Société

VIDEO - Un musicien bordelais a joué dans la jungle de Calais : "Ça vaut tous les Zénith de la terre !"

Par Yves Maugue, France Bleu Gironde et France Bleu mardi 18 octobre 2016 à 18:21

David Carroll (à droite) a joué dans la jungle de Calais.
David Carroll (à droite) a joué dans la jungle de Calais. - © Maxppp © Fred le Gitan

David Carroll était ce week-end à Calais, dans la fameuse jungle dont le démantèlement est annoncé pour les prochains jours. Il a donné un concert pour les migrants. Un moment fort qu'il nous raconte.

David Carroll fonctionne à l'impulsion. C'est un peu sur un coup de tête qu'il s'est rendu avec d'autres amis musiciens ce week-end dans la jungle de Calais. Ses parents ont connu la migration, des Etats-Unis à l'Irlande ou l'Angleterre. "Je suis moi-même immigré, même si je suis venu très jeune en France", explique celui qui s'est installé à Bordeaux il y a cinq ans. Il chante du folk irlandais et revendique chez les musiciens "un côté nomade". Son groupe, dont le dernier album est sorti à la mi-septembre, s'appelle David Carroll and The Migrating Fellows, en français les "compagnons de migration". Il témoigne de ce concert pas comme les autres donné samedi soir à Calais.

France Bleu Gironde : Comment est né ce concert ?

David Carroll : Cela fait longtemps que je voulais aller jouer dans la jungle de Calais. La semaine dernière, j'étais à Paris avec un ami photographe, Jean Larrive, qui fait un travail sur les constructions dans la jungle et sur des portraits avec des témoignages de réfugiés. Il m'a dit : "Si tu veux, on y va demain." J'étais à Paris pour des rendez-vous de business de la musique qui me sont tout de suite apparus assez dérisoires et on est parti le lendemain. Je l'ai suivi dans son travail photographique et j'ai découvert cet endroit qui est quand même le plus grand bidonville d'Europe, avec des gens qui ont tous des parcours extrêmement difficile. J'ai pris une bonne grosse claque. On s'attend à quelque chose d'horrible et, en fait, l'ambiance du lieu est très attachante avec beaucoup de sourires, d'échanges et d'humanité. J'ai tout de suite eu envie d'y retourner. Je suis revenu à Bordeaux, j'ai passé quelques coups de fil à des copains musiciens (Vlad, un musicien de la Creuse, et Jacques Daoud, de Paris, NDLR) et on a monté une petite équipe pour y jouer samedi soir.

Comment s'est organisé le concert sur place ?

C'est la jungle, donc c'est le règne de l'impro. Au cœur de la jungle, il y a une rue principale appelée "Main street" où se trouvent les petites boutiques et les cantines. On est allés voir les responsables de ces cantines. Les deux premiers n'ont pas voulu. Avec le démantèlement annoncé de la jungle, ils avaient peur que ça ne se passe pas bien. Le troisième, qui s'appelle Sammy, a accepté. Le lieu est plutôt sympa, avec d'un côté "Main street", et de l'autre, les étangs. Quand on s'est installé, il y avait le coucher de soleil sur les étangs, c'était assez joli. Pendant l'installation, une bagarre s'est déclenchée juste devant nous, ce qui nous a confirmé la tension qui règne là-bas. Ça s'est vite calmé et on s'est mis à jouer tout de suite. Une centaine de personnes se sont regroupées autour de nous et grâce au talent de showman de Jacques Daoud, l'ambiance a basculé. Les regards un peu vides des réfugiés se sont illuminés et c'est parti en danse et en chants partagés pour moment très chouette.

Un moment dont on se souviendra toute notre vie.

Quel sentiment cela vous laisse-t-il ?

Ce qui est génial et à la fois terrible, c'est que pour les réfugiés, c'était une heure de parenthèse joyeuse dans une vie et un parcours extrêmement difficile. C'était juste une respiration. Alors que pour nous, c'est un moment dont on se souviendra toute notre vie. D'avoir pu donner ce moment-là, à cet endroit-là, et à ce public-là. Pour moi, ça vaut tous les Zénith de la terre. C'est là que j'ai envie de chanter et de faire mon boulot. On a beaucoup reçu d'énergie et de reconnaissance.

Dans le dernier album signé David Carroll and The Migrating Fellows, vous signez un titre "Nulle part où aller" consacré aux migrants de Calais. C'est une thématique qui vous inspire ?

J'écris plutôt dans l'urgence quand je suis touché et profondément ému par quelques chose, et la situation des réfugiés et l'accueil qu'on leur fait en France et en Europe est quelque chose qui me révolte. Cette chanson est venue de là. En plus, c'est l'une des premières fois que j'enregistre en français. C'est une chanson importante dans le disque.

Extrait vidéo du concert dans la jungle de Calais

Les participants de ce concert improvisé dans la jungle de Calais : Jacques Daoud (chant), Vlad (guitare), David Carroll (guitare, chant, harmonica). Filmé par Fred Le Gitan.

"Nulle Part où aller", le titre consacré aux migrants

Nulle part où aller

David Carroll and The Migrating Fellows

Voici le clip du premier single du dernier album du groupe :

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