Société

Un journal gratuit diffusé dans la vallée de la Roya crée la polémique

Par Marion Chantreau, France Bleu Azur et France Bleu mercredi 6 septembre 2017 à 18:04

Un village de la Vallée de la Roya
Un village de la Vallée de la Roya © Radio France - Marion Chantreau

Un journal gratuit diffusé cet été à près de 5.000 exemplaires dans la vallée franco-italienne de la Roya fait polémique. Il prend notamment pour cible les défenseurs des migrants. 23 habitants ont porté plainte et une enquête préliminaire est ouverte par le parquet de Nice.

Quatre commerçants de la vallée de la Roya sont convoqués au tribunal ce vendredi 8 septembre pour avoir mis à disposition de leurs clients un journal qui fait polémique. Vingt-trois personnes ont déposé plainte pour diffamation, injure raciales, atteinte à la vie privée et au droit à l'image. En parallèle, le parquet de Nice a ouvert une enquête préliminaire, car ce journal qualifié de "brûlot" par le procureur de la République de Nice, n'a pas fait l'objet d'un dépôt légal.

Une publication exacerbe les tensions dans la vallée de la Roya, où le climat est déjà tendu

Des articles type tabloïd et des photos volées

Dans la vallée, tout le monde a entendu parler des deux numéros parus cet été, sous ce titre "A Vugi d'a la Roya", "la voix de la Roya" et son auteur obscur, Rodolpho Di Borga qui distribue son journal dans des commerces.

En fait, un certain Rodoplphe Crevel, il se définit comme anarcho-royaliste et a déjà été condamné pour provocation à la discrimination raciale. Sont visés dans ses articles, mis en page façon tabloïd, les franc-maçons, les gauchistes, les défenseurs des migrants...

Cela provoque des tensions dans les villages. Nous n'avions pas besoin de ça.

Claudie Avram apparaît en Une du numéro du mois d’août avec cette légende : "la passionaria de la gauche hippie". Elle a porté plainte et considère que "le journal va très loin dans la diffamation, le mensonge, l'insulte. Il y avait déjà des tensions dans les villages, autour de la question des migrants notamment, nous n'avions pas besoin de ça".

Sylvia Grossmann, conseillère municipale à Breil sur Roya, a très mal pris la démarche : "ce journal cherche à monter les gens les uns contre les autres. Son auteur écrit sous pseudonyme et n'assume pas ses paroles. Il y a des humiliations, des informations mensongères."

Ce journal a dit une partie de la vérité, il n'a fait que retranscrire ce qu'une partie de la population ressent. Avec les migrants, il y a moins de touristes et on commence à avoir une image comme celle de Calais.

Si les chiffres du tourisme dans la vallée de la Roya cet été sont stables, le ressenti de plusieurs commerçants ou habitants est qu'"on parle trop de la question des migrants", de plus, "la présence des autorités, gendarmes, police, qui en permanence fouillent les coffres des automobilistes, ne crée pas un climat serein."

Parmi les soutiens de l'auteur, Rodolphe Crevel, qui n'a pas souhaité nous répondre, Nicolas Zahar, un commerçant de Tende, candidat aux dernières législatives à Menton, soutenu par Jean-Marie Le Pen. Lui aussi, qui se présente comme royaliste, refuse de parler aux journalistes. Il souligne toutefois qu'une bonne partie de la population, excédée par la publicité faite à Cédric Herrou et à ses amis défenseurs des migrants, a bien reçu ce journal.

Une enquête ouverte par le procureur de la République

Toujours est-il que le procureur de la République de Nice, Jean-Michel Prêtre, a ouvert une enquête préliminaire confiée à la gendarmerie de Menton. En parallèle du volet pénal, quatre commerçants sont assignés en référé au Tribunal de Nice, vendredi, suite aux 23 plaintes déposées. L'objectif des plaignants est de stopper la diffusion du journal.