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Dossier : L'affaire Merah

Tuerie de l'école juive de Toulouse, dix ans après : Myriam Monsonégo l'enfant-soleil d'Ozar Hatorah

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Par , France Bleu Occitanie, France Bleu

Ils sont le symbole de l'infâmie de ce 19 mars 2012. Quand Merah entre dans l'école juive Ozar Hatorah de Toulouse, il exécute sans ciller trois enfants : Arié et Gabriel Sandler et Myriam Monsonégo. La petite fille était la mascotte de l'école. Sa famille dévastée s'est murée dans le silence.

Le portrait de Myriam Monsonego, à côté de celui de Jonathan Sandler et des cinq autres victimes, lors d'une cérémonie d'hommage en 2014 à Toulouse.
Le portrait de Myriam Monsonego, à côté de celui de Jonathan Sandler et des cinq autres victimes, lors d'une cérémonie d'hommage en 2014 à Toulouse. © AFP - Rémy Gabalda

Le scenario de son exécution est insoutenable. Il dit tout de la sauvagerie de son assassin. Lundi 19 mars 2012, peu avant 8 heures, Mohammed Merah qui a déjà tué trois militaires à Toulouse et Montauban auparavant, s'arrête devant le collège-lycée juif Ozar Hatorah dans le quartier résidentiel de la Roseraie. Devant le portail, il tire et blesse un adolescent Bryan Bijaoui, descend un enseignant Jonathan Sandler et son fils Arié, six ans qu'il reviendra achever. Dans la cour, il poursuit et abat Gabriel le petit frère d'Arié, trois ans et demi. Sans courir il se dirige vers une petite fille blonde aux collants blancs. C'est Myriam Monsonégo, huit ans et demi, la fille du directeur. En fuyant, elle a voulu récupérer son cartable rose dans la cour, il est lourd, elle trébuche. Le tueur n'aura aucune pitié.

La mascotte d'Ozar Hatorah

Un visage d'ange, celui d'une magnifique enfant, aussi blonde aux yeux bleus que ses frères sont bruns. Tout le monde connait Myriam à Ozar Hatorah. Elle est la benjamine des fondateurs de l'école, les époux Monsonégo. En 1991, Yaacov Monsonégo, franco-israélien, petit-fils du Grand rabbin du Maroc, et son épouse Yaffa, aidés par d'autres pionniers, ont monté l'établissement de leurs propres mains, convaincant eux-mêmes les parents de la communauté juive de leur confier leurs enfants. Au début des années 90, Ozar Hatorah compte une poignée d'élèves. En 2012 avant le drame, ils sont près de 200. Alors Myriam, si elle est en CE2 à l'école Gan Rachi à quelques kilomètres de là, passe une partie de sa vie à Ozar Hatorah. 

Les élèves, comme sa famille, la surnomment Myriami, "ma Myriam" en hébreu. Espiègle, elle sautille dans la cour et se jette dans les bras des adolescentes. C'est ainsi que Yaacov Monsonégo a voulu son école, comme une grande famille où les petits côtoient les grands, où les familles se connaissent intimement. Lui-même héberge avec sa femme plusieurs élèves dont certains jouent les baby-sitters pour Myriam, et pour les enfants Sandler de Jonathan et Eva, tous deux enseignants.

Myriam est le bébé surprise des Monsonégo, qui ont déjà quatre grands enfants qui vivent en Israël. C'est un rayon de soleil, un sourire permanent, elle a une relation fusionnelle avec son papa, Yaacov, 53 ans à l'époque, le patriarche de cette grande famille. Douée, elle prend des cours de piano. Et Myriam aime danser. En juin 2012, trois mois après la tuerie, sa classe danse, sans elle, le spectacle de fin d'année dans le parc Michelet, quartier Bonnefoy. Dans ce square, figure depuis 2019 une allée qui porte le nom Monsonégo-Sandler.

Une famille très discrète, "en marge de la vie"

Ces éléments de portraits de Myriam, il faut les trouver dans les hommages qui seront rendus à la petite fille par ses amis plusieurs années après, ou par les déclarations de certains représentants comme le rabbin Abraham Weill en  2012. Jonathan Chétrit, un ancien élève d'Ozar Hatorah, vient de publier un livre éclairant avec les témoignages inédits de dizaines d'élèves ou parents qui connaissaient bien les familles Monsonégo et Sandler.

Mais en ce qui concerne la famille Monsonégo, les murs qui se dressent sont aussi impressionnants que le portail, les barbelés et les caméras qui entourent désormais Ohr Torah. Inatteignables. Contrairement à Samuel Sandler, le père de Jonathan et grand-père d'Arié et Gabriel, qui continue de témoigner, contrairement aussi à Eva Sandler, la veuve de Jonathan et maman des garçons qui a monté son association et accepte de temps à autre de répondre aux questions des journalistes, Yaacov Monsonégo n'a accordé que deux interviews à des médias français en dix ans, à France Inter en 2015, à l'AFP en 2017. Son épouse Yaffa a accepté de parler à la télévision israélienne I24 en 2017, les images ont été revendues à BFM-TV. 

Tous deux continuent d'œuvrer pour Ohr Torah, à Toulouse. Dans l'ombre. En 2017 puis en 2019, ils n'ont pas assisté aux procès du frère du terroriste, Abdelkader Merah. Ils ne viennent pas non plus, ou très rarement aux cérémonies officielles en France. 

Ce dimanche 20 mars, ils ne seront pas à la Halle aux Grains aux côtés des chefs d'État et d'autres familles endeuillées. Emmanuel Macron ira lui-même saluer le couple à l'école, lors d'un temps où la presse n'est pas autorisée.

Dans l'entretien qu'il avait accordé à Laetitia Saavedra de France Inter en 2015, le Rav Monsonégo confiait vivre "en marge de la vie".

"Tout est fade. (...)  C’est horrible tous les jours. Il n’y a pas de mots pour ça. Le temps n’arrange pas les choses. Avec le temps, la douleur n’est pas la même. Elle évolue, elle change. Ca nous rattrape tout le temps, dès qu’on a l’impression de retrouver une certaine normalité. A l’école par exemple, je traite les problèmes. Mais une fois que c’est fait, la vie est insupportable. Le week-end par exemple, c’est un moment heureux pour les gens. Pour nous, ma femme et moi, c’est insoutenable. On se retrouve avec nous-mêmes. C’est une souffrance. On attend la fin du week-end avec impatience."

Myriam repose au cimetière Guivat Shaul de Jérusalem, non loin de la tombe des Sandler.

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