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Un psychiatre d'Arcachon poursuivi après le suicide d'un patient

France Bleu Gironde mercredi 30 avril 2014 à 10:59 Mis à jour le jeudi 1 mai 2014 à 7:30

Le Palais de Justice de Bordeaux
Le Palais de Justice de Bordeaux © Radio France

Le docteur Christian Gaussares était jugé mercredi après-midi devant le tribunal correctionnel de Bordeaux notamment pour mise en danger de la vie d'autrui. Il avait testé un nouvel anti-dépresseur sur huit de des patients. L'un d'eux s'était immolé par le feu deux mois après le début du traitement.

Six mois de prison avec sursis ont été requis mercredi soir contre le docteur Christian Gaussarès, un psychiatre d'Arcachon, poursuivi notamment pour mise en danger de la vie d’autrui. Il avait testé pour le laboratoire danois Lundbeck un anti-dépresseur sur 21 de ses patients… Or, huit d'entre eux n'auraient jamais dû être inclus dans cette étude clinique, vu leurs antécédents médicaux et les pathologies dont ils souffraient. Un de ces patients s'était même suicidé  en s'imolant par le feu deux mois après le début du traitement.

A la barre, lors d'une audience qui a duré plus de 10 heures, le psychiatre, ancien chef de l'Unité des malades difficiles de l'hôpital de Cadillac, s'est défendu en rejetant la faute sur les autres.

"Ce n'est pas moi qui ai mis mes patients en danger, explique le psychiatre, mais le laboratoire qui m'a mis en danger."

Le prévenu explique que c'est le laboratoire Lundbeck qui l'a poussé à inclure dans les essais cliniques autant de patients - 21 au total - , alors que l'étude aurait dû porter sur six patients. Il affirme que c'est ce labo aussi qui lui a demandé d'inclure même les patients qui auraient dû en être exclus en raison de leur état de santé .

Concernant cet homme qui a mis fin à ses jours alors qu'il était dépressif et qu'il avait déjà fait une tentative de suicide, le psychiatre répond qu'il n'était pas au courant.

"Son médecin me l'avait envoyé pour anxiété, pas pour une dépression."

"Le médecin rejette la faute sur les autres"

 

Tout au long de l'interrogatoire, le tribunal a mis en lumière les entorses au protocole, le non respect des procédures dans le suivi médical. Pour les parties civiles, cette accumulation de violations du protocole était guidée uniquement par l'appât du gain.

"Plus il inclut de patients dans ces essais, plus le psychiatre gagne de l'argent, et ça l'amène fatalement à faire prendre des risques pour la santé de ses patients." — Maitre Daniel Rumeau

Selon l'avocat du médecin, la prise de ce médicament n'est pas la cause du suicide.

"Il y a peut-être des raisons sentimentales ou autres, un suicide par définition est inexplicable." — Maître Arnaud Dupin

Finalement, le médicament n'a jamais été commercialisé, mais ces essais ont permis au psychiatre arcachonnais d'empocher 128.000 euros à travers deux associations dont la justice dénonce aussi le fonctionnement nébuleux, puisqu'il est aussi poursuivi pour blanchiment de fraude fiscale.

Le jugement a été mis en délibéré. 

La prise de ce médicament a-t-elle été la cause du suicide ?

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