Société

Pour Frédéric Encel, spécialiste du Moyen-Orient, "nous n’avons pas voulu voir ce qui se passe dans nos banlieues"

Par Thierry Campredon, France Bleu Belfort-Montbéliard jeudi 14 janvier 2016 à 11:58

Frédéric Encel, spécialiste du Moyen-Orient.
Frédéric Encel, spécialiste du Moyen-Orient. © Maxppp

Maître de conférences à Sciences-Po Paris et spécialiste du Moyen-Orient, Frédéric Encel anime ce jeudi soir à la mairie de Belfort une conférence sur les origines du chaos au Moyen-Orient et ses conséquences en France, avec les attentats terroristes

Pour Frédéric Encel, le radicalisme religieux qui sous-tend les attentats en France est profond et ancien. Si aujourd'hui, la face visible de l'iceberg s'appelle Daech ou Etat islamique, c’est aussi le fruit d’une longue histoire généalogique de l’islamisme radical. "L’islamisme radical n’est pas né de la guerre américaine ratée en Irak en 2003, ni du conflit israélo-palestinien, mais il né au neuvième siècle avec l’une des quatre écoles d’interprétation des textes coraniques à savoir l’école hanbalite, les fondements de ce dogme à caractère radicale et totalitaire sont donc très anciens" ,précise Frédéric Encel.

La France a failli dans sa politique d’intégration"

Il n’empêche que, depuis un an, la France est directement frappée sur son sol par des terroristes qui sont pour la plupart français, alors à qui la faute ? Sur cette question, il y a plusieurs réponses selon Frédéric Encel : "la France est visée, pas pour ce qu’elle fait, mais pour ce qu’elle est. Mais il y aussi le fait que la République, la nation française n’ont pas vu ou voulu voir ce qui se passait dans certaines banlieues. Nous n’avons pas réussi à intégrer suffisamment ou assez correctement un certain nombre de jeunes gens issus de la deuxième ou de la troisième génération de l’immigration africaine et en particulier nord-africaine. Il est évident que le problème post colonial n’a pas été réglé". Mais Frédéric Encel tient à préciser : "je suis absolument défavorable à tout type de victimisation de ces gens, je pense que ce n’est pas la République qui est directement responsable. Néanmoins, il faut réenchanter la nation, réenchanter la République, sinon c’est le romantisme révolutionnaire morbide, fasciste de l’Etat islamique qui va l’emporter".

L’agression d’un enseignant juif à Marseille est l’illustration du climat de terreur"

Pour Frédéric Encel les choses sont claires, la France est bel et bien en guerre et les attaques terroristes et les agressions vont malheureusement continuer comme celle qui a visé un enseignant juif à Marseille, le 11 janvier. Une agression qui a ravivé l'inquiétude de la communauté juive et qui relancé le débat sur la meilleure façon de se protéger, avec comme symbole le port de la kippa. Le président du consistoire de Marseille préconise même l’abandon de la kippa dans les rues de sa ville. "En tant que citoyen, je trouve que c’est assez triste que des responsables communautaires quelle que soit leur religion tiennent ce genre de propos" , s’indigne Frédéric Encel, "mais c’est l’illustration d’un climat de terreur et d’une situation qui est devenue extrêmement problématique. Je rappelle que le racisme et l’antisémitisme ne sont pas des opinions, mais des délits et parfois des crimes, qu’il faut punir de la manière la plus vigoureuse qui soit".

La conférence de Frédéric Encel organisée par Idée-Université populaire c’est ce jeudi soir à la maire de Belfort à partir de 20 Heures, l’entrée est libre.

Frédéric Encel