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Société

Témoignage : une pionne de banlieue raconte son année dans un collège difficile de Seine-et-Marne

jeudi 19 avril 2018 à 10:39 Par Martine Bréson, France Bleu Paris et France Bleu

Nora Bussigny a été surveillante pendant un an dans un collège difficile de Seine-et-Marne. Elle raconte dans "Survaillante" ce qu'elle a vécu dans ce collège. Son livre-témoignage est saisissant. Elle était l'invitée de France Bleu Paris ce jeudi. Regardez son interview à la fin de cet article.

Un témoignage saisissant.
Un témoignage saisissant. © Radio France - Martine Bréson

Seine-et-Marne, France

Que se passe-t-il dans les collèges de la banlieue parisienne? Quel est le quotidien des enseignants, des surveillants, de tous ces acteurs de la vie scolaire ? Nora Bussigny raconte son expérience dans un livre  témoignage qu'elle a intitulé "Survaillante" car, selon elle, il faut être vaillant pour supporter le quotidien dans ces collèges.

Pour payer ses études, Nora Bussigny a travaillé comme pionne dans un collège REP (Réseau d'Education Prioritaire) de Seine-et-Marne. A l'époque, elle souhaitait enseigner mais ce qu'elle a vécu durant un an dans cet établissement, qui depuis s'est amélioré affirme-t-elle, la déboussole tellement qu'aujourd'hui, elle n'envisage plus d'être professeur.

La découverte du collège est une douche froide

Quand Nora Bussigny arrive dans ce collège, elle avoue qu'elle pensait y trouver "des élèves gentils, un peu chahuteurs, en crise d’adolescence et je me suis retrouvée complètement immergée dans quelque chose que je ne connaissais pas du tout".

Elle découvre des adolescents qui ont largement quitté le monde de l'enfance "que ce soit par l'expérience qu'ils acquièrent au quotidien ou par leur comportement. Pour moi, ils sont même parfois plus matures que la plupart des adultes que je connais". 

Nora Bussigny - Radio France
Nora Bussigny © Radio France - Martine Bréson

Un manque de moyens "criant"

Le manque d'effectifs ne facilite pas le travail des pions dans ces collèges. "On peut être six assistants d'éducation pour 800 élèves", indique Nora Bussigny.

Elle raconte comment, un mercredi matin, alors qu'ils étaient deux, ils ont dû faire face à 10 bagarres qui se sont déclenchées en même temps. Ce jour-là, elle a reçu un coup (involontaire) qui l'a mise KO. 

Elle parle aussi de ces élèves qui dealent de la drogue, de cette adolescente de 13 ans qui est enceinte ou de ces garçons qui postent des photos de leur petite amie nue sur les réseaux sociaux avec les drames qui en découlent. 

Beaucoup de pions baissent les bras : une question de survie

Nora Bussigny a souvent voulu démissionner et à chaque fois elle se disait "on ne m'aura pas, ils ne m'auront pas mais "ils" ce n'était pas forcement ces enfants-là, c'est peut-être aussi l'Education nationale qui laisse considérablement tomber les conseillers d'éducation". 

Pour "une question de survie", à un moment, elle décide de faire "le minimum syndical" et elle reconnait qu'on lui a reproché "un laxisme volontaire. J'ai complètement baissé les bras". Elle explique : "Au bout d'un moment, on ne tient plus car on ne peut pas ou très peu sanctionner les jeunes. Et à force, je ne voyais pas quoi faire si ce n'est me protéger moi-même et faire le minimum attendu".

Une cause perdue ?

Nora Bussigny pense que tout n'est pas perdu, qu'il faut "renouer le dialogue avec ces adolescents. Chaque fois qu'on arrive à tisser des liens avec ces adolescents, j'ai l'impression qu'on peut avoir une influence qui peut être bénéfique. Ils sont très secrets, ils parlent entre eux, ils parlent beaucoup sur les réseaux sociaux mais au final, se livrer, ce n’est pas la même chose."

Sur les réseaux sociaux, ces ados montrent une image, une façade dit-elle, c'est un paraître, mais ils ne montrent pas leurs véritables peines ou ce qui peut les affecter quotidiennement. 

L'école de la vie

L'auteur termine son livre en indiquant ce que sont devenus les principaux "personnages" de cette année scolaire. Elle reconnait que si son attitude négative "l'a empêchée de savourer pleinement une année riche", elle a gagné en maturité "sur les bancs de l'école de la vie".  

Le livre 

"Survaillante : journal d'une pionne de banlieue" (161 pages). Aux éditions Favre. 17,50 euros

Regardez l'intégralité de son interview :