Société

Un défilé de mode dans les murs du centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan

France Bleu Gironde jeudi 9 avril 2015 à 18:41

Pendant le défilé

Neuf femmes, habillées par les grands couturiers, ont défilé jeudi après-midi à la maison d'arrêt de Gradignan devant les autres détenues. L'aboutissement d'un projet qui vise à mieux préparer leur réinsertion en leur redonnant confiance en elles.

Drôle d'endroit pour un défilé de mode : jeudi après-midi, au centre pénitentiaire  de Gradignan, neuf femmes, en détention préventive ou condamnées à de courtes peines, ont défilé devant leurs co-détenues dans des tenues prêtées par des grands couturiers.

C'est l'épilogue d'un programme mené depuis novembre dernier. Incarcérées au quartier des femmes, elles ont suivi régulièrement une dizaine d'ateliers sur le maquillage, la coiffure, le conseil en image avant de jouer les mannequins d'un jour. But de ce projet mené avec des coiffeuses et des esthéticiennes bénévoles : aider ces femmes à mieux vivre leurs corps et leur féminité, et à préparer ainsi leur sortie de prison.

Deux des mannequins du jour

Coiffées, maquillées et habillées par de grands créateurs, ces mannequins sont apparus radieux sous les applaudissements d'un public enthousiaste.

"Cela fait fait énormément plaisir. C'est une belle occasion de sortir de notre quotidien, on a presque oublié  qu'on était en prison. Ce n'est pas souvent qu'on peut se sentir femme comme on s'est senti aujourd'hui" -Luisa, en prison depuis 2 ans.

Cette féminité, ces détenues ont appris à la découvrir ou la redécouvrir en participant pendant six mois à des ateliers où elles ont appris à prendre soin d'elles.

"Quand on arrive en prison, on se laisse aller. On ne se coiffe plus, on ne se maquille plus. Avec ce défilé, çà a permis de se dire : non, on est encore femme, on est belle, il ne faut pas s'abandonner" - Fatima

Pendant les préparatifs

 

"Pour moi, c'est une revanche sur la vie, sur beaucoup de choses. Dehors, on n'aurait peut-être pas eu l'opportunité de le faire. On n'a pas toutes des tailles mannequin et là, tout le monde avait droit d'y participer. Qu'on soit grande, petite, grosse ou mince, tout le monde avait le droit d'en profiter" Nathalie

Et les bénévoles qui les ont encadré durant ces six mois reconnaissent qu'elles les ont vu se transformer au fil des séances, et qu'elles leur sont apparues sous un jour nouveau durant ce défilé.

"C'était juste merveilleux de voir dans leurs yeux toutes ces lumières et ces sourires. Elles se sont surpassées, elles ont montré une facette d'elles qu'elles n'avaient jamais montré.Ca va vraiment permettre à ces femmes de s'aimer, car on ne peut pas trouver du travail et un logement en sortant de prison si on refuse de s'aimer ou de s'accepter" -Viriginie Rollet-Girard, coiffeuse.

Le final avec les mannequins et les bénévoles qui les ont encadré

Réussir la réinsertion de ces détenues en les valorisant dans leur image, c'est bien le but recherché par ce projet, intitulé "La féminité au-delà des murs".

"On a constaté des modifications de comportement, elle réaprennent à se regarder, à se trouver belles, à se trouver féminines, à se complimenter les unes les autres. Elles aprennent à s'ouvrir aux autres, à communiquer davantage. Tout cela les aidera lorsqu'elles rechercheront du travail, même quand elles retrouveront leurs familles. Cela va les aider à se sentir mieux dans leur peau tout simplement" - Véronique Lavigne, socio-esthéticienne, responsable de l'association Instants de Beauté, partenaire du projet.

"On les aide à se sentir mieux dans leur peau , pour la suite".

"On a presque oublié qu'on était en prison"