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Société

Tours Hermitage à La Défense : des habitants font de la résistance

vendredi 14 septembre 2018 à 5:55 Par Nicolas Olivier, France Bleu Paris

Des locataires d'une résidence de Courbevoie se battent depuis dix ans pour rester chez eux. La plupart ont fini par jeter l'éponge, d'autres ont été expulsés cet été. Leurs immeubles sont promis à la destruction pour laisser place à deux gratte-ciels de 320 mètres de haut.

A l'ombre des tours First et Neptune, des habitations en sursis.
A l'ombre des tours First et Neptune, des habitations en sursis. © Radio France - Nicolas Olivier

Courbevoie, Hauts-de-Seine, France

Seuls contre tous. Ils ne sont plus que neuf locataires à vivre dans les deux immeubles de La Défense condamnés par un gigantesque projet immobilier. Cette partie de la résidence des Damiers a été choisie en 2007 par le promoteur russe Emin Iskenderov pour y ériger les tours jumelles Hermitage Plaza. Depuis, le propriétaire Logis Transports s'évertue à vider les 250 logements afin de concrétiser la promesse de vente signée il y a près de onze ans avec la société Hermitage S.A.S. Mais la filiale immobilière sociale de la RATP se heurte à la résistance acharnée d'une poignée d'habitants. 

Le bâtiment "Damier de Bretagne" est désormais totalement inoccupé. - Radio France
Le bâtiment "Damier de Bretagne" est désormais totalement inoccupé. © Radio France - Nicolas Olivier

Tatiana Dinulescu vit ici avec son époux depuis 1995. Cette médecin anesthésiste n'est pas près de renoncer à son "havre de paix" de 100 mètres carrés, avec balcon et terrasse offrant une vue imprenable sur Paris. 

Je partirai d'ici soit morte soit pas du tout. Je suis prête à m'enchaîner au radiateur.

ECOUTEZ - Tatiana Dinulescu : "Je resterai là jusqu'au bout".

Cette habitante assure n'avoir reçu que trois propositions de relogement, toutes jugées inadaptées en comparaison avec son appartement. Mais d'après le bailleur, 36 offres lui ont été présentées, dont plusieurs à Paris, Neuilly, Puteaux et Courbevoie. Entre les deux parties, le dialogue a été rompu il y a bien longtemps. "Je regrette qu'on en soit arrivés à cette extrémité, dit Sylvie Vandenberghe, la directrice générale de Logis Transports. Mais j'estime que le plan d'accompagnement a été assez exemplaire, 233 locataires ont d'ailleurs été relogés. Maintenant il est crucial que nous puissions enfin libérer ces appartements pour construire nos logements sociaux." 

Une plus-value pour financer des logements sociaux

Ces 250 appartements, achetés à Axa en 2001 pour moins de 20 millions d'euros, rapporteront 50 millions d'euros à Logis Transports, d'après la promesse de vente que nous avons pu consulter. L'opération a été validée en 2007 par le Préfet des Hauts-de-Seine au nom de l'intérêt général, car cette plus-value permettra à l'office HLM d'augmenter ses fonds propres, seule solution pour financer de nouveaux logements sociaux. Ainsi, en sacrifiant les Damiers, Logis Transports pourra construire 1.000 logements sociaux, pour moitié dans le département des Hauts-de-Seine, et notamment à Courbevoie.

Un "bulldozer judiciaire"

Après une longue résistance notamment sur le terrain judiciaire, Claire Augier a été expulsée par la police le 1er août. Sans solution d'hébergement, elle a dû s'installer provisoirement chez des amis. Elle est aujourd'hui dégoûtée par la justice. "La seule chose qu'on demande depuis le départ c'est le respect des lois. On a un bail de six années reconductibles, et notre bail est toujours valable ! Il faut juste arriver à faire reconnaître la supercherie. Etrangement, on a beaucoup de mal. C'est ubuesque." 

"Ces expulsions sont une honte" s'indigne l'avocate de plusieurs locataires et de l'association de riverains Vivre à La Défense. Me Armelle de Coulhac-Mazérieux avoue n'avoir jamais vécu une telle injustice en trente ans de carrière. Plus de 60 recours ont été déposés devant les différentes juridictions et à chaque fois ses arguments juridiques sont "balayés d'un revers de main". L'avocate ne renonce pas et attend encore plusieurs décisions, à commencer par celle de la Cour d'appel de Versailles, qui examinera le 17 octobre le recours contre les jugements d'expulsion. 

Dix ans de bataille judiciaire archivés dans le bureau de l'avocate des résidents. - Radio France
Dix ans de bataille judiciaire archivés dans le bureau de l'avocate des résidents. © Radio France - Nicolas Olivier

C'est un scandale d'Etat.

ECOUTEZ - Me Armelle de Coulhac-Mazérieux, principale avocate des locataires.

Des tours qui valaient 3 milliards

Ce projet à 2,8 milliards d'euros, le plus gros investissement immobilier privé en France depuis Disneyland Paris il y a trente ans, a très vite suscité l'enthousiasme général des élus locaux et des autorités. Le maire (LR) de Courbevoie Jacques Kossowski y voit "un projet architectural fort pour donner une nouvelle impulsion" au quartier d'affaires. Sans parler de la perspective des 5.000 emplois induits par le chantier, et des 3.000 emplois directs promis à terme. Les tours Hermitage, dessinées par l'architecte britannique star des buildings Norman Foster, doivent abriter 500 logements (30% de HLM), des bureaux, un hôtel de luxe, des boutiques, des bars, des restaurants et même un centre de thalasso, un auditorium et une galerie d'art.

Mais à mesure que les années passent, les premières réserves apparaissent. En juin, Patrick Devedjian, le président de Paris La Défense a ouvertement émis des doutes sur la solvabilité du promoteur, notamment sous le coup d'une procédure de saisie immobilière. L'établissement public local attend d'ailleurs depuis des mois un versement de 30 millions d'euros promis par Emin Iskenderov. Quant à l'identité des partenaires financiers du projet, elle n'a pas encore été annoncée. Chez Hermitage, on assure toujours que les travaux débuteront "dans les prochains mois" pour une livraison des tours avant les Jeux Olympiques de Paris 2024.

Les tours jumelles égaleront quasiment la hauteur de la Tour Eiffel. - Aucun(e)
Les tours jumelles égaleront quasiment la hauteur de la Tour Eiffel. - Groupe Hermitage
Les tours Hermitage Plaza sont censées être livrées en 2024. - Aucun(e)
Les tours Hermitage Plaza sont censées être livrées en 2024. - Groupe Hermitage - Foster+Partners