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Économie – Social

Un mois de grève pour les femmes de chambre de l'hôtel Ibis Clichy-Batignolles

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Par , France Bleu Paris, France Bleu

Un anniversaire un peu spécial pour les femmes de chambre et gouvernantes de l'hôtel Ibis Clichy-Batignolles. Ça fait un mois qu'elles sont en grève illimitée ce samedi 17 août. Employées par un prestataire, la société STN, elles dénoncent des cadences infernales et des salaires de misère.

Les femmes de chambre et gouvernantes de l'hôtel Ibis Clichy-Batignolles (XVIIe arrondissement de Paris) fêtent ce samedi 17 août leur premier mois de grève illimité.
Les femmes de chambre et gouvernantes de l'hôtel Ibis Clichy-Batignolles (XVIIe arrondissement de Paris) fêtent ce samedi 17 août leur premier mois de grève illimité. © Radio France - Nicolas Fillon

Paris 17, Paris, France

Un mois qu'elles sont en grève ce samedi 17 août. Elles sont une vingtaine de femmes de chambre et gouvernantes de l'hôtel Ibis Clichy-Batignolles à avoir cessé le travail depuis le 17 juillet dans cet établissement du XVIIe arrondissement de Paris. C'est le deuxième plus grand Ibis de France et d'Europe avec 700 chambres, derrière celui de l'aéroport Charles-de-Gaulle (Val-d'Oise). Une grève illimitée pour demander une hausse de la rémunération et protester contre les mauvais traitements. Employées par un prestataire, la société STN, un sous-traitant du groupe Accor, détenteur de la chaîne Ibis, ces travailleuses du nettoyage fêtent donc ce samedi 17 août à midi leur premier mois de mobilisation.

Depuis le 17 juillet, les femmes de chambre et gouvernantes de l'hôtel Ibis Clichy-Batignolles sont en grève pour protester contre leurs conditions de travail. - Radio France
Depuis le 17 juillet, les femmes de chambre et gouvernantes de l'hôtel Ibis Clichy-Batignolles sont en grève pour protester contre leurs conditions de travail. © Radio France - Nicolas Fillon

Et chaque jour, depuis le 17 juillet, c'est le même rituel devant le hall de l'hôtel parisien. Habillées de boubous tout en couleur et de gilets jaunes et rouges de la CGT des Hôtels de Prestige et Economiques (CGT-HPE), elles dansent, chantent, lancent des confettis, jouent du tambour, tapent sur des casseroles pour se faire entendre. En non-stop, du lundi au samedi, de 9h à 16h. On les entend de loin, très loin. 

Les femmes de chambre réclament la fin de la sous-traitance

Un spectacle assourdissant de près, à peine dérangé par va-et-vient des résidents de l'hôtel, pour la plupart étrangers, un peu déboussolés, et qui se voient remettre par les femmes de chambre la liste de leurs revendications. Ces salariées réclament notamment la fin de la sous-traitance, leur embauche directement par l'hôtel ainsi que le passage à temps complet des femmes de chambre à temps partiel.

"Ce sont nos principales revendications, pour bénéficier de meilleures conditions de travail, parce qu'ici, elles sont très, très, très difficiles", souffle Rachel, gouvernante depuis 2003 à l'hôtel. Cette femme de 45 ans, qui vit dans le Val-de-Marne et met chaque jour une heure pour aller travailler, dénonce des cadences infernales à l'Ibis Clichy-Batignolles, où elle gagne 1 400 € nets par mois, et embauche parfois à 6h30 du matin.

"Une femme de chambre qui a quatre heures de travail par jour, au lieu de s'occuper d'une vingtaine de chambres, elle se retrouve à en gérer 32. Nous, les gouvernantes, nous pouvons contrôler jusqu'à 130 chambres par jour, c'est trop, détaille-t-elle. Avec un tel rythme, nous tombons malades. Il y a des collègues qui ont mal au dos, aux pieds, aux bras... On ressent vraiment la fatigue. Quand tu arrives chez toi après le travail, tu ne peux rien faire tellement tu es claqué. Quand tu bosses six jours, avec un seul jour de repos, c'est encore pire ! Avec la sous-traitance, tout est permis !"

Les conditions de travail ne sont pas bonnes(Sylvie, femme de chambre à l'Ibis Clichy-Batignolles)

Sylvie, la cinquantaine, confirme : "Beaucoup ont déjà été en arrêt maladie, parce que les conditions de travail ne sont pas bonnes. Nous ne sommes pas des robots, mais des êtes humains !" Sept ans qu'elle est femme de chambre à l'Ibis Clichy-Batignolles, Sylvie. Pour un salaire de misère et des heures supplémentaires non payées. Elle aussi met une heure, depuis Bondy (Seine-Saint-Denis), pour se rendre à l'hôtel.

Chaque jour depuis le 17 juillet et le début de la grève, une vingtaine de femmes de chambre et gouvernantes de l'hôtel Ibis Clichy-Batignolles font un joyeux vacarme devant le hall de l'établissement. - Radio France
Chaque jour depuis le 17 juillet et le début de la grève, une vingtaine de femmes de chambre et gouvernantes de l'hôtel Ibis Clichy-Batignolles font un joyeux vacarme devant le hall de l'établissement. © Radio France - Nicolas Fillon

"Combien de temps vais-je encore devoir travailler pour avoir une retraite décente ? On nous demande plus, mais à la fin du mois, il n'y a rien, avoue-t-elle. Je gagne entre 700 et 800 € par mois, et je fais jusqu'à 40 chambres par jour. C'est énorme, et on t'oblige à le faire, en te menaçant de licenciement par exemple. Déjà que le boulot est pénible, et que tu dois prendre je ne sais combien de dolipranes en rentrant à la maison tellement tu es KO... Ce qu'on veut, c'est la baisse de cadence, que les heures supplémentaires soient payées, ainsi qu'une prime de repas à 7,24 €. Et à la place, on nous propose 1,80 €, ainsi qu'un distributeur de boissons. De qui se moque-t-on ? Il nous faudrait aussi une tenue supplémentaire. En fait, il y a plein de choses qui ne vont pas."

Une grève qui pourrait perdurer

Soutenues financièrement par une cagnotte en ligne tenue par la CGT-HPE, en première ligne avec les salariées dans cette lutte, les femmes de chambre et gouvernantes de l'hôtel Ibis Clichy-Batignolles promettent de faire durer la grève. "Un mois de lutte, c'est vrai que c'est dur, mais ça ne l'est pas tant que ça, en fait, reconnaît Rachel. Parce que quand tu veux quelque chose, tu vas jusqu'au bout. La grève, on la fait sous la pluie, sous le soleil, on laisse notre famille, on vient comme si on allait au travail. On tiendra bon, je sais qu'on va gagner cette lutte."

Sylvie, embraye : "On doit aller jusqu'au bout. On tiendra trois mois, six mois... On chante, on danse, on crie nos revendications, toute la journée, pour qu'on nous entende. Il faut réclamer nos droits. On ne doit pas lâcher, le combat continue !"

D'autres conflits du même type ont eu lieu l'an dernier dans des hôtels franciliens. 111 jours de grève pour les salariées du Holiday Inn de Clichy, des femmes de chambre essentiellement, qui ont obtenu gain de cause. Dans le IIe arrondissement de Paris, c'est une partie du personnel en charge du nettoyage du palace parisien Park Hyatt Vendôme qui avait réussi à se mobiliser durant 87 jours avec succès.

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