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Société
Dossier : Tempêtes de 1999, 20 ans après

Tempête de 1999 en Creuse : "Le jour où le ciel nous est tombé sur la tête"

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Par , France Bleu Creuse

Dans la nuit du 27 au 28 décembre 1999, la tempête Martin s'est abattue sur la Creuse. Les vents ont emporté les toits, les arbres et les poteaux électriques. 20 ans après, France Bleu Creuse vous propose une journée spéciale, vendredi 27 décembre.

La tempête de 99 a fait beaucoup de dégâts en Creuse (image d'illustration)
La tempête de 99 a fait beaucoup de dégâts en Creuse (image d'illustration) © Maxppp - Gregory YETCHMENIZA

Département Creuse, France

On l'a appelé la tempête du siècle. Dans la nuit du 27 au 28 décembre la tempête Martin a défiguré la Creuse, ainsi que de nombreux autres départements du centre de la France. Des rafales à près de 160km/h ont balayé le département. Le vent a déraciné des milliers d'arbres. Il a aussi arraché les toitures et coupé les lignes électriques. 

Des arbres tombés sur les lignes électriques dans le secteur de Châtelus-le-Marcheix. - Aucun(e)
Des arbres tombés sur les lignes électriques dans le secteur de Châtelus-le-Marcheix. - André Mavigner

Au plus fort de la tempête 80% des foyers creusois ont été privés d'électricité. Le lendemain, 60 000 foyers étaient encore coupés. Il a fallu des jours, parfois des semaines pour dégager les routes et rétablir le courant.

Vingt ans après, le souvenir de cet incroyable coup de vent est encore vivace dans la tête de nombreux Creusois. Ce vendredi 27 décembre, ils nous racontent leurs souvenirs, leurs anecdotes et leurs galères sur l'antenne de France Bleu Creuse

Bloqué en pleine tempête toute la nuit

La nuit de la tempête, Jean-Christophe Chaussat s'est retrouvé bloqué avec son papa, sur la route entre son domicile de Saint-Agnant-Près-Crocq et la commune de Crocq. 

Ce soir-là, le fils de Jean-Christophe Chaussat est malade. Le petit a seulement trois semaines et souffre d'une bronchiolite. Il lui faut des médicaments. C'est pour cette raison que Jean-Christophe Chaussat et son propre père s'aventurent à l'extérieur, vers 19h30, alors que le vent souffle déjà. 

Jean-Christophe Chaussat, sa femme et sa maman ont eu très peur le soir de la tempête de 99. - Radio France
Jean-Christophe Chaussat, sa femme et sa maman ont eu très peur le soir de la tempête de 99. © Radio France - Camille André

En temps normal, les deux hommes ont besoin d'un quart d'heure pour se rendre à la pharmacie de Crocq. Ils s'équipent néanmoins d'une tronçonneuse. L'aller est chaotique: " Il a fallu essayer plusieurs chemins car des arbres étaient tombés. C'était déjà impressionnant". A leur arrivée, la pharmacie est encore ouverte. Mais au moment où Jean-Christophe Chaussat ferme la porte de l'officine, tout le bourg s'éteint, suite à une coupure d'électricité

J'ai dit à mon père faut pas qu'on traîne, ça se gâte 

Il est alors 20h et dans le bourg de Crocq, la toiture d'une maison s'est déjà envolée

Dans le centre-ville de Crocq, le toit de cette maison s'est envolé.  - Aucun(e)
Dans le centre-ville de Crocq, le toit de cette maison s'est envolé. - DR

Les deux hommes prennent le chemin du retour et se retrouvent bloqués sur la route entre Crocq et la Courtine. "Tout le monde était là et on essayait de tronçonner les arbres. On n'imagine pas ce qui peut passer au dessus de nos têtes à ce moment-là. Des têtes de sapins, des têtes d'arbres", témoigne Jean-Christophe Chaussat. 

Ils ont vécu la "tempête du siècle".

Finalement, les deux hommes ont été secourus par les pompiers et se sont mis à l'abris dans la caserne de Crocq jusqu'à ce que la tempête se calme. 

Le sauvetage de 60 automobilistes à Saint-Sulpice-les-Champs

Au cours de la tempête de nombreux voyageurs se sont retrouvés bloqués par des arbres, tombés sur la route ou sur les rails. Ainsi, la maire de Saint-Sulpice-les-Champs, Monique Depeige, a dû organiser le sauvetage d'une soixantaine d'automobilistes bloqués sur l'ex-nationale 141 (qui relie Pontarion à Aubusson). Ils étaient bloqués par des sapins. 

Les chutes d'arbres ont coupé de nombreux axes (image d'illustration) - Aucun(e)
Les chutes d'arbres ont coupé de nombreux axes (image d'illustration) - André Mavigner

Le mari de Monique Depeige ainsi qu'un de ses adjoints, ont accompagné les gendarmes avec un tracteur et une tronçonneuse. "Ils n'ont pas pu rejoindre les autres par la route normale, car il y avait trop d'arbres en travers de la route. Au lieu de faire 5 kilomètres, ils en ont bien fait dix"

Au fur et à mesure qu'ils tronçonnaient des arbres, ils écoutaient la chute d'autres arbres qui tombaient derrière eux

Le cortège est arrivé vers 4h du matin. Tout le monde était sain et sauf. Monique Depeige a réveillé les gérants de la supérette pour offrir du lait et des biscottes aux naufragés de la route. Pendant plusieurs années, l'élue a reçu des vœux et des nouvelles de ces automobilistes que la commune avait secourus. 

La commune de Saint-Sulpice-les-Champs a recueilli une soixantaine d'automobilistes. - Radio France
La commune de Saint-Sulpice-les-Champs a recueilli une soixantaine d'automobilistes. © Radio France - Camille André

A la Souterraine et à Reterre, des opérations similaires se sont déroulées, pour mettre à l'abris les passagers de deux trains. 550 personnes  ont dû être hébergées dans différents bâtiments de la commune Sostranienne. A Reterre, la commune a aussi dû prendre en charge les passagers de la ligne Montluçon/Auzances. 

Le toit de Michèle s'est envolé

Le soir de la tempête, Michèle Baubier est seule avec ses parents âgés, dans leur grande maison en granit, au hameau La Troudière, sur la commune de Saint-Georges-Nigremont. Son mari n'a pas pu rentrer du travail. Il est resté dormir chez un collègue. Dans la nuit, Michèle Baubier entend plusieurs craquements : " J'ai compris tout de suite que le toit était parti ", se souvient Michèle. 

tout s'est envolé, on voyait passer les livres devant la porte

Le toit de Michèle Baubier s'est envolé - Aucun(e)
Le toit de Michèle Baubier s'est envolé - Michèle Baubier

"Il pleuvait dans ma chambre", sourit la vieille dame. Alors que les bourrasques se déchaînaient, Michèle Baubier n'a pas paniqué. Elle a installé un seau pour récupérer l'eau de pluie et a conseillé à ses parents d'aller se coucher tout habillés "au cas où il aurait fallu se relever", précise-t-elle. 

Le toit de Michèle Baubier, en cours de réparation. - Aucun(e)
Le toit de Michèle Baubier, en cours de réparation. - Michèle Baubier

Au petit matin, Michèle Baubier est sortie constater les dégâts : "J'ai vu que tous les arbres étaient tombés. La toiture était au bout du jardin". Quelques heures plus tard, le mari de Michèle Baubier est arrivé : "Il pleurait quand il a vu le toit. Ça lui a fait un choc", se remémore cette Creusoise. 

Solignat, le dernier hameau à retrouver l'électricité

Au lendemain de la tempête, 60 000 foyers creusois étaient privés d'électricité. Des arbres étaient tombés sur les lignes. Certains poteaux électriques étaient cassés, et par endroit, les villages étaient tout simplement inaccessibles. Les agents d'EDF auront besoin de deux semaines pour rétablir le courant partout en Creuse

Une coupure de journal conservée par Josette, une habitante de Solignat.  - Radio France
Une coupure de journal conservée par Josette, une habitante de Solignat. © Radio France - Camille André

Le dernier hameau à avoir été raccordé est celui de Solignat, sur la commune de Magnat-l'Etrange. "Le curé de la Courtine nous avait amené des cierges pour nous éclairer", se souvient Josette, une septuagénaire, qui habite toujours dans le village. Après toutes ces années, elle conserve encore quelques-unes de ces bougies

Ces cierges étaient très fins et mesuraient près de 40 cm de haut " ce n'était pas très pratique car on n'avait pas de bougeoir pour tenir ces cierges d'église", sourit Josette. Astucieuse, cette Creusoise avait imaginé un système avec une bouteille et une pince à linge

Le système de Josette pour utiliser les cierges offerts par le Curé de la Courtine. - Radio France
Le système de Josette pour utiliser les cierges offerts par le Curé de la Courtine. © Radio France - Camille André

Les habitants de Solignat qui ont vécu la tempête de 99 assurent ne pas avoir souffert du froid pendant ces 14 jours sans électricité. Josette avait une cuisinière à bois. Ses voisins, Jacques et Jacqueline Cuegniet disposaient d'une immense cheminée. 

Tempête de 99 : les jours d'après

"On s'est adaptés, se souvient Jacqueline Cuegniet, avec la cheminée, la gazinière et l'eau courante, nous étions quasiment autonomes. Finalement, ça s'est assez bien passé". 

Grâce à leur cheminée, Jacques et Jacqueline Cuegniet n'ont pas eu froid. - Radio France
Grâce à leur cheminée, Jacques et Jacqueline Cuegniet n'ont pas eu froid. © Radio France - Camille André

Jacques Cuegniet, quant à lui, retient surtout la formidable solidarité qui s'est exprimée entre voisins à cette époque.  Une voisine âgée dont le toit s'était envolé a été hébergée pendant trois mois par Josette et son mari. Jacques Cuegniet lui-même a transporté dans son estafette les congélateurs de nombreux voisins vers les communes qui avaient encore l'électricité. 

"Toutes les relations que j'ai établies à cette époque-là demeurent aujourd'hui", se réjouit Jacques Cuegniet, qui conserve finalement des souvenirs très positifs de cette tempête

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