seuls 173 ont survécu à la déportation et sont rentrés en France, où 32 sont décédés des séquelles des mauvais traitements subis.