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Société DOSSIER : Mai-68

Témoignages | Mai 68 en Bretagne

jeudi 26 avril 2018 à 4:43 Par Brigitte Hug et Justine Sauvage, France Bleu Armorique et France Bleu Breizh Izel

Manifestations étudiantes, grèves générales, occupations d'usines... la Bretagne aussi a été marquée par Mai 68. 50 ans après, que reste-t-il de ce vent de révolte qui a marqué des générations? Ils étaient étudiants, ouvriers, syndicalistes ou simples témoins et racontent "leur" Mai 68 en Bretagne.

Manifestation à Fougères pour l'emploi le 26 janvier 1968
Manifestation à Fougères pour l'emploi le 26 janvier 1968 - Collection privé André Marivin

Bretagne, France

Frédéric Berroche, ancien représentant CGT à Oberthur à Rennes

Frédéric Berroche, ancien représentant CGT de l'usine Oberthur de Rennes, raconte "son" Mai 68 - Radio France
Frédéric Berroche, ancien représentant CGT de l'usine Oberthur de Rennes, raconte "son" Mai 68 © Radio France - Justine Sauvage

En 1968, Frédéric Berroche a 35 ans et il est représentant CGT du Syndicat du livre à l'usine Oberthur de Rennes. Cette usine compte 1300 ouvriers, surtout des femmes, sous-qualifiées et sous-payées. "C'était une grosse boîte au niveau des imprimeries" raconte le syndicaliste.

Frédéric Berroche a 35 ans pendant Mai 68 - Aucun(e)
Frédéric Berroche a 35 ans pendant Mai 68 - DR Frédéric Berroche

"Le 13 mai fut le point de départ de la plus grande grève qu'a connu notre pays" Frédéric Berroche

"Le facteur déclenchant, ça peut être le 13 mai 1968. Les ouvriers réagissent et sont solidaires des étudiants à Paris. La grève est très suivie" raconte Frédéric Berroche. "Nous allons occuper l'usine Oberthur à partir du 23 mai pendant 3 semaines. A l'intérieur, c'est une ambiance de liberté et de responsabilité."

"On est très concret, on ne veut plus de salaire à la gueule du client" Frédéric Berroche

Entrée de l'usine Oberthur à Rennes lors de l'occupation en mai 1968 - Aucun(e)
Entrée de l'usine Oberthur à Rennes lors de l'occupation en mai 1968 - DR Frédéric Berroche

"Avec nos amis cheminots, on va disposer de légumes restés en gare. Les salariés organisent un marché et des activités culturelles dans l'usine. On est très concret, on ne veut plus de salaire à la gueule du client. Nous sortons vainqueur de ce conflit. Le fait d'avoir gagné, c'est un facteur de confiance. On a prouvé notre capacité à gagner ensemble et on y a gagné notre dignité et c'est pas rien!".

"Mon slogan de Mai 68 : A travail égal, salaire égal" Frédéric Berroche

Roland Nivet, délégué du Mouvement pour la Paix à Rennes

Roland Nivet, délégué du Mouvement pour la Paix à Rennes - Radio France
Roland Nivet, délégué du Mouvement pour la Paix à Rennes © Radio France - Justine Sauvage

En 1968, Roland Nivet avait 20 et était surveillant au Lycée Rabelais de Saint-Brieuc. Il se souvient qu'à l'époque déjà il "aimait l'histoire et la géographie". "J'étais intéressé par les mouvements sociaux et quand la contestation a commencé,  à Saint-Brieuc ça se passait au théâtre" se souvient l'actuel délégué du Mouvement pour la Paix à Rennes.

"J'étais comme une éponge" Roland Nivet

Au théâtre de Saint-Brieuc, Roland Nivet se souvient "des discussions interminables". "Il y avait un mélange, une rencontre de la population. Tout le monde discutait, c'était un climat de débats incessant".  Mais au bout d'un temps, Saint-Brieuc lui parait limité. "On est parti à Paris,  on a eu du mal mais on a trouvé un transporteur".

"J'ai pris conscience de ce qu'était un rapport de force, une lutte sociale. Cela m'a servi toute ma vie" Roland Nivet

Dès le lendemain Roland Nivet est à la Sorbonne. "A l'entrée de la faculté, il y avait les portraits de Mao, de Lénine, de Staline... Il y avait des débats partout, on arrêtait pas de prendre des notes. C'était une découverte d'éléments de compréhension du monde qu'on avait pas.

"Mon slogan de Mai 68 : Rien n'est impossible" Roland Nivet

Jacques Colin, président de l'institut CGT d'histoire sociale de Bretagne

Jacques Colin, président de l'Institut CGT d'histoire sociale de Bretagne, se souvient de "son" Mai 68. - Radio France
Jacques Colin, président de l'Institut CGT d'histoire sociale de Bretagne, se souvient de "son" Mai 68. © Radio France - Justine Sauvage

En 1968, Jacques Colin avait 21 ans, il était ajusteur à la Société de Recherches et de Perfectionnement Industriel de Redon en Ille-et-Vilaine. "A la fin de l'année 1967, il y a eu à Redon des actions d'agriculteurs, dans mon entreprise, nous avons été solidaires de leur mouvement" se souvient Jacques Colin, aujourd'hui président de l'institut CGT d'histoire sociale de Bretagne. "Le mécontentement était partout, cela concernait nos conditions de travail et notre pouvoir d'achat". Jacques Colin prend alors sa carte à la CGT.

"Mai 68 a été un déclencheur social selon moi" Jacques Colin

"Début 68, toute la métallurgie de Redon a mené des actions autour d'une revendication : l'augmentation de nos salaires de 30 centimes de l'heure". Les salariés obtiennent gain de cause mais le mécontentement était toujours là. A Redon, les manifestants sont nombreux les 8 et 13 mai. "C'est alors que nous avons décidé d'occuper notre usine, le SRPI, jour et nuit. L'ambiance était bonne entre salariés, il y avait une forte solidarité. Partout ça discutait beaucoup, on y croyait beaucoup!". Après Mai 68, il y a eu plus de 2500 adhésions à la CGT en Ille-et-Vilaine selon le syndicaliste.

"Mai 68 a complètement changé mon histoire" Jacques Colin 

Suzanne Helaine, comédienne et metteuse en scène rennaise

Suzanne Helaine, comédienne et metteuse en scène - Aucun(e)
Suzanne Helaine, comédienne et metteuse en scène

Suzanne Helaine n'avait pas encore 18 ans quand elle est arrivée, fin 1967, à l'université Rennes 2 à Villejean pour étudier l'anglais. Fille de gendarme, d'un milieu traditionnel, catholique, gaulliste, la jeune rennaise est tombée amoureuse d'un étudiant gauchiste, athée. "Je me faisais un peu mal voir des deux côtés mais c'était une période excitante.". 

Au départ, c'était plutôt le joyeux bordel!

La jeune femme n'a rien vu venir. Et puis, les tables et les chaises ont commencé à s'empiler devant les portes des bâtiments de l'université, les amphis ont fermé. Les cours ont cessé. Et au final, pas d'examen. "Qu'est ce que les étudiants demandaient? Il avait un besoin de liberté. La majorité était à 21 ans. Il n' y avait pas de mixité.".

Pour moi, en tant que femme, Mai 68 a été un révélateur

Suzanne Hélaine: "Cétait un joyeux bordel!"

Pierre et Louisette Rubion, retraités fougerais, militants CFDT

Pierre et Louisette Rubion, cédétistes de toujours - Radio France
Pierre et Louisette Rubion, cédétistes de toujours © Radio France - Brigitte Hug

Pierre et Louisette Rubion étaient déjà mariés en Mai 68. Ils avaient respectivement 30 et 28 ans. Ils travaillaient à Rennes. Lui, à GDF. Elle, à la société Economique. Tous les deux  militants CFDT et élus du personnel ont été actifs dans le mouvement. "On faisait grève aussi pour les salaires. Je me souviens qu' à l'époque, mon salaire, en franc, représentait à peu près 90 euros.", explique le retraité.

On espérait un monde meilleur!

"Il n'y avait plus grand chose qui nous faisait peur. Le mot autogestion était sur toutes les lèvres.". Le 19 mai 1968, Pierre Rubion et ses collègues sont réunis dans la cour de l'établissement. Le général de Gaulle avait parlé. "Quand  on a a entendu le mot chienlit, il y a eu une huée, un cri violent. Il est resté une rancoeur.".

Mai 68 a permis de libérer la parole

Pierre et Louisette Rubion: "Il y en a qui rêvaient d'autogestion"

Vidéos de Mai 68 en Bretagne