Société

Un an après Charlie, les étudiants en journalisme à Bordeaux plus déterminés que jamais

Par Rebecca Gil, France Bleu Gironde et France Bleu mercredi 6 janvier 2016 à 7:17

Les étudiants de l'IJBA, fiers de pouvoir un jour prendre la relève
Les étudiants de l'IJBA, fiers de pouvoir un jour prendre la relève © Radio France - Rebecca Gil

Un an après les attentats terroristes qui ont fait onze morts dans ses locaux, Charlie Hebdo sort son nouveau numéro spécial ce mercredi. Un anniversaire qui rappelle beaucoup de souvenirs aux étudiants en journalisme à l'IJBA, déterminés à prendre la relève fièrement.

A l'IJBA (Institut du Journalisme de Bordeaux Aquitaine), il n'y a plus d'affiches Charlie sur les fenêtres mais lorsqu'on évoque les attentats, les souvenirs remontent très vite.  Les étudiants sont parmi les premiers à s'être mobilisés le 7 janvier dernier, deux heures à peine après les attentats, ils se sont réunis pour une minute de silence. Justine Pluchard, étudiante en master 2 en presse écrite se souvient d'une présence policière renforcée devant l'école : "ça a pris une importance plus symbolique pour moi, je me suis souvenue que j'étais une journaliste en devenir, et rien que pour ça je suis potentiellement une cible." 

Nous sommes la relève 

— Justine Pluchard, étudiante en presse écrite

Du haut de ses 25 ans, Justine l'assure : pas question d'abandonner l'idée de devenir journaliste, bien au contraire : "j'avais plutôt un sentiment de colère, de ne pas avoir encore assez de poids pour montrer qu'on était là, qu'il y a d'autres générations derrière ceux qui ont été assassinés, que ça va continuer... Ça a renforcé ma volonté de devenir journaliste." 

Comme elle, Alice Fimbel-Bauer, future journaliste de télévision a été bouleversée par ces événements : "Des attentats il y en a presque tous les jours dans le monde entier, pourtant on ne se rend pas vraiment compte de ce que ça représente. Mais là, on a eu vraiment l'impression d'être touchés en plein coeur, parce que les dessinateurs de presse sont des journalistes. Et moi, je suis une future journaliste." 

Pourtant, elle aussi n'a jamais pensé à lâcher son rêve : "Ça ne m'a même pas traversé l'esprit, au contraire on avait envie de se battre. On était énervés, effondrés, mais on a eu envie de montrer aux gens qu'il ne fallait pas toucher une profession aussi importante que journaliste. Un journaliste, c'est comme un boulanger, on en a absolument besoin."

"Les attentats ont renforcé ma volonté de devenir journaliste" Justine Pluchard

La peur, inévitable

Malgré tout, ils ne le nient pas, la peur est bien présente. "Il faut le dire clairement, ça fait peur, pas que d'un point de vue physique ou sécuritaire. On a pas seulement peur de l'autre mais aussi de ses propres réactions. Notre boulot, c'est d'informer et d'éviter au maximum les amalgames, les a priori ou les clichés. Le problème, c'est que c'est humain d'en faire soi-même quand on a peur, quand on est en colère. Ce qui fait peur, c'est que le type le mieux intentionné du monde peut perdre son sang-froid dans une situation comme celle-là," explique Yacine Taleb, étudiant en presse écrite.

"Ça fait peur de se dire que l'on peut faire des erreurs" Yacine Taleb

Valentin Pasquier, étudiant en presse écrite a choisi de son côté de s'exprimer à travers les dessins.

Le dessin pour comme moyen d'expression - Aucun(e)
Le dessin pour comme moyen d'expression - Valentin Pasquier

Toute la symbolique des attentats retranscrites dans un dessin - Aucun(e)
Toute la symbolique des attentats retranscrites dans un dessin - Valentin Pasquier

L'école pour répondre aux questions

A l'IJBA, il a fallu prendre les choses en main très rapidement pour répondre aux nombreuses attentes des étudiants. Il y a eu de nombreux moments de réflexion, de débats notamment à propos du traitement médiatique des attentats qui a fait beaucoup parler, mais aussi des échanges avec des spécialistes et experts de plusieurs domaines, notamment le Moyen-Orient. 

"Au départ, comme tous les citoyens, les étudiants étaient dans l'émotion, dans une sorte de silence révolté mais ils ont vite compris que les enjeux étaient ailleurs, qu'il fallait prendre du recul et voir les choses autrement. Nous avons voulu leur donner des clés pour mieux comprendre, on sentait qu'ils avaient besoin d'être accompagnés dans ces moments difficiles professionnellement et aussi en tant que citoyens. Nous avons essayé de développer leur sens critique, c'est le défi auquel nous avons confronté nos étudiants en journalisme."

"Les étudiants avaient besoin d'être accompagnés" Maria Santos Sainz

Aujourd'hui, quel bilan ?

Après un an, le bilan est plutôt mitigé. Pour Justine Pluchard, c'est la déception : "Ça fait bizarre de se dire que ça fait déjà un an. Au final, on est toujours aussi libre, Charlie est toujours là, ses une font toujours parler, donc on se dit finalement rien n'a changé, mais en même temps tout a changé. J'ai eu de l'espoir après la colère quand j'ai vu la mobilisation du 11 janvier, mais un an après, on se rend compte que peut-être pas vraiment."  En tout cas, on sent chez ces futurs journalistes qu'au fond, il y a toujours cette fierté de pouvoir un jour prendre la relève.

"Rien n'a changé, en même temps tout a changé" Justine Pluchard

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