Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Société DOSSIER : L'éducation : un enjeu électoral 2017

À Truchtersheim, des collégiennes apprennent à décrypter les comportements sexistes

lundi 6 mars 2017 à 4:19 Par Olivia Cohen, France Bleu Alsace et France Bleu Elsass

Au collège du Kochersberg, à Truchtersheim, un groupe de filles de 3ème suit depuis septembre 2016 des séances de sensibilisation au sexisme ordinaire, projet mis en place par leur professeur de français Christelle Wieder. Les jeunes filles feront bientôt des interventions dans les autres classes.

Christelle Wieder et ses élèves, féministes confirmées.
Christelle Wieder et ses élèves, féministes confirmées. © Radio France - Olivia Cohen

Truchtersheim, France

Des jeunes filles de 14 ans qui apprennent à décrypter le "sexisme ordinaire" : c'est le projet baptisé "Force de filles" et mis en place par Christelle Wieder, professeur de français au collège du Kochersberg à Truchtersheim, dans le Bas-Rhin : "Je trouve qu’à l’école on n'en parle pas assez, les élèves ne savent pas ce qu’est le sexisme, ne l’identifient pas et n’ont pas appris à déconstruire ces stéréotypes. Il est essentiel qu’elles aient cette grille de lecture pour mieux comprendre le monde qui les entoure, pour développer leur esprit critique." En plus des séances hebdomadaires, les filles s'apprêtent à partir dans les Vosges pour trois jours de séminaire d'approfondissement et à leur retour, elles réaliseront des interventions dans les autres classes pour sensibiliser leurs camarades.

Dans notre collège, une fille venue habillée en robe s’est fait traiter de pute !

Les participantes à l'atelier sont très jeunes mais font preuve d'une maturité et d'une réflexion extrêmement aboutie sur la question. Carole a tout de suite été emballée par le projet : "C’est une heure par semaine où on peut parler librement, évoquer les stéréotypes de la femme, parler de tout.." Ce qui révolte le plus Helena ? Les insultes : "Dans notre collège, une fille est venue habillée en robe, elle s’est fait traiter de pute !" Les élèves se revendiquent féministes, elles s’étonnent presque qu'on leur pose la question. Pour Hélène, c’est une évidence : "Déjà à la base, ça nous intéressait mais avec cet atelier, ça renforce notre conviction car on s’est rendu compte qu’il y avait beaucoup plus d’inégalités que ce qu’on pensait."

Le sexisme ordinaire, c’est plein de petits détails qui forment un gros sujet.

Autre chose qui les révolte : les garçons qui minimisent ou qui les accusent d'en faire trop, explique Hélène : "J’ai en parlé avec deux garçons, qui disaient que c’était n’importe quoi, qu’on en faisait tout un pataquès, qu’on exagérait !" Carole acquiesce : "Ils disent que ce n'est pas grave qu’on offre une poupée à une petite fille et un camion à un garçon, que c’est comme ça, que c’est juste normal." Helena lève les yeux au ciel, blasée : "Il nous disent qu’il y a d’autres problèmes plus graves." Carole le regrette : "En fait, pour certaines personnes, on crée des problèmes pour rien mais non ! Le sexisme ordinaire, c’est plein de petits détails qui forment un gros sujet." Leur professeur Christelle Wieder insiste sur l'importance de groupes de parole réservés aux filles : "Il était plus judicieux de mettre en place des groupes non mixtes pour qu’elles puissent s’exprimer plus librement, parler de leur vécu sans être jugées et réaliser qu’elles n’étaient pas seules à vivre ou penser certaines situations… Notamment les tâches ménagères dans la fratrie, elles ont été plusieurs à se rendre compte qu’elles en faisaient plus que leurs frères et elles ont pu voir qu’il ne s’agissait pas d’une situation isolée, mais d’une sorte de système."

Comment s'y prendre pour faire changer les mentalités ?

"Pour qu’ils comprennent, il faut leur citer des exemples concrets", disent Carole et Téa. De son côté, Hélène est prête aux discussions houleuses : "Leur montrer qu’on a la même intelligence et les mêmes capacités qu’un homme, qu'une fille peut courir aussi vite qu’un garçon." Sont-elles prêtes à s'en prendre plein la figure ? "Oh, ça a déjà commencé", rappelle Carole avec un sourire, "il y a déjà des garçons qui ont dit qu’on était une secte… Franchement, ça sert à rien de leur répondre, parce que c’est complètement con comme remarque !" Pour ces jeunes filles, généraliser ce type d’ateliers, ce serait une bonne solution pour améliorer l'égalité homme-femme car comme le dit Hélène, "C’est une question d’éducation, on te dit 'la femme est inférieure' alors tu vas le croire donc si on met en place ce type d’ateliers, de plus en plus de garçons et aussi de filles vont avoir le déclic, et à terme les inégalités disparaîtront."

Ne pas leur donner raison : si vous voulez mettre un jogging, venez en jogging !

Christelle Wieder a proposé un thème par séance : "On est partie de leurs propres perceptions, de ce qu'elles observaient dans leurs familles, au collège, dans les médias, dans les dessins animés... On s’est beaucoup appuyé sur l’actualité, il y a eu une grève des femmes en novembre, au moment de Noël, on a étudié des catalogues." Les filles ont parfaitement analysé les pressions très lourdes et parfois contradictoires imposées aux femmes : "Une femme doit être bien apprêtée, avoir les cheveux soignés et en même temps, quand elle met une robe ou une jupe, elle se fait traiter de pute." Helena renchérit : "Si la fille met un jogging, ça va être une meuf de cité, si elle met un jean, elle est banale, si elle met une robe, ça va être une pute… Même chose pour le maquillage : si on se maquille, on va être une beurette, si on se maquille pas on est moche, on va avoir des boutons partout, si on met du rouge, on est une séductrice… Si on vient mal coiffé en mode je suis tombée de mon lit, on va se faire juger c’est sûr, si on vient avec des jolies boucles, ça va tout de suite être trop, ça va jamais quoi ! Donc c’est abusé !" Le secret pour elles, c’est à la fois de s’affirmer et de dialoguer mais surtout, "ne pas leur donner raison : si vous voulez mettre un jogging, venez en jogging, vous ne réglerez pas le problème si vous lâchez l’affaire et si vous venez en pantalon pour avoir la paix !"

Les professeurs eux aussi devraient être formés

La direction du collège a appuyé la démarche de Christelle Wieder, mais pour beaucoup d'autres établissements, ce type de projets n'est pas la priorité : _"Sur le papier, l’Education nationale s’engage très clairement pour mettre l’égalité au cœur de nos pratiques et ça fait partie de notre devoir de fonctionnaire de promouvoir les idées d’égalité et la lutte contre les stéréotypes. Seulement sur le terrain, on se rend compte qu’il y a un manque de formation, les professeurs eux-mêmes sont pétris de stéréotypes, le collège n’est pas un monde étanche et il n’y a pas de formation pour les professeurs donc il est difficile pour nombre de collègues de promouvoir cette égalité."_

Derrière, les élèves filles déchantent rappelle Téa : "En classe, les garçons qui parlent vont moins être réprimandés, alors qu’une fille va se faire reprendre, une fille doit être sage et participer alors que les garçons, on leur laisse plus de liberté et on les laisse faire ce qu’ils veulent."

Il y a un problème d’identification de la remarque sexiste !

Christelle continue : "Le sexisme, on va dire à mes élèves que c’est secondaire, qu’à l’école il y a d’autres problèmes plus urgents, notamment des problèmes de violence, mais quand on y regarde bien, les problèmes de violence pour lesquels les élèves sont punis, on se rend compte que c'est bien souvent de la violence sexiste, mais elle n’est pas identifiée en tant que telle et les acteurs de l’Education nationale n’ont pas les outils pour vraiment traiter le cœur du sujet. Il y a un problème d’identification de la remarque sexiste et elles ne sont pas traitées comme le serait une remarque raciste ! Il faut progresser pour mettre un nom là-dessus, savoir l’identifier et le traiter. C’est un travail qui demande une remise en question de nos certitudes, voilà pourquoi ça prend du temps, voilà pourquoi c’est difficile !"

Rendre l’atelier obligatoire ? Pas tout de suite selon Carole, "il faut y aller doucement sinon ça va frustrer les gens et ils vont se braquer… Par exemple, développer les équipes mixtes en cours de sport, ça peut être une première solution." Helena est d'accord : "Il ne faut pas rendre ça obligatoire, mais l'étendre à d'autres collèges." Ou encore propose Téa, "faire des conférences par petits groupes avec des témoignages pour que tout le monde se rende compte, des témoignages qui ouvriront les yeux des participants."

. - Aucun(e)
.

Durant toute la durée des campagnes pour l’élection présidentielle et les législatives, France Bleu a choisi de ne pas relayer de sondage sur son site internet. Fidèle à son image de proximité, France Bleu donne la parole au plus grand nombre au travers des reportages réalisés sur le terrain par les rédactions des 44 locales du réseau France Bleu.