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Société

Thionville déjeune les yeux bandés pour se mettre dans la peau de personnes handicapées

jeudi 16 novembre 2017 à 22:01 Par Jordan Muzyczka, France Bleu Lorraine Nord et France Bleu

Seize agents de la ville de Thionville se sont glissés le temps d'une pause déjeuner dans la peau de non-voyants. Une expérience dans le cadre de la semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées.

16 agents municipaux se sont glissés jeudi, le temps d'un repas, dans la peau de non-voyants. Une expérience dans le cadre de la semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées.
16 agents municipaux se sont glissés jeudi, le temps d'un repas, dans la peau de non-voyants. Une expérience dans le cadre de la semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées. © Radio France - Jordan MUZYCZKA

Thionville, France

"Alors là, je ne sais pas du tout où je vais", s'en amuse Sylvie, qui peine à mettre la bonne quantité d'aliments sur sa fourchette. "Je réfléchis vraiment à mes gestes... enfin j'essaye." Pour cette employée municipale, comme pour quinze autres collègues, cette pause repas prise à l'espace Saint-Nicolas de Thionville est particulière: ils ont chacun les yeux bandés. Une expérience testée à l'occasion de la semaine européenne pour l'emploi des personnes handicapées.

Goût salé et verre d'eau

L' exercice est d'abord amusant pour les convives. Il leur est servi une salade en entrée, une tartiflette en repas et de la glace en dessert. Mais eux ne le savent pas! Et avec la vue obstruée, leurs papilles gustatives sont en éveil. "Ça c'est assez fade je trouve", relève Julie en parlant de l'entrée, "là par contre c'est plus salé. Je devine des pommes de terre, mais après..." Sa collègue renchérit aussitôt:" On sent le goût des lardons. Julie, c'est une tartiflette!".

Mais très rapidement arrivent les premiers déboires. Premier test coriace: se servir un simple verre d'eau. Etape 1: trouver la carafe. Etape 2: parvenir à bien viser dans le verre et y mettre la bonne quantité. Un geste anodin mais qui met à mal ces testeurs.

"C'est quelque chose de très difficile", raconte une autre Sylvie. Elle n'a pas les yeux bandés. Elle est non-voyante depuis l'âge de 10 ans. Aujourd'hui âgée de 52 ans, elle se réjouit que d'autres comprennent son quotidien.

Bouts de pain et débats

Car chacun demande alors des conseils à cette membre de l'Association des aveugles et amblyopes d'Alsace et de Lorraine. "Déjà, nouez-vous toujours une serviette autour du coup pendant un repas ou placez-en une sur les cuisses, pour ne pas vous salir", commence la quinquagénaire. "Avec un bout de pain, vous pouvez faire plein de choses, c'est très utile pour, par exemple, mettre des aliments sur votre fourchette."

Sylvie est non-voyante. Pour elle, aller au restaurant, ce n'est pas quelque chose de facile. Ecoutez comment.

A l'autre bout de la table, Vincent, le vice-président de l'association nourrit la discussion. Il raconte les problèmes de tous les jours pour des personnes malvoyantes: "Vous sortez dans la rue, si c'est le jour du ramassage des ordures... C'est très compliqué. Il y a des obstacles partout..."

Le pire ce sont les conducteurs qui se garent sur le trottoir. Même si c'est pour deux minutes, nous, ça nous oblige à faire un détour, aller sur la route par exemple. Et là ça devient dangereux!" Vincent Della Rocca, vice-président de l'Association des aveugles et amblyopes d'Alsace et de Lorraine.

Cet exercice est un succès estime Caroline Hein, conseillère municipale et déléguée à la santé et au handicap pour la ville. "190 agents voulaient participer. Mais nous ne pouvions pas faire tant que quantité de repas", regrette t-elle. "Mais ce n'est que partie remise, je pense qu'on va reproduire l'expérience."

Caroline Hein, conseillère municipale à Thionville, est déléguée à la santé et au handicap. Elle nous explique comment la ville s'investit.

Près de 12 millions de Français en 2017(soit près d'un habitant sur six) souffrent d'un handicap selon Sophie Cluzel, la Secrétaire d’État chargée des personnes handicapées.