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Un sapeur-pompier landais au coeur des attentats de Paris : "On ne se dit pas que ça peut arriver en France"

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Par , France Bleu Gascogne
Mont-de-Marsan, France

Yves (c'est un prénom d'emprunt) est sapeur-pompier de Paris. Depuis 12 ans, ce Landais partage sa vie entre les Landes où il est installé avec sa famille et la capitale où il travaille. Vendredi 13 novembre, il était au cœur des attentats de Paris. Il témoigne sur France Bleu Gascogne.

L'hommage des Montois aux victimes des attentats de Paris
L'hommage des Montois aux victimes des attentats de Paris - Leïla Benjelloun

Yves est sapeur-pompier de Paris depuis 12 ans mais il continue à vivre dans les Landes, près de Mont de Marsan avec sa famille. Toutes les semaines, il prend le TGV à Dax pour se rendre dans sa caserne parisienne puis il le reprend en sens inverse la semaine suivante pour rentrer chez lui.

Vendredi 13 novembre, il était de garde. Sa soirée a commencé devant le match de football  entre la France et l'Allemagne et s'est terminée dans l'horreur des attentats, rue de Charonne puis dans le quartier du Bataclan.

Ecoutez l'intégralité du témoignage d'Yves.



Comment a commencé cette terrible nuit du vendredi 13 novembre pour vous ?

"J'étais devant le match de foot, ce qui m'a préoccupé c'est les deux déflagrations que j'ai entendues. Je me suis rendu au standard. En écoutant les ondes radio, je me suis rendu compte qu'il se passait quelque chose en entendant les collègues arriver sur les secteurs des différentes attaques. Je me préparais à ce que mon engin soit demandé pour partir sur un des deux attentats. J'arrive finalement rue de Charonne, sur la terrasse de La Belle équipe. Il y avait plus de décédés que de survivants. J'ai pris en charge une personne qu'on a évacuée le plus vite possible mais qui malheureusement est décédée à l'hôpital."

Dans votre carrière de sapeur-pompier c'est une situation que vous n'aviez jamais vue, jamais vécue, comment avez-vous réagi ?

"On n'y est pas préparé. On est en France, on ne se dit pas que ça peut arriver en France. Dans d'autres pays c'est leur quotidien mais chez nous, non. Oui, on est préparé à intervenir dans des accidents, des incendies où il y a des victimes mais un attentat comme ça on ne sait pas le gérer."

C'est la guerre

"C'est la guerre. On est dans les rues de Paris et on ressent le chaos, une ambiance particulière quand on voit tous ces militaires courir avec les famas, les quartiers bouclés, le cri de certaines personnes, la pression que tout le monde a : la police, les pompiers... Nous quand on était sur les lieux , on avait la notion que les tireurs étaient toujours en déplacement donc on avait consigne de faire attention. Nous, quand on intervient dans les rues, on est en sécurité alors que là on intervenait dans une zone où on n'était pas en sécurité."

Vous avez eu peur ?

"Sur le moment non car on est dans l'action. Dans notre tête, c'est prendre en charge les victimes et les secourir. C'est plus après coup, vers la fin de l'intervention, quand toutes les victimes ont été prises en charge, la pression retombe et on se rend compte de ce qui s'est passé et on se rend compte qu'on est dans un monde irréel. On regarde autour de nous et on se dit ce n'est pas possible... Qu'est-ce qu'il vient de se passer ? On n'y croit pas..."

Après la rue de Charonne, vous avez été appelé en renfort au Bataclan

"Quand on est arrivé, tout le secteur était bouclé. J'attendais qu'on me donne l'ordre de prendre telle ou telle victime et là, les forces de police nous ont demandé de nous replier, de nous cacher.

On s'est caché dans des cours intérieures, on entendait tirer à l'extérieur

On s'est caché dans des cours intérieures parisiennes, on a fermé les portes d'entrée, on entendait tirer à l'extérieur et à la fin il y a eu les échanges de tir puis les déflagrations des kamikazes."

 Comment on fait pour vivre avec ça ?

"On le verra à la longue mais déjà revenir dans les Landes au calme, ça fait du bien. Ça fait baisser la pression intérieurement car même au sein de la caserne, il y a une pression qui est installée. Tout le monde est sur le qui-vive. Partir de la caserne pour un peu évacuer, faire redescendre toute cette pression, ça fait du bien."

Avez-vous des images qui vous poursuivent, auxquelles vous ne pouvez pas vous empêcher de penser ?

Tous ces gens étaient en train de manger, la scène est restée figée. iIs étaient toujours assis mais décédés

"Il y en a deux. La première c'est la terrasse avec tous ces décédés.Tous ces gens étaient train de manger, de boire un coup et la scène est restée figée. Ils étaient toujours assis mais décédés, d'autres sur des banquettes. La deuxième image c'est la victime qu'on a pris en charge. Ce n'était pas comme d'habitude, c'était une médecine de guerre : on extrait et normalement le transport aurait dû être médicalisé mais là il n'y avait pas... Il y avait juste un médecin qui gérait la situation et du coup, le transport, c'est particulier parce qu’on voit la victime décéder sur son brancard... On savait qu'elle n'allait pas survivre. Sur place, il y avait son frère qui nous demandait d'essayer de la sauver. Elle est décédée à l'hôpital juste avant qu'elle arrive au service réanimation."

Vous reprenez le travail ce jeudi, vous avez peur ? Vous êtes angoissé ?

"La peur, on va toujours y penser. On est dans une phase où il y a toujours un risque que ça recommence car je pense que ce n'est que le début. Après c'est à nous de faire attention quand on intervient, de se dire que ça peut arriver à tout moment quand on va faire nos interventions de tous les jours : toujours jeter un coup d’œil, y penser, ne pas intervenir comme on le faisait jusqu'à présent où on se savait en sécurité alors qu'on ne l'est pas."

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