Société

Tout comprendre du procès de la Tour Odéon, cette affaire de corruption présumée qui éclabousse la Côte d’Azur

Par Sébastien Germain, France Bleu Azur mardi 29 novembre 2016 à 10:36

Le procès de la Tour Odéon
Le procès de la Tour Odéon © Radio France

C'est un procès très important qui se déroule en ce moment à Marseille. Une vaste affaire de corruption présumée qui éclabousse la Côte d’Azur. Des personnalité politiques, des entrepreneurs sont concernés.

Onze prévenus en col blanc devant le tribunal correctionnel de Marseille depuis lundi. Ils comparaissent dans le cadre d'une vaste affaire de corruption présumée sur la Côte d'Azur. Les débats ont porté ce lundi sur les conditions dans lesquelles la Tour Odéon a vu le jour. Ce luxueux gratte-ciel de 170 mètres de hauteur qui domine Monaco aurait fait l'objet d'un pacte de corruption entre les promoteurs Marzocco, l'entrepreneur Lino Alberti et le maire de Beausoleil.

Qui sont précisément les prévenus ?

Le pivot central présumé de cette affaire est Lino Alberti. Un entrepreneur à la retraite âgé de 71 ans, italo-monégasque, qui commence à travailler à 14 ans dans la restauration. Il devient ensuite patron sur le rocher, à la tête d’une entreprise de terrassement. Il est interpellé en 2009, il vit à Roquebrune Cap-martin chez sa compagne, Chantal Grundig, la veuve de l’industriel allemand de l’électroménager. Une femme à qui la fondation Grundig verse 280 000 euros par mois. Il a un carnet d’adresse bien rempli. Il connait des élus, des promoteurs mais aussi quelques figures du grand banditisme.

Que s'est-il passé ?

En juillet 2009 à une soirée, Lino Alberti invite une centaine de personnes à la plage des pirates de Roquebrune Cap Martin. Parmi les invités, de nombreux agents immobiliers, Roger Mouret, dit Roger le gitan, fiché au grand banditisme. Giovanni Tagliamento, alias la petite araignée, est présenté lui comme l’ambassadeur de la Camorra sur la côte d’azur. C’est surtout celui par qui toute l’affaire commence. Suite à un signalement de la police anti-mafia italienne. Elle prévient la France qu’il est susceptible de blanchir l’argent des camorristes dans des opérations immobilières.

Dans cette soirée, on croise aussi le promoteur Paolo Marzocco et des élus de l’est du département : le maire d’Eze, Stéphane Cherki, ou encore le maire de Beausoleil Gérard Spinelli. Tous des amis de longue date de Lino Alberti. Le monde des affaires, le monde politique et le monde du grand banditisme à la même soirée.

En garde à vue, Lino Alberti passe à table et reconnaît avoir donné 65 000 euros en liquide au maire de Beausoleil. Il reconnaît aussi que les promoteurs italiens, les deux frères Marzocco, lui ont promis deux millions d’euros pour qu’il veille à ce que le chantier de la Tour Odéon se déroule sans accroc. Les deux promoteurs italiens, les Marzocco, sont à l’origine de la fameuse tour Odéon. Quand ils s’apprêtent à faire construire la tour, ils se tournent vers Lino Alberti pour qu’il obtienne des devis avantageux mais jamais dans l’idée de corrompre qui que ce soit ! C’est en tout cas ce qu’ils ont toujours expliqué et ce qu’ils ont répété ce lundi après-midi à la barre.

Ils reconnaissent avoir versé en espèces 250 000 euros à Lino Alberti, uniquement, disent-ils, parce qu’il avait réussi à leur faire gagner beaucoup d’argent sur des devis. Leurs avocats, les ténors Eric Dupond-Moretti et Luc Brossolet martèlent que les Marzocco n’ont jamais varié dans leurs déclarations et n’ont jamais voulu corrompre personne.

Un élu jugé

Il y a un élu jugé dans cette affaire : Gérard Spinelli, le maire de Beausoleil. Après son interpellation, en 2009, il fera presque trois mois de détention provisoire avant d’être relâché contre une caution de 100 000 euros. Gérard Spinelli n’a jamais reconnu avoir été soudoyé par Lino Alberti ou les frères Marzocco. Il se présente donc au tribunal en élu au dessus de tout soupçon et espère lui aussi repartir relaxé. Son vieil ami devenu son meilleur ennemi, Lino Alberti, admet lui avoir versé 65 000 euros en espèces. L’accusation estime qu’en échange de cet argent, le maire de Beausoleil devait s’engager à ne pas s’opposer au chantier de la tour Odéon, pourtant facteur de nuisances dans sa commune.

Le procès continue ce mardi. Vous pouvez le suivre dans nos journaux sur notre antenne ou sur notre compte Twitter

David Di Giacomo

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