Société

Un an après Charlie, certains musulmans de Bordeaux se sentent stigmatisés

Par Rebecca Gil, France Bleu Gironde mardi 5 janvier 2016 à 7:00

Certains musulmans bordelais ressentent un changement dans le regard des gens
Certains musulmans bordelais ressentent un changement dans le regard des gens © Maxppp

Un an après les attentats de Charlie, certains musulmans du quartier Saint Michel à Bordeaux ressentent un réel changement de regard et de comportement des gens envers eux. Certains font l'objet d'altercations racistes, parfois à peine voilées.

Ce n'est pas comme si l'ambiance était devenue délétère, la plupart des musulmans du quartier Saint Michel sont d'accord pour le dire. Mais plusieurs observent tout de même quelques changements dans le comportement des gens. "On sent que le regard a changé, les gens sont sur le qui vive, surtout en ce qui concerne les femmes voilées. Je le vois notamment dans les grandes surfaces. Ma femme porte le voile, elle n'a pas envie de partir seule dans un commerce. Elle a peur de se faire insulter. Ce n'est jamais arrivé mais il suffit de voir les regards, ils en disent beaucoup" explique Abdel. Tarik est du même avis : "les gens sont réticents, craintifs. On est comme avant mais les gens eux, ont changé. On ne peut rien y faire, alors on subit, et on surveille nos arrières, nos femmes. On ne sait jamais, il peut y avoir des représailles." 

Les femmes, particulièrement visées

Souad fait régulièrement les frais d'altercations racistes, à peine voilées. Des regards noirs, ou parfois fuyants la plupart du temps. Elle a donc décidé d'enlever le voile dans certains endroits pour éviter les problèmes : "on est mal vus, visés. Je sais que quand je vais quelque part pour faire des papiers, dans des endroits publics, j'enlève mon foulard car tout le monde me regarde. Cela me fait de la peine."

Certains se sentent clairement stigmatisés

"Certains musulmans fuient les mosquées"
— Un ancien imam à la retrait

Un ancien imam, aujourd'hui à la retraite, constate un certain malaise, voire même une peur chez certains fidèles. "A cause d'un groupe d'individus que l'on ne sait pas comment qualifier, on subit le regard, on est stigmatisé, on a de l'angoisse, de la peur, un mal-être. Certains évitent d'aller à la mosquée, ils n'envoient plus leurs enfants à l'école coranique, parce qu'ils ont peur. Peur que leurs enfants se radicalisent, peur aussi de faire les frais de représailles. La preuve, c'est que même le gouvernement protège les mosquées et lieux de culte, car il peut y avoir des débordements, des gens qui interprètent mal et qui font porter la responsabilité à des citoyens musulmans comme les autres."

"Nous ne sommes pas responsables de ces barbaries. Nous en sommes les premières victimes"
— Un ancien imam à la retraite

Il regrette un véritable changement de considération des gens envers les musulmans : "on doit tout le temps se justifier, on nous pose tout le temps des questions auxquelles on ne peut pas répondre, puisque nous sommes de simples spectateurs, on subit. A chaque fois qu'il y a un événement comme celui-là,  des prétendus musulmans qui font n'importe quoi, c'est toute la communauté musulmane qui est visée. Pourtant nous aussi nous sommes des victimes."

Il reste tout de même optimiste pour l'avenir : "heureusement, avec le temps, ça tend à se dissiper. On espère que ça se calmera, pour qu'il y ait la paix et que l'on puisse vivre tranquillement. Il faut garder espoir, ce sont des moments difficiles mais on appartient à cette société, tout le monde mérite de vivre en paix."