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Société DOSSIER : Mai-68

Mai-68 en Savoie : "les syndicats devenaient les patrons des usines" en Maurienne et Tarentaise

lundi 14 mai 2018 à 3:34 Par Anabelle Gallotti, France Bleu Pays de Savoie

Le printemps de la révolte commence à Chambéry le 3 mai 1968 à 20 heures précisément, dans la petite faculté de la cité des Ducs. Les ouvriers rejoignent le mouvement le 13 et 14 mai. Les usines sont bloquées. France Bleu Pays de Savoie a rencontré deux figures de ce mouvement et voici leur récit.

Photo d'illustration. Des affiches de mai 68
Photo d'illustration. Des affiches de mai 68 © Maxppp - .

Esserts-Blay, France

Le 14 mai, les usines de la vallée de la Tarentaise et de la Maurienne sont occupées

Le 14 mai, c’est une date importante dans l’histoire ouvrière de la Savoie. C’est à partir de ce moment-là que les ouvriers occupent les usines, en écho aux événements qui se déroulent à Paris et Nanterre. 

"C’était fabuleux, c’était magnifique. Les syndicats deviennent les patrons des usines, c’est eux qui sont devant les portails et qui bloquent tout, avec les ouvriers"

Après mai 68, l’engagement syndical et politique de Jean Avrillier sera sans faille

Jean Avrillier d’Esserts-Blay témoigne. En mai 1968 il a 26 ans.  - Radio France
Jean Avrillier d’Esserts-Blay témoigne. En mai 1968 il a 26 ans. © Radio France - Anabelle Gallotti

Jean Avrillier, dit Jeannot, a vingt-six ans à l’époque. Il travaille à l’usine de La Léchère (Savoie) depuis huit ans et explique qu’il a un esprit révolutionnaire et une forte conscience de la lutte des classes. C’est en toute conscience qu'il s’engage dans cette lutte. 

"On a mis un panneau 'Usine occupée', c’était tout un symbole. Le patron venait tous les matins aux environs de huit heures et nous demandait s’il pouvait entrer !" — Jean Avrillier

"On allait bouleverser le monde, mettre les patrons à genoux", se souvient Jean Avrillier. "En Tarentaise, dans notre usine, on a commencé la grève le 14 mai. On a mis un panneau 'Usine occupée', c’était tout un symbole. Le patron venait tous les matins aux environs de huit heures et nous demandait s’il pouvait entrer ! On occupait l’usine et on surveillait l’outil de travail. On faisait des rondes de l’usine de neuf ou dix hectares de manière à ce que quand l’activité reprendrait on puisse retravailler dans de bonnes conditions."

Jean Avrillier ajoute : "on s’est battus et nous avons obtenus des avancées considérables : on a eu la revalorisation du SMIC, une augmentation des salaires et la reconnaissance des droits syndicaux. Je voudrais revoir ça, c’était quelque chose. On était un noyau de camarade et ce nom avec tout son sens". 

La révolte étudiante commence le 3 mai, l’amphithéâtre est aux mains des jeunes 

A l’époque, la faculté de Chambéry, située rue Marcoz, est une annexe de celle de Grenoble. Chambéry comptait trois cents étudiants, à Grenoble ils étaient 25 000.  Mai-1968 à la faculté de Chambéry est vécue par beaucoup comme une fracture, c’est la marmite qui explose.

"On va passer d’une société à une autre en quelques jours. Ça part très vite. Et là on devient grand."

Michel Etiévent nous conduit dans le fameux amphi de la rue Marcoz. Souvenirs, souvenirs

Michel Etiévent avait 20 ans à l’époque, fils d’une ouvrière de la Vallée de la Tarentaise il va devenir un des porte-parole du mouvement - Radio France
Michel Etiévent avait 20 ans à l’époque, fils d’une ouvrière de la Vallée de la Tarentaise il va devenir un des porte-parole du mouvement © Radio France - Anabelle Gallotti

"Cet amphithéâtre de la rue Marcoz, c’est le haut lieu des révoltes étudiantes. Nous avions dans l'idée qu'il fallait tout changer. On va passer les journées à écrire des textes." Avec des slogans telles que 'si vous allez voter, vous vivoterez ! Garde ta société, la nôtre va nous ressembler'".

"Cela m’a complètement transformé" ajoute cet ancien enseignant, devenu historien puis écrivain du mouvement social de la Savoie, "je savais que je ne ferai jamais d’armée, que je n’aurai jamais de patron. Je me suis rapproché des minorités, j’ai travaillé dans des ateliers d’écriture dans les prisons, dans les hôpitaux. Être proche des gens. Avec un éveil politique fort et en même temps en me rendant compte que le grand soir n’existait pas"