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CARTE - Canicule : 78 départements désormais en vigilance orange
Société

Vendée : le médecin d'un Ehpad lance un ultimatum aux autorités face à "l'urgence" du manque de moyens

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Loire Océan, France Bleu

Le médecin coordinateur de l'Ehpad de Notre-Dame-de-Monts menace de démissionner dans les deux mois si l'établissement n'obtient pas de personnel supplémentaire. Il alerte sur la "bombe à retardement" de la dépendance.

Le docteur Marcellin Meunier à l'Ehpad des Oyats, à Notre-Dame-de-Monts en Vendée.
Le docteur Marcellin Meunier à l'Ehpad des Oyats, à Notre-Dame-de-Monts en Vendée. © Radio France - Marc Bertrand

Notre-Dame-de-Monts, France

"Mon ultimatum est simple : il nous faut plus de personnel", tonne le docteur Marcellin Meunier. Gériatre, médecin libéral à Notre-Dame-de-Monts, il est aussi le médecin coordinateur de l'Ehpad municipal de la commune de 2.000 habitants sur la côte vendéenne. Le 5 mai, il a lancé un appel sur facebook pour dire qu'en dix ans, il n'a "jamais connu une situation comme ça". Si rien ne bouge d'ici deux mois, il menace de démissionner

On a 15 personnels en arrêt, dont la directrice de l'Ehpad, ceux qui restent sont épuisés. Je crains un drame humain pour le personnel"
- Marcellin Meunier

Son message cumule déjà plus de 12.000 partages. "Les soignants, je les vois pleurer tous les jours. Ils n'ont plus de vie personnelle, ils sont épuisés, leurs repos sautent du jour au lendemain et ils doivent revenir travailler. Il y a un risque de catastrophe humaine", dit le docteur. Sur les 55 membres du personnel en équivalents temps-plein, 15 sont en arrêt. Le turnover est énorme, "sur les quatre infirmières, il nous en reste une seule, les autres sont parties"

Un quart du personnel en arrêt

La raison ? L'épuisement : "Il y a quinze ans, les gens arrivaient à 84 ou 85 ans et pouvaient marcher ou manger seuls", explique Marcellin Meunier. "Aujourd'hui ils arrivent de plus en plus tard dans leur vie, il faut les nourrir, attendre qu'ils déglutissent, les coucher, les changer, et si on a le temps, leur dire un petit mot. Avec les effectifs qu'on a, on n'y arrive plus", dit le médecin. 

On nous dit : c'est partout pareil. Eh bien non, moi je ne serai pas maltraitant. Soit on me donne des moyens, soit j'arrête. Ce n'est plus un choix médical, c'est un choix de société. Nos Ehpad sont des bombes à retardement"
- Marcellin Meunier

Les aides-soignants abondent : "Certains jours, on est tellement peu, on n'a pas le temps de faire des douches, de changer les lits. On ne peut pas travailler comme ça". La directrice de l'Ehpad étant elle-même en arrêt maladie, les soignantes sont en autogestion. "Mais je mettrais ma mère dans cet Ehpad les yeux fermés, tellement les 'filles' sont soudées et impliquées dans leur métier", assure le médecin.

"Il y a beaucoup de déni des autorités"

Le problème selon lui, ce sont les "tutelles" : "L'ARS, le département, ils ne font rien pour faire face à l'urgence. On a besoin de moyens, c'est-à-dire de personnel. Que comptent-ils faire pour remplacer la directrice en arrêt ? On n'en sait rien". Les deux instances sont responsables avec la CPAM du financement des établissements, l'un pour le côté soin, l'autre pour la structure. 

Je passe pour quelqu'un d'excessif, autour de moi il y a beaucoup de déni, des autorités dont chacune dit qu'elle n'est pas responsable, que les autres y arrivent alors pourquoi pas nous. Cet ultimatum, c'est mon dernier moyen de faire remuer les choses"
- Marcellin Meunier

Le maire de la ville, responsable de l'Ehpad, assure qu'il "soutient à 100% le personnel" de l'Ehpad. Raoul Grondin a "écrit plusieurs fois à l'ARS" pour demander des moyens supplémentaires pour son établissement. "A chaque fois ils m'ont renvoyé dans mes cordes. Avec l'ARS, on est face à un mur", assure-t-il. 

Le médecin dit avoir reçu de nombreux soutiens d'autres médecins coordinateurs partout en France, qui l'ont encouragé à parler : "En quatre jours, on a dépassé les 10.000 partages. J'ai aussi écrit à M. Macron et à la ministre de la Santé. J'attends leur réponse". 

L'ARS a "découvert la crise sur Facebook"

Du côté de l'Agence Régionale de Santé (ARS) des Pays de la Loire, on explique : "On n'avait pas eu vent de cette situation de crise, qu'on découvre sur les réseaux sociaux. Elle ne nous avait pas été notifiée par le conseil d'administration" de l'Ehpad, donc le CCAS dirigé par le maire. L'ARS précise que cet Ehpad n'était pas en haut de la liste, vu le très bon niveau des soins et le fait qu'il n'a jamais été remonté de plainte des résidents ou des familles. 

Le problème, c'est en fait le CPOM : un contrat passé sur 5 ans qui définit le niveau de dotation financière de l'Ehpad en fonction du niveau de dépendance des résidents. Et en cinq ans, les résidents vieillissent. Et la situation peut devenir intenable. C'est le cas à Notre-Dame-de-Monts

Une réunion pour définir un nouveau CPOM a lieu le 6 juin", précise l'ARS, Agence Régionale de Santé

L'ARS indique aussi qu'elle va évaluer la situation à l'Ehpad de Notre-Dame-de-Monts pour éventuellement apporter une réponse via le pacte régionale Ehpad, qui prévoit des aides financières d'urgence en cas "situations très préoccupantes". 

Par contre, pas question de trouver un directeur par intérim pour remplacer la directrice en arrêt maladie. C'est à la mairie de le faire. En attendant, les plannings ne seront bientôt plus faits dans l'Ehpad de Notre-Dame-de-Monts, faute d'avoir quelqu'un qui ait le temps de les faire. Il y a 25 horaires différents à remplir sur une journée, avec un quart de l'effectif en moins. Un sacré casse-tête.