Société

Toulouse : la situation devient explosive dans un squat de 400 personnes

Par Vanessa Marguet, France Bleu Toulouse et France Bleu mardi 3 janvier 2017 à 23:12 Mis à jour le mercredi 4 janvier 2017 à 8:17

Les conditions se dégradent de semaine en semaine
Les conditions se dégradent de semaine en semaine © Radio France - Vanessa Marguet

C'est le plus grand squat jamais vu à Toulouse. Il y a actuellement près de 400 personnes massées aux Arènes, dans des bâtiments désaffectés. Des personnes seules ou en famille, d'une vingtaine de nationalités différentes. Elles vivent dans des conditions de plus en plus difficiles.

On peut parler de jungle urbaine. Près de 400 personnes vivent massées dans un squat insalubre à Toulouse, dans le quartier des Arènes, à deux pas de la station de tramway. Ce sont des migrants, des sans-papiers d'une vingtaine de nationalités différentes. Il y a des hommes seuls, des familles avec enfants. Ils occupent les anciens locaux désaffectés de l'entreprise Cegelec, un ensemble de quatre bâtiments et deux hangars, qui appartient aujourd'hui à la banque Natixis.

Les premiers occupants sont arrivés en novembre 2015. Ils étaient plusieurs dizaines, mais aujourd'hui, Médecins du Monde et l'association Cedis tirent la sonnette d'alarme, car les gens continuent d'arriver et les problèmes se multiplient, tant du point de vue sanitaire que de la sécurité.

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Des coupures d'eau, des risques électriques

Les problèmes se voient déjà à l'extérieur. Il y a des poubelles éventrées, des déchets au sol car il n'y a pas assez de containers à poubelle. A l'intérieur des quatre bâtiments, c'est plus propre, mais les conditions de vie sont difficiles.

Les chambres sont d'anciens petits bureaux dans lesquelles peuvent vivre 4 ou 5 personnes - Radio France
Les chambres sont d'anciens petits bureaux dans lesquelles peuvent vivre 4 ou 5 personnes © Radio France - Vanessa Marguet

Il y a sans cesse des coupures d'eau et les familles doivent souvent se contenter du point d'eau installé très récemment par la mairie au pied des immeubles. Il n'y a pas de douches, très peu de toilettes. Ortenka, une mère de famille bulgare a du mal à vivre avec ses enfants à quatre dans une pièce de 10 m². Elle le fait pourtant depuis six mois. Les occupants se partagent en fait d'anciens petits bureaux. Un autre résidant, albanais, est en colère, car il a l'impression de ne pas être considéré comme un homme.

On se sent abandonnés, jetés comme des poubelles. Il n'y a même pas une assistante sociale qui passe - un résidant qui a souhaité rester anonyme

Ici, c'est trop sale. Mon enfant a attrapé des petits boutons... Il faut que quelqu'un nous aide.

Ces femmes d'origine bulgares sont à bout  - Radio France
Ces femmes d'origine bulgares sont à bout © Radio France - Vanessa Marguet

Les occupants de ce squat dénoncent aussi les problèmes de sécurité. Il y a un risque avec les câbles électriques qui sont tirés d'un bâtiment à l'autre, avec des branchements parfois sauvages. Il y a aussi des problèmes de bagarres et de vols. Samir, un algérien de 37 ans, a été agressé récemment et a encore un œil tuméfié. Il raconte que des hommes sont venus dans sa chambre, lui ont volé son portefeuille, son téléphone et l'ont "frappé avec des bouteilles et un couteau".

Il y a des câbles tirés partout et des branchements sauvages - Radio France
Il y a des câbles tirés partout et des branchements sauvages © Radio France - Vanessa Marguet

Il est urgent d'agir

Ce squat continue à grossir, mais pour l'instant, il n'y a pas de moyens mis en place par l'Etat ou la mairie de Toulouse. Seuls des bénévoles de l'association Cedis interviennent, ainsi que des membres de Médecins du Monde et quelques militants du Dal. Thomas Couderette, du Cedis, estime qu'il est temps que les choses changent. A chaque fois qu'un bénévole de son association vient dans ce squat, il croise des gens nouveaux, des bébés qui n'ont pas été vaccinés. "La dernière fois c'était une femme enceinte de 7 mois et demi qui n'avait jamais été suivie pour sa grossesse" dit-il.

Cela fait des mois qu'on tire la sonnette d'alarme, qu'on demande que les pouvoirs publics se mobilisent - Thomas Couderette du Cedis

Thomas Couderette : "on demande que la mairie et la préfecture mesurent l'enjeu"

On sent le raz le bol monter chez les occupants  - Radio France
On sent le raz le bol monter chez les occupants © Radio France - Vanessa Marguet

La préfecture de la Haute-Garonne répond qu'elle travaille sur ce dossier depuis plusieurs semaines en lien avec les services de la mairie de Toulouse. L'adjoint en charge des solidarités, Daniel Rougé, explique qu'il faut d'abord "effectuer un diagnostic pour savoir précisément qui sont ces gens et voir ce qu'on peut leur proposer" avant qu'il y ait une évacuation. Mais ça s'annonce long et compliqué, car il y a au moins une vingtaine de nationalités différentes dans ce squat et les problématiques ne sont pas les mêmes pour les ressortissants européens bulgares ou roumains, les gens qui peuvent prétendre au droit d'asile, ceux qui ont été déboutés et d'autres profils de sans-papiers.

L'association Cedis est consciente de ces difficultés, mais en attendant, elle estime qu'il faut à tous prix débloquer des moyens pour que des travailleurs sociaux et des médecins puissent intervenir sur le site, et ne pas laisser cette tâche uniquement à des bénévoles comme c'est le cas aujourd'hui.

Les détritus sont entassés au sol  - Radio France
Les détritus sont entassés au sol © Radio France - Vanessa Marguet