Société

Une collégienne janzéenne se mobilise contre le harcèlement scolaire avec son association

Par Morgane Heuclin-Reffait, France Bleu Armorique et France Bleu lundi 25 septembre 2017 à 5:34 Mis à jour le lundi 25 septembre 2017 à 10:08

Kiara est bien décidée à se reconstruire après avoir été harcelée au collège, et à aider les autres victimes à en faire de même
Kiara est bien décidée à se reconstruire après avoir été harcelée au collège, et à aider les autres victimes à en faire de même © Radio France - Morgane Heuclin-Reffait

Kiara a été victime de harcèlement scolaire en classe de sixième. Elle a depuis créé l'association Marcel Ment avec sa mère et celle de Christopher, un autre élève de son collège harcelé qui s'est suicidé en avril dernier.

"C'était des insultes. Au collège. Au début un peu sur Snapchat aussi, je recevais des photos de doigts d'honneur, mais j'ai vite bloqué ça"

Kiara a toujours du mal à raconter ces huit mois pendant lesquels elle a été harcelée par une camarade en classe de sixième. Elle n'avait pourtant pas l'intention de garder le silence. Très vite elle en parle à des surveillants, une professeure, et surtout à ses parents. "Elle nous en a parlé très tôt, mais nous, bêtement, on lui a dit qu'elle se ferait d'autres amis, que ce n'était pas grave si ça se passait mal avec une personne. Nous n'avons pas compris sa souffrance, alors qu'elle était visible" soupire sa mère Catherine. Ce n'est qu'à la veille d'un voyage scolaire, durant lequel Kiara craint de se retrouver seule avec sa harceleuse, que ses parents réalisent la détresse de leur fille.

Un harcèlement toujours incompris de la communauté éducative

"On s'est beaucoup de questions sur nous-mêmes en tant que parents, comment on a pu ne pas le voir, et puis par rapport aux adultes du collège. Kiara a manqué 20 jours de classe en 6ème, je suis allée la chercher 22 fois à l'infirmerie à cause de maux de ventre car elle ne supportait plus ce qui se passait, sans que cela interpelle le collège, alors que nous avions tiré la sonnette d'alarme. Et on comprend la difficulté qui est la leur, moi-même je n'ai vraiment compris qu'au bout de long mois" explique Catherine.

Elle ne s'attendait pourtant pas à ce qui a suivi, lorsque la famille a porté plainte contre la jeune fille de 11 ans qui harcelait Kiara : "lors des réinscriptions, Kiara n'a pas reçu de papier. On a donc contacté le directeur du collège, et début juillet, il nous a informé que comme nous ne faisions plus confiance selon lui à l'équipe éducative, puisque Kiara ne se sentait plus en sécurité, et bien ils ne se sentaient plus en confiance pour accueillir Kiara et ils ont rompu le contrat". Pour sa rentrée en 4ème, Kiara est donc scolarisée dans un autre établissement.

Une association pour écouter les jeunes harcelés

Face à l'absence d'écoute des adultes, Kiara a voulu aider elle-même ceux qui sont également victimes de harcèlement scolaire. Une nécessité qui s'est imposée d'autant plus en avril dernier, lorsqu'un autre élève de son collège en classe de 3ème a mis fin à ses jours. "Christopher ne laissait rien paraître, il y avait un fossé entre celui qu'il était à l'école et celui à la maison. Il a toujours eu des bonnes notes, il savait se défendre..." raconte Sandrine, sa mère.

"Ceux qu'il appelait ses potes étaient en fait ses harceleurs. Un jour il leur a dit : vous aurez tous votre brevet parce que je vais me suicider. C'était sur le ton de la plaisanterie, et personne n'a compris le SOS"

Christopher était en 3ème lorsqu'il s'est suicidé, après avoir été harcelé. Sa mère veut désormais s'impliquer dans l'association Marcel Ment pour éviter à d'autres jeunes de connaître le même sort - Radio France
Christopher était en 3ème lorsqu'il s'est suicidé, après avoir été harcelé. Sa mère veut désormais s'impliquer dans l'association Marcel Ment pour éviter à d'autres jeunes de connaître le même sort © Radio France

Après le décès de Christopher, Sandrine a été contactée par la mère de Kiara, pour lui proposer de s'impliquer dans l'association Marcel ment que sa fille commençait à élaborer. "Au début de l'été, une grande réunion a été organisée pour voir s'il y avait vraiment besoin d'une association,explique Catherine. On s'est vite aperçues que oui, vu le monde présent. On a proposé aux jeunes victimes de harcèlement d'aller dans une autre salle pour faire une sorte de feuille de route, discuter de ce dont eux auraient besoin. C'était saisissant de les voir tous se lever d'un bloc, si nombreux".

La mère de Kiara ne s'attendait pas à ce que son engagement rencontre un écho national : "on savait qu'il y avait des besoins localement, mais là on a reçu des milliers de messages téléphoniques ou sur la page facebook, de jeunes harcelés, certains qui ne savent pas si ce qu'ils vivent est du harcèlement... On a aussi des adultes qui nous racontent comment le harcèlement a laissé des marques encore aujourd'hui dans leur vie quotidienne... L'objectif c'est vraiment de faire parler les jeunes, car sans ça on ne peut pas les aider, et pouvoir réagir vite". Objectif partagé par Sandrine, qui veut éviter à d'autres jeunes de s'ôter la vie :

"Il n'y a que les personnes qui sont passées par là qui peuvent comprendre ces jeunes et ce dont ils ont besoin. On ne veut pas qu'il y ait d'autres Christopher. Il faut que ça s'arrête, il faut dire stop"