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Un résistant corse fusillé par les Allemands près de Toulouse identifié 73 ans plus tard

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Par , France Bleu RCFM, France Bleu Occitanie
Castelmaurou, France

L'incroyable histoire des fusillés du bois de la Reulle au nord de Toulouse connait un nouveau rebondissement. Grâce au travail de fourmi de l'association, l'un des deux derniers inconnus tués par les Allemands en 1944 a été identifié. Il s'agit d'un ancien soldat corse, passé dans la Résistance.

L'acte de décès de Jean-Baptiste Giorgetti dressé par la justice toulousaine, le 16 octobre dernier.
L'acte de décès de Jean-Baptiste Giorgetti dressé par la justice toulousaine, le 16 octobre dernier. © Radio France - Bénédicte Dupont

Ils sont cinq. Cinq anonymes, sur les quinze résistants exécutés dans le bois de la Reulle limitrophe des communes de Gragnague et Castelmaurou par les nazis en juin 1944, restés en terre pendant trois mois, découverts à la Libération puis inhumés au cimetière toulousain de la Fourguette en septembre 1944, avant d'être transférés au cimetière de Castelmaurou en 1990. Depuis 2008, une association toulousaine, le Groupe de Recherches des fusillés du bois de la Reulle, tente d'identifier ces inconnus. Sur ces cinq résistants, trois ont désormais un nom et leur famille une histoire à raconter. Après un aviateur belge, un ancien militaire parisien et un instituteur ardennais identifiés entre 2012 et 2014, le Groupe de Recherche a révélé le nom d'un quatrième, un résistant corse.

L'intégralité de l'entretien avec Georges Muratet, président du Groupe de Recherche des fusillés du bois de la Reulle, avec Bénédicte Dupont (29 minutes)

Georges Muratet, le président du Groupe de Recherches, a retracé avec ses camarades l'histoire de quatre résistants en six ans.
Georges Muratet, le président du Groupe de Recherches, a retracé avec ses camarades l'histoire de quatre résistants en six ans. © Radio France - Bénédicte Dupont

Jean-Baptiste Giorgetti, fusillé par les nazis à l'âge de 26 ans

De ce quatrième fusillé, le groupe de recherches n'avait au départ qu'un maigre indice, une paire de bottes de marque anglaise Camden qu'il portait. "On s'est dit que si c'était un Anglais, on n'était pas sorti de l'auberge. Après coup, on a compris qu'il avait de bonnes raisons de porter ces bottes là, puisqu'il a passé du temps à Londres avant de revenir en France, c'est d'ailleurs là qu'il rencontre une étudiante marseillaise à qui il fait un enfant." Un fils, Jean-Marie, né six mois après sa mort et qu'il ne verra jamais. En fait, c'est un procès-verbal d'un ancien résistant retourné par la Gestapo qui met l'association sur la bonne piste. Cet homme relate l'arrestation d'un Corse, au café de la Poste rue Rémusat à Toulouse, puis emmené à l'hôpital Purpan, "pour être soigné avant d'être torturé en geôle". Les historiens amateurs mènent alors l'enquête sur ce Corse car quand les corps ont été exhumés en septembre 1944, la population de Castelmaurou n'a pas reconnu cinq corps, cinq hommes probablement pas de la région. C'était bien le cas des trois anonymes ensuite identifiés. "Un corse, ça rentrait dans le créneau".

À Castelmaurou, une stèle rend hommage aux quinze résistants morts en 1944 dans son bois. JB Giorgetti est le 14ème identifié.
À Castelmaurou, une stèle rend hommage aux quinze résistants morts en 1944 dans son bois. JB Giorgetti est le 14ème identifié. - Mairie de Castelmaurou

L'association retrace tout le parcours de ce Jean-Baptiste Giorgetti, né le 20 février 1918 à Venaco, un village de Haute-Corse près de Corte. De son engagement dans l'Armée, ses campagnes notamment dans la Somme, son passage en Allemagne où il est fait prisonnier puis son retour en France et sa déception de retrouver une armée "d'armistice". Il est démobilisé et file dans le maquis corse, avant de rejoindre l'Algérie puis repéré par les hommes de De Gaulle, il se rend à Londres où il devient formateur en explosif. Il est renvoyé en France, alors que sa petite amie est enceinte. Il oeuvre alors dans le Lot-et-Garonne où il forme les résistants, en même temps, il appartient au groupe de résistance Vira à Toulouse. C'est là qu'il est arrêté avant d'être fusillé dans le bois de la Reulle avec les 14 autres résistants, le 27 juin 1944.

Quand j'ai appelé son fils pour lui dire que l'ADN avait parlé (NDLR : le 5 août dernier) et que c'était bien son père qui se trouvait à Castelmaurou, il m'a dit "si ça ne vous embête pas, je vais poser le téléphone, et pleurer un peu". Il ne l'a jamais connu mais s'était battu pour porter son nom, qu'il ne porte vraiment que depuis ses 50 ans.

L'association a retrouvé son fils Jean-Marie, aujourd'hui âgé de 72 ans. Sa mère, chassée par sa famille à Marseille quand elle est rentrée d'Angleterre enceinte, avait trouvé refuge chez les parents de Jean-Baptiste, en Corse. L'enfant a été élevé avec les souvenirs de sa mère, disparue très jeune, et la seule certitude que Jean-Baptiste Giorgetti était bien mort en résistant, à Toulouse, en 1944.

L'état civil et la justice toulousaine ont établi son acte de décès ce 16 octobre dernier. Un hommage officiel sera rendu à Jean-Baptiste Giorgetti ce samedi 21 octobre, dans son village natal de Venaco. Comme pour le troisième, Pierre Cartelet, sa famille n'a pas souhaité faire rapatrier ses ossements, pour qu'ils restent dans le caveau castelmaurousien aux côtés de ses frères d'armes. Son nom sera gravé sur le Monuments aux Morts de Venaco. Mort pour la France, au Bois de la Reulle, Haute-Garonne, le 27 juin 1944.

Le cinquième et dernier résistant à identifier : un indice, trois mouchoirs

Depuis que l'association a fait appel à un laboratoire de Strasbourg en 2011 pour dégager les ADN possibles, cinq ont été trouvés. Et grâce à leur recherches, avant Jean-Baptiste Giorgetti , trois autres hommes ont été identifiés, leurs familles retrouvées.

  • 2012 - Charley de Hepcée, Major-Aviateur de l'Armée de l'Air belge arrêté au Pont de la Taule en Ariège en avril 1944. Ses ossements ont été rendus à sa famille près de Namur au cours d'une cérémonie d'hommage national où le Roi de Belgique fut représenté. Sa fille, Rose, a déménagé pour habiter près de Toulouse, à Lectoure. Elle est très impliquée dans l'association.
  • 2012 - Marcel Joyeux, figure de la résistance du Sud de la France, originaire de Paris. Militaire démobilisé, membre du groupe Morange dit "les tueurs de Nazis". Il fut arrêté en mars 1944 rue des Chalets à Toulouse. Son fils, qui vit à Poitiers, a permis la comparaison ADN.
  • 2013-2014 - Pierre Cartelet, un instituteur originaire des Ardennes et parti résister dans les Pyrénées Orientales dans les réseaux Bourgogne et Alliance. Condamné à mort par contumace par la Gestapo perpignanaise, il fuit à Toulouse. Il rencontre l'amour à Villefranche-de-Rouergue en Aveyron, une femme qui ne l'oubliera jamais. Aujourd'hui encore à 93 ans, elle vient régulièrement se recueillir à Castelmaurou. Son identification fut plus compliquée puisqu'il n'a pas eu de descendance. Il a fallu exhumer sa propre mère.
Les ossements retrouvés dans le caveau de Castelmaurou. Cinq ADN ont pu être établis.
Les ossements retrouvés dans le caveau de Castelmaurou. Cinq ADN ont pu être établis. © Radio France - Julien Laignez

Reste donc un dernier fusillé à identifier, avec pour l'heure un seul indice : trois mouchoirs, un brodé de l'initiale "L", deux avec un "M". L'association lance un appel, au cas où quelque part en France, une famille chercherait un aïeul disparu.

Au début quand on a dit qu'on allait chercher l'identité des cinq, on nous a prit pour des fous. Aujourd'hui, on en est à quatre, on ne va pas faire la fine bouche !

Le Groupe de Recherches est composé de 27 amateurs toulousains, dont un ancien cheminot, un commissaire de police à la retraite ou encore un professeur de Montastruc,. Des fils et filles des trois fusillés identifiés ont aussi rejoint l'association. C'est une activité bénévole. Au printemps, ils ont sorti un livre "La Mémoire en bandoulière", qui s'est vendu à 600 exemplaires.

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